Le respect d'abord, la liberté ensuite

Article publié le 26 janvier 2006
Article publié le 26 janvier 2006
Le gouvernement de Tony Blair resserre la vis. Sa campagne « Respect », lancée en janvier, pour endiguer la petite délinquance remet en cause le concept de liberté dans une société anglaise qui s’accroche à son multiculturalisme.

Comment vivre avec les autres ? C’est à cette question de base que la science politique tente de répondre. Comment éviter que la liberté d’un individu ne porte atteinte à celle d’un autre ? Les philosophes grecs de la cité s’interrogeaient déjà. Plus récemment, ce fut au tour du penseur anglais, John Stuart Mill, qui affirma sans rire au 19ème siècle, «que la liberté de donner un coup de poing finit là où commence un nez ».

Repenser le concept de liberté

Dans son discours du 10 janvier dernier, le Premier ministre Tony Blair a donné le coup d'envoi de sa campagne « Respect », avec laquelle il espère inciter ses compatriotes à « repenser la nature même du concept de liberté, dans une société moderne et développée à l’image de la société britannique ». Celle-ci connaît actuellement de nombreux problèmes liés à la petite délinquance, ces incivilités dont les statistiques atteignent dans les rues anglaises des niveaux préoccupants. Mais les préoccupation du leader travailliste anglais ont bel et bien une envergure européenne. Il suffit de penser aux agressions perpétrées par une bande de jeunes pickpockets la nuit du 1er janvier sur la ligne de train Nice-Lyon ou encore au couvre feu instauré dans de nombreuses banlieues européennes, à peine l’obscurité tombée. Le problème est lié à un manque de respect général qui touche les sociétés contemporaines, dégénérant souvent en comportements criminels ou anti-sociaux. « Les institutions », soutient Tony Blair, « ne peuvent plus ignorer ce phénomène ».

Besoin de règles

Le postulat de Blair est simple. « La liberté qu’ont les citoyens respectueux de la loi de ne plus avoir peur doit être la priorité», martèle t-il, faisant ouvertement référence aux deux pierres cardinales du système judiciaire britannique : préserver l’innocent d’une injuste condamnation et protéger les citoyens du crime. « Si dans la théorie, ces deux principes sont respectés, en pratique le second est constamment transgressé », pense Blair. Une dichotomie qu’il attribue au fait que « la science juridique raisonne comme si nous étions encore au 19ème siècle ou aux balbutiements du 20ème siècle. Alors que la pratique est celle d’une société moderne, culturellement et socialement diversifiée». Dès lors, le Premier ministre britannique insiste sur l’urgence d’adopter de nouvelles mesures afin de permettre à la police, aux maires et autres entités locales de combattre le crime avec des moyens appropriés.

Indignation des ONG

Pour lutter contre cette délinquance, la formule magique de Blair se résume à « des pouvoirs sommaires et le droit d’appel ». Pour la police, à qui incombe la charge de la preuve, il s’agit d’une véritable révolution juridique puisque la sanction est désormais immédiate. Si le supposé criminel tient à prouver son innocence, il lui reste la possibilité de faire recours contre la sanction, activant ainsi la machine judiciaire. Selon le chef du gouvernement, «tout le reste n’est que théorie, appréciée certes par une grande partie de la bureaucratie politique et judiciaire, mais complètement inutile pour le citoyen de la rue ». L’ONG de défense des droits de l’homme « Liberty » s’est depuis insurgée contre ces « propositions monstrueuses qui offrent des pouvoirs sommaires à la justice et où la présomption d’innocence est considérée comme un principe encombrant ». Pour autant, les critiques ne semblent pas égratigner Blair qui affirme « qu’être membre de notre société britannique comporte outre des droits, une obligation de responsabilité », insistant pour « que les deux soient respectés ».