Le reflet de l'Europe sur l'or des statuettes

Article publié le 22 avril 2002
Publié par la communauté
Article publié le 22 avril 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La lutte pour conquérir les Oscars a, comme chaque année, constitué un événement planétaire. Mais que signifient les Oscars pour le cinéma européen ?

Une céremonie, suivie par plus d'un milliard de personnes dans plus de 70 pays, qui dépasse largement les frontières américaines et qui réussit grace à son glamour et à son pouvoir d'attraction à être considérée comme un spectacle inégalable : il s'agit là de la nuit des Oscars, qui, cette année encore, s'est confirmé être un des spectacles médiatiques les plus suivis au monde.

Quand "Le Tour du monde en 80 jours" avait battu "Géant"...

Dans quelles mains se trouve donc la statuette cette année ? Et à quel point l'Europe a-t-elle compté dans la nuit magique d'Hollywood ?

Un prix très convoité qui exerce sur tous une grande attraction, non exempt toutefois de faiblesses et de défauts, trainant derrière lui des années d'erreurs, de chefs d oeuvre non reconnus (qu'on se souvienne qu'en 1956, "Le Tour du monde en 80 jours" avait battu "Géant", qu'en 1971, "French Connection" avait battu "Orange mécanique" et que, dernièrement, "Gladiator" l'emportait sur "Traffic").

L'Academy semble en effet sacrifier la provocation sociale et politique, l'innovation, la transgression et l'originalité sur l'autel du politiquement correct, privilégiant des valeurs justes et belles et tendant largement à privilégier la tradition. Sans doute les nombreux compromis auxquels il faut prêter attention sont-ils pour quelque chose dans ces oublis énormes et ces si nombreuses erreurs... trop d'influence du marché et de la politique !

L'Italie oubliée... Pas à Cannes!

Qu'en est-il cette année ? Pour l'Europe, c'est le lumineux film du Francais Jean-Pierre Jeunet, "Le fabuleux Destin d'Amélie Poulain" qui s'est taillé la part du lion sur le plan des nominations, en compétition entre autres pour le prix du meilleur film étranger. Grande fut cependant la déception pour la France et l'Europe puisque la victoire lui a echappé, avec une belle reconnaissance néanmoins pour le grand film "No man's Land" (Bosnie-Herzégovine).

L'Italie a ressenti une certaine amertume face à l'absence de nomination de Nanni Moretti, le grand oublié. L'Academy semble toujours préférer les Italiens plus techniques, costumiers et monteurs. Peut-etre "La Chambre du fils" était-elle trop proche du film de Todd Field "In the Bedroom" ? On se "consolera" avec la Palme d'or obtenue par Moretti, qui au fond, est, je pense, le prix le plus attendu et le plus désiré par un auteur. Pour "Amélie" au moins, la compétition a eu lieu; peut-etre aussi du fait de son attrait plus facile. Le regard d'Audrey Tautou nous a tous permis de nous retrancher dans un monde protégé dont on avait grand besoin : ses petits souliers vernis, ses coiffures à fleurs et barrettes et ses gilets colorés nous ont transportés dans un roman-photo, un monde irréel qui nous a permis de nous sentir plus légers, loin des grandes angoisses du moment.

Hollywood n'est qu'un défi de plus

Outre Atlantique, une jeune fille qui a décidé de faire le bonheur de son prochain n'a pas convaincu; mais l'Europe, quoiqu'envieuse de la statuette, réussit à ne pas se ressentir des canons hollywoodiens pour ce qui est de son incomparable production d'auteur.

Peu de larmes à verser donc, sur un prix qui a ses faiblesses et qui reflète toujours plus le panorama des valeurs américaines, en arrivant à proclamer films de l'année ceux qui n'étaient pas forcèment les meilleurs sur le plan artistique. Pour nous, les mythes restent Cannes, Berlin et Venise. Hollywood n'est qu'un défi de plus.