Le référendum suédois sur l’euro

Article publié le 24 septembre 2003
Publié par la communauté
Article publié le 24 septembre 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les Suèdois n'ont pas dit non à l'Euro. Ils ont juste dit leur méfiance à l'égard de l'Union européenne.

Malgré des signes avant-coureurs ambigus quant à l’issue du référendum, 56,1% des Suédois ont rejeté l’adoption de la monnaie unique, et 41,8% y étaient favorables, alors que plus de 80% des Suédois se sont rendus aux urnes. Le meurtre d’Anna Lindh, contrairement à ce que l’on avait pu penser, n’a pas fait pencher significativement la balance vers le oui. Le rejet de la monnaie unique n’est pas du a une mauvaise campagne mais bien à la défiance générale qui règne en Suède envers les politiciens et l’intégration européenne.

Le gouvernement et les pro-Euro ont pourtant tout mis dans la campagne, notamment beaucoup plus d’argent que l’opposition. Le commissaire suédois, Margot Wallstrom, a imputé à la division du gouvernement l’échec du référendum. C’est une grande défaite pour la classe économique et politique.

Goran Persson, dont le prestige a reçu un coup fatal, souligne le coût à long terme que la Suède devra payer en restant hors de la zone euro : perte d’influence dans l’UE et baisse des flux d’investissement due aux incertitudes sur le taux de change.

Contrairement au Royaume-Uni et au Danemark, la Suède ne bénéficie pas de clause d’exception dans les traités. En ratifiant le traité en 1994, avec une faible majorité, la Suède s’est engagée légalement à adopter la monnaie unique. Voilà qui met le pays dans une impasse juridique et politique.

Intérêts du cœur au détriment de la périphérie

Les Suédois ont manifesté leurs incertitudes sur les bienfaits de l’intégration de leur pays dans la zone euro. L’économie suédoise, qui se caractérise par un secteur public très développé et un marché du travail relativement peu flexible, semble nécessiter une politique monétaire indépendante. D’un autre côté, une petite économie ouverte telle que la Suède pourrait tirer de grands bénéfices d’un taux de change fixe dans ses relations avec ses partenaires commerciaux. Mais c’était certainement une erreur de tenir le référendum au moment même où une grande partie de la zone euro était en récession.

Si les Suédois comparent le développement économique de leur pays avec ceux de la zone euro, ils peuvent douter légitimement des bienfaits de la monnaie unique. Les euros sceptiques craignent d’entrer dans une zone où seuls les intérêts économiques du cœur (la France et l’Allemagne) seront pris en compte, au détriment de la périphérie. Berlin et Paris n’ont-ils pas enfreint, déjà, les règles d’équilibre budgétaire pourtant imposées par le pacte de stabilité ?

En gardant le contrôle de sa politique monétaire et de ses taux d’intérêts, la Suède espère maintenir ses faibles taux d’intérêts et de chômage et sa croissance, jusqu’ici est plus élevé » que celle de la zone euro. Plutôt que de prendre des risques, la majorité préfère rester avec ce qu’elle a et attendre.

Prévenir toute coopération plus étroite avec l’Union

Depuis que la Suède est entrée dans l’UE en 1995, les partis politiques favorables au « oui » n’ont pas réussi à infléchir significativement les opinions. L’opposition à l’euro tient du scepticisme profond que les suédois nourrissent envers une UE considérée comme bureaucratique, corrompue, et inefficace. La Suède ne partage pas, par ailleurs, l’expérience douloureuse des deux guerres mondiales. Les Suédois ont gardé la nostalgie de l’Etat-providence et craignent qu’une intégration plus poussée ne remette en cause ce système. Avant de rejoindre l’Union, les Suédois se percevaient comme « au dessus » plutôt que « hors » du reste du Continent.

La victoire du « non » doit être interprétée comme la volonté des citoyens de prévenir toute coopération plus étroite avec l’Union européenne. Il aurait été certes plus facile de faire passer l’Euro si le référendum avait été dissocié de la question de l’adoption de la constitution européenne –si le gouvernement avait promis la tenue d’un deuxième référendum par exemple. Les leaders politiques doivent à présent réfléchir sur la manière de générer un débat constructif sur la coopération entre la Suède et l’Union Européenne, un débat où les électeurs et leurs représentants seront à base égale.

La tâche sera encore plus difficile à présent que la Suède a perdu une de ses leaders les plus populaires. Anna Lindh aurait pu rassembler les Suédois autour de sa vision d’une Europe unifiée. L’Euro est pourtant une simple étape vers l’édification d’un projet bien plus large et c’est ce projet qui aurait dû prévaloir sur des gains économiques de cours terme. La société devrait se rassembler autour de la solidarité qu’elle dit vouloir rechercher et participer de tout cœur à l’intégration européenne.

Le résultat du référendum ne mettra pas fin au processus. Il le ralentira.