Le Raïs est mort. Vive la paix ?

Article publié le 14 décembre 2004
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Article publié le 14 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Arafat est mort, et une nouvelle ère s’ouvre sans lui au Proche-Orient. Pour l’Europe, c’est une occasion de se présenter comme un soutien crédible de la démocratie, et de donner un nouveau souffle au processus de paix.

Le chaos que l’on avait craint dans la bataille pour la succession à Arafat, le Raïs, n’a pas eu lieu. Jusqu’à l’élection d’un nouveau président le 9 janvier 2005, c’est le président du parlement Rauhi Fattuh qui prend en charge les affaires gouvernementales. Mais la succession en pratique n’est pas aussi facile que sur le papier. Arafat laisse derrière lui un immense vide : il était en effet à la fois président de l’OLP, du Fatah -le plus grand et le plus important groupe au sein de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP)-, et le président de l’Autorité palestinienne autonome. Il parvenait à assumer cette concentration de pouvoirs par un réseau de connaissances peu transparent, dans lequel toutes les loyautés lui étaient acquises par l’argent. Par peur d’être cible de complots et de perdre ses pouvoirs, il n’a jamais nommé de successeur. Ce successeur aurait, en tant que dernière volonté du « patriarche » (selon l’expression d’Akram Musallam dans Die Zeit), sûrement été confirmé par les urnes. Au lieu de cela, seuls quelques membres de son réseau se battent pour obtenir le pouvoir et l’influence en Palestine.

Conflits de générations

Dans le cercle des prétendants à la succession d’Arafat s’opposent deux groupes qui ont vécu le combat pour l’indépendance palestinienne de manière complètement différente. L’un des deux, la « vieille garde » appartient à la génération qui a fondé le Fatah et de fait, au gouvernement d’importance historique qui a déterminé pendant de longues années le sort du peuple en exil a Tunis. Au contraire, la « nouvelle garde » a grandi dans les territoires occupés, mené la rébellion de la première Intifada à la fin des années 80, et demande depuis des années des réformes démocratiques.

Le représentant le plus important des « vieux » est Mahmoud Abbas, 69 ans, aussi connu sous son nom de guerre Abou Mazen, qui fut Premier ministre pendant quelques mois sous Arafat. Ses prises de positions modérées le font jouir d’une bonne réputation en Occident, mais ses soutiens à l’intérieur de la Palestine sont peu nombreux. Pourtant il passe pour le candidat qui a le plus de chances d’être élu à la succession d’Arafat, car il peut se prévaloir d’avoir le soutien d’une partie de la « nouvelle garde ». La preuve, l’acclamation dont il a été l’objet de la part de la foule lors d’un rassemblement à Tulkarem. Face à lui se tient Mustafa Barghouti, 50 ans, un ancien membre du Parti du Peuple Palestinien (communiste), qui est soutenu par le Front de la Libération de la Palestine. Dans les sondages pour les élections présidentielles du 9 janvier prochain, Barghouti n’arrive que deuxième et il se présente comme le représentant de la « nouvelle garde ». Mais ses chances sont réduites. De toute façon plus réduites que celle de l’autre Barghouti, le plus célèbre Marwan, son cousin lointain, qui a joué un rôle déterminant dans la deuxième Intifada, mais qui a décidé de renoncer à la course pour les présidentielles depuis la prison israélienne où il purge une peine d’emprisonnement à vie..

Une chance pour la paix, et pour l’UE

Quel rôle peut jouer l’UE dans l’après Arafat ? Les cartes du Proche–Orient vont être redistribuées, même si le responsables de la politique extérieure de l’UE, Javier Solana, a repoussé brusquement la question d’un journaliste qui lui demandait si la mort d’Arafat représentait une nouvelle chance pour la paix : « Il me semble inapproprié de parler de chance à propos de la mort d’un homme, même controversé ». On ne devrait pas cacher aux Européens que la nouvelle répartition du pouvoir au sein de la direction palestinienne devrait donner un souffle nouveau à un processus de paix bloqué. La Commission Européenne a immédiatement après la mort d’Arafat débloqué une aide financière pour l’organisation de nouvelles élections présidentielles libres et déployé une task-force de plus 260 observateurs conduite par l’ancien premier ministre français Michel Rocard. Et Solana a enjoint le président américain George W. Bush à s’engager plus fortement dans la région après sa réélection.

L’Europe et les Etats-Unis ne peuvent avoir de succès au Proche-Orient qu’en s’unissant. Alors que Bush est le seul à pouvoir inciter Israël à arrêter sa politique agressive envers les colonies, l’Europe jouit chez les Palestiniens de la confiance qu’on accorde à un médiateur. Ce qui empêchait jusque là les deux parties de travailler ensemble plus activement, c’était les conceptions différentes du rôle d’Arafat dans le processus de paix. L’Amérique (et Israël) était persuadée qu’une solution pacifique au conflit ne pouvait pas être obtenue tant que le Raïs était au pouvoir. Tandis que les Européens l’ont toujours considéré comme le représentant, démocratiquement élu, du peuple palestinien. Ces divergences se sont envolées avec la mort d’Arafat : d’une part, le successeur sera élu démocratiquement, d’autre part il bénéficiera d’une plus grande confiance des Etats-Unis et d’Israël. Dans cette optique, la situation actuelle est une chance à la fois pour l’Europe et pour le Proche-Orient. Les partenaires transatlantiques pourraient tirer éternellement sur une corde par laquelle l’Europe raffermirait son influence sur la région. D’un autre côté, l’UE pourrait se poser en soutien crédible de la démocratie. Pour cela, les Européens feront tout pour soutenir le futur président palestinien élu démocratiquement, quel qu’il soit, comme ils l’ont fait pour Arafat, que ce soit Abbas ou un outsider. L’UE pourrait ainsi acquérir un prestige mondial, utile dans d’autres régions du monde. Il ne reste qu’à espérer qu’Israël acceptera aussi favorablement le successeur d’Arafat.