Le Prix LUX rendra-t-il son âme à l’Europe?

Article publié le 29 novembre 2010
Article publié le 29 novembre 2010
De Mélanie de Groot van Embden Avec son premier long métrage Die Fremde, littéralement "l’étrangère", l’autrichienne Feo Aladag réussit un beau doublé. En plus d’être nominée aux Oscars dans la catégorie langues étrangères, elle est aussi la première femme à remporter le Prix LUX du Film européen ce mois-ci à Strasbourg.
Trois ans après l’Oscar de Florian Henckel von Donnersmarck avec Das Leben der Anderen, il semblerait que le cinéma européen soit entre de bonnes mains.

Depuis 2007, les parlementaires européens ont leur Festival de Cannes. Mais dans leur catégorie, peu de chance d’y voir défiler des stars américaines. Cette récompense n’est accordée chaque année qu’à un film européen parmi une dizaine en compétition.

Devant l’assemblée parlementaire réunie à Strasbourg, la gagnante Feo Aladag, pourtant grande et filiforme, fait figure de femme forte. Brandissant son prix, elle appelle à la solidarité et le rôle important de l’Europe dans la quête du respect et de la tolérance "Le prix LUX est un pont essentiel entre nos identités nationales et au delà, il n’est pas important qu’à nous, réalisateurs, mais plutôt à chacun d’entre nous", dit-elle avant de quitter l’hémicycle.

Par cette initiative, l’Union Européenne espère favoriser la diffusion des films européens et promouvoir le débat sur l’identité. Sur le continent, la barrière de la langue est un frein majeur à la distribution des films.

Invité à Bruxelles fin octobre lors d’un débat sur l’avenir du cinéma européen, Wim Wenders à résumé la situation en ces termes : "Il faut rendre son âme à l’Europe". Le réalisateur et Président de la European Film Academy, ajoute : "Le cinéma européen a son propre langage, ses propres règles et sa propre histoire. C'est un langage cinématographique à part entière… dont Hollywood a beaucoup appris au fil des années."

C’est également l’avis de Doris Pack, présidente la Commission Culture au Parlement Européen : "L’âme de l’Europe, ce n’est pas l’American dream. C’est une multitude de films qui existent mais qui ne sont pas visibles partout à cause de la langue. C’est pour cela que nous avons voulu agir en créant le Prix LUX" déclare-t-elle à Strasbourg en marge de la remise des prix.

Autre finaliste en 2010, le belge Olivier Masset Depasse. Son film Illégal, également nominé aux Oscars, traite de la condition des sans-papiers. Lui déplore qu’une Europe fondée sur les droits de l’homme tolère la situation actuelle des immigrés : "C’est dans ce genre de combat qu’elle pourrait prendre position, malheureusement elle est comme tout le monde et ne réagit pas" dit-il à sa sortie.

Dans le cas de Feo Aladag et de l’industrie du film européen, le Prix Lux représente néanmoins un grand pas en avant. Die Fremde sera traduit en 23 langues et voyagera dans tous les pays de l’UE. Cette histoire poignante entre déchirement familial et tradition turque, avait déjà été très bien accueillie par la critique en Allemagne à sa sortie en mars dernier. Bien qu’elle soit autrichienne, Feo a fait de l’Allemagne son pays d’accueil et nombreux sont les médias qui confondent désormais sa nationalité. Après un début de carrière en tant qu’actrice, elle se tourne vers la réalisation et étudie à la DFFB, la Deutsche Film- und Fernsehakademie Berlin. École par laquelle est également passé le grec Filipo Tsitos, le dernier des 3 finalistes du Prix LUX.

Les films sélectionnés traitent tous de thèmes identitaires et d’intégration. Dans Die Fremde, une femme turque fuit son mari violent pour aller se réfugier chez les siens en Allemagne. Malgré la pression sociale et l’incompréhension de sa famille, elle nargue le danger pour refaire sa vie. "Die Fremde parle de comment surmonter l’intolérance, et j’ai fait ce film car je crois que nous vivons dans une société multiculturelle, qui ne peut plus se satisfaire des compromis" confie Aladag. Un film terriblement européen à voir absolument. Bientôt sur tous les écrans du continent et peut-être au delà...