Le Prince polonais de Londres : au fil de l'épée

Article publié le 23 octobre 2015
Article publié le 23 octobre 2015

Il est bien connu pour avoir, en mai 2015, provoqué en duel Nigel Farage dans Hyde Park à l’orée du jour, en utilisant l’épée de son père. Le but ? Alerter sur le traitement réservé à la communauté polonaise au Royaume-Uni. Mais dorénavant, John Zylinski a opté pour une approche différente : il a rendu les armes et se porte candidat à la mairie de Londres. Attention la cavalerie.

Il est très connu pour avoir provoqué en duel à l’épée le leader du UKIP (UK Independance Party, Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, ndt). Pourtant, il y a des choses bien plus intéressantes à savoir sur le Prince John Zylinski. La principale ? La défense du peuple polonais, victime injuste du traitement réservé par la Perfide Albion.

« J'ai fait ce que les princes font »

« J’étais vraiment énervé l’automne dernier à cause des propos tenus par Nigel Farage concernant la communauté polonaise », nous explique-t-il suite dans un coup d'éclat. « Il ne s’est vraiment pas bien comporté, à la limite du racisme. Je suis issu d’une très vieille famille, mon titre de prince remonte au 13ème siècle, j’ai donc décidé de faire ce que les princes font, je l’ai provoqué en duel. »

L’impact de cette vidéo, qui a déjà atteint près de 400 000 vues, a dépassé toutes ses espérances : « J’ai vraiment touché la corde sensible en évoquant les Polonais, je ne m’y attendais vraiment pas… cette histoire de duel a fait le tour du monde. Une de mes amies s’est rendue en Turquie et m’a dit que même là-bas on ne pouvait pas y couper, tant l’histoire était retransmise en boucle à la télé ».

Avant toute cette extravagance pré-révolutionnaire, Zylinski a mené une illustre carrière de promoteur immobilier. Son plus haut fait d'arme :  la construction d’une des plus célèbres résidences privées de Londres. Connue sous le nom de Maison Blanche, elle s'apprécie comme une réplique du palace polonais datant du 18ème siècle ayant appartenu à sa grand-mère et réduit en cendres sous l’ère communiste.

Bien que son titre soit normalement réservé aux media (il préfère utiliser son prénom lors de rencontres informelles), son héritage royal l’a aidé à accentuer la portée de son message. « J’ai vécu en Angleterre toute ma vie, explique-t-il. Mais je demeure Polonais jusqu’au bout des ongles. Je suis très fier de la contribution apportée à ce pays par le peuple polonais. Cependant, je me sens comme mis à l’écart et je pense que ce n’est pas juste. »

Sa propre charge de cavalerie 

Après avoir discuté avec la communauté polonaise de Londres, il sait qu’il n’est pas le seul à ressentir ce sentiment : « Près de la moitié des citoyens de cette grande ville ont des origines étrangères. Beaucoup d’entre eux ressentent la même chose, car malgré leur patriotisme, ils sont toujours traités comme des étrangers. Je crois qu’il est maintenant temps que quelqu’un comme moi, d’origine étrangère, devienne maire de Londres, afin de pouvoir transmettre toute l’énergie de ces gens au cœur de cette merveilleuse ville ».

Passer de la monarchie à la démocratie peut en surprendre plus d’un, mais John est certain que sa campagne va porter ses fruits. « Le plus curieux est qu’il faille un prince, au 21ème siècle, pour que les politiciens écoutent le peuple plus attentivement, déclare-t-il. J’ai trouvé mon rôle de provocateur plutôt amusant. Les princes ne sont finalement pas obsolètes au 21e siècle. Grâce au passé historique de ma famille ainsi qu’à mon indépendance financière, je peux me permettre de dire ce que je veux. Des choses que les autres personnes ne peuvent pas dire, ou qu’ils ont peur de dire. »

Je lui demande si son titre lui confère une certaine responsabilité vis à vis des Polonais qui vivent au Royaume-Uni : « Mon père a commandé une charge de cavalerie victorieuse lors de la Seconde Guerre mondiale en 1939. On lui a édifié une statue en Pologne, une de ces rares statues d’or en Europe. Il était devenu un héros de guerre. Je suppose que mon défi lancé à Farage peut être comparé à ma propre charge de cavalerie, pour protéger mon peuple ».

« Dans certains coins du Royaume-Uni, le problème est vraiment grave. Il n’existe aucun crime de haine (sic) commis par un Polonais sur un citoyen britannique, alors qu’à l’inverse, on reporte 1500 agressions de ce type chaque année, et cela n’inclut pas les personnes qui ont trop peur de se rendre au commissariat pour déposer plainte. À mes yeux, ce n’est pas juste. »

Avec plus de sept mois d'avance sur les élections municipales, son équipe de campagne travaille d’arrache-pied pour aller au plus près des gens sur le terrain. « Lorsque nous nous rendons dans les communautés polonaises, ou chez qui que ce soit ayant attrait à cette cause, les gens trouvent notre approche plutôt intéressante. J’ai placé mon argent partout où ma bouche s’ouvre et je me tiens à leurs côtés pour les défendre. Les gens qui normalement n’ont même pas leur carte d’électeur commencent à réfléchir. Il y a 120 000 citoyens d’origine polonaise enregistrés qui pourront voter aux élections municipales, et nous pensons qu’il est décemment possible de doubler voire de tripler ce chiffre. »

Farage de vaincre

La conversation tourne vite sur son manifeste et sur son premier gros changement de politique qu’il réaliserait s’il était élu en mai prochain. « Je ferais de Londres une zone totalement dépourvue de Nigel Farage, plante-t-il. Il sera très probablement dur de faire cela légalement, mais je souhaiterais créer une atmosphère dans laquelle il se sentira rejeté et indésirable.»

Bien que nous devons admettre que sa campagne bénéficie de gros soutiens, le manifeste, dans son intégralité, est beaucoup plus complexe : « Croyez-le ou non, ma politique de base concernant Londres peut se résumer en une seule phrase. J’ai été un promoteur immobilier pendant trente ans, donc je peux honnêtement promettre que je serai en mesure de livrer un million de nouveaux foyers dans la ville. Les Conservateurs commencent juste à en parler, mais ils ont passé les trente dernières années à s’opposer au développement. Moi je me suis battu pour le développement et j’ai gagné à chaque fois ».

La politique de John Zylinski comprend aussi la plantation d’un million de nouveaux arbres, ainsi que des réductions des coûts de transports pour les usagers à hauteur de 50%. « Tout cela, ajoute-t-il, sans augmentations de taxes. Cela peut paraître incroyable mais j’ai fait mes preuves quant à la bonne tenue de mes promesses. »

Alors a-t-il un dernier message pour Nigel Farage ? « L’offre du duel tient toujours », répond-il impassible, « mais bien sûr je parle d’un duel de mots, l’épée était juste là pour renforcer l’effet que je faisais déjà ».

La provocation en duel, à l'approche des éléctions générales de mai dernier.

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Le 25 octobre 2015, la Pologne votera son nouveau Parlement. Cet article fait partie d’une semaine spéciale polonaise. L'occasion d'en savoir plus sur le pays de la Vistule, de Polanski et des cornichons.