Le Président du Parlement européen à l’ENA

Article publié le 13 février 2011
Article publié le 13 février 2011
Par Julie Olivier Jerzy Buzek, le président du Parlement européen, s’est rendu à l’Ecole Nationale d’Administration à Strasbourg, le 18 janvier dernier, pour le lancement de la promotion Marie Curie. L’occasion de faire le point sur les avancées du traité de Lisbonne et de « briefer » ceux qui incarnent la future élite européenne.

L’entrée de Jerzy Buzek dans la salle de conférence de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) provoque un tonnerre d’applaudissements. Debout, l’audience est immédiatement séduite par l’air assuré de cet homme politique polonais de 60 ans, dont le perpétuel sourire aux coins des lèvres inspire la confiance.

Le président du Parlement européen est venu s’adresser en personne aux étudiants de l’ENA à l’occasion du lancement de la promotion 2011-2012, dénommée « Marie Curie ». La plupart de ces quatre-vingt élèves, dont seulement deux tiers sont français, travailleront plus tard dans la haute administration française, la sphère politique ou les institutions européennes. D’où la nécessité pour l’actuel président du Parlement européen de fournir quelques précisions : « Deux éléments sont cruciaux pour notre modèle démocratique : la création d’institutions et la mise en place de procédures. Tous les deux sont dans vos mains car vous serez l’élite. Vous vous devez d’être très actifs. » L’ancien premier ministre polonais, aujourd’hui membre du groupe du Parti Populaire Européen (PPE), s’est tout particulièrement exprimé sur le traité de Lisbonne, un cadre institutionnel qui doit maintenant être interprété à travers la pratique des acteurs européens.

Tout d’abord, le traité a rééquilibré les institutions européennes. En effet, le Parlement voit ses compétences législatives renforcées, se plaçant sur un pied d’égalité avec le Conseil en tant que législateur. Ce qui amène Jerzy Buzek à comparer la structure institutionnelle européenne avec le système américain : le Parlement européen et le Conseil seraient comparables aux deux Chambres du Congrès, la Commission correspondrait à l’administration américaine et le Conseil européen à un « collective Obama». Néanmoins, un tel « collective Obama » ne pouvant qu’être meilleur qu’un « Obama tout seul », et le taux de participation aux Etats-Unis étant nettement inférieur à celui des élections européennes, le président du Parlement ne peut pas s’empêcher d’avancer que nous n’avons rien à envier aux Etats-Unis d’Amérique.

Jerzy Buzek a ensuite rappelé que le Parlement européen incarne la légitimité démocratique de l’Union à travers la représentation des citoyens. Les eurodéputés ne défendent pas les mêmes positions que le Conseil, structure partiellement intergouvermentale, du fait de leurs contacts réguliers avec les peuples de l’Union européenne. Les europarlementaires ont ainsi été amenés à rejeter l’accord SWIFT entre les Etats-Unis et l’Union européenne, déjà approuvé par le Conseil, car cet accord sur le système d’échange international de données bancaires contrevenait aux droits à la protection des données personnelles des quelque 500 millions de citoyens européens.

Enfin, le président du Parlement européen a insisté sur la nécessité d’imbriquer les administrations nationales et européennes. « C’est comme une équipe de football : il y a des positions différentes, telles que le gardien de but, mais en fin de compte, tout le monde joue dans la même équipe. » Autrement dit, pour que l’efficacité du service public européen soit directement visible aux yeux des citoyens européens, l’administration européenne, à la base de la législation européenne, et les administrations nationales, qui mettent en œuvre la législation européenne, devraient entretenir des contacts plus étroits. Le fossé entre le Parlement et les citoyens européens, ordinairement expliqué par l’idée que l’Europe ne s’intéresse pas aux préoccupations quotidiennes des citoyens, s’en trouverait sans doute résorbé.

Sur la question d’une assemblée parlementaire « ennuyeuse » par rapport aux Parlements nationaux, caractérisés par le spectacle « fantastique » d’une droite et d’une gauche en perpétuelle bataille, le Président Buzek ne s’est pas rétracté : « oui, c’est vrai que cela peut être très ennuyeux quand vous voulez trouver un compromis entre vingt-sept Etats membres, de la Finlande à l’Espagne. C’est extrêmement difficile et cela prend du temps. Mais à la fin, on trouve ce compromis. »

En conclusion, le président du Parlement européen est revenu sur le traité de Lisbonne : « Ce traité est pour dix à quinze ans au moins. On peut en changer quelques phrases, mais pas le contenu principal. » Devant la difficulté à organiser à nouveau des référendums, comme en Irlande, Jerzy Buzek a insisté sur la nécessité de soigneusement mettre en œuvre le traité actuel.

Le Président Buzek a terminé en prédisant que le prochain traité coïnciderait avec la mise en place d’une cour constitutionnelle sur le modèle allemand, ultime étape pour parfaire le système institutionnel européen.

Ces brèves sont réalisées en partenariat avec la rédaction étudiante du Master Politiques Européennes de l’IEP de Strasbourg

Crédit photo : © Parlement Européen