Le Pouvoir au peuple ! Des vedettes du théâtre en interaction avec les citoyens en Europe

Article publié le 15 février 2012
Article publié le 15 février 2012
Par Lisa Kittel « Le théâtre, c’est un truc pour les vieux », dit Fabrice Murgia interrogé par Cafebabel Bruxelles sur sa manière de voir la place des jeunes au théâtre. « Je veux le rajeunir ! », continue-t-il, « c’est-à-dire que je veux rajeunir le public.
Au théâtre, on montre souvent des histoires écrites par des gens morts avec des moyens d’expression qui ne parlent pas la langue des jeunes d’aujourd’hui ». Pour Murgia, il est temps de laisser de la place à de nouvelles histoires et de nouvelles idées de narration. Impliquer davantage les jeunes créateurs ? Avec les coûts budgétaires, il faut avoir du courage pour débuter sur ou derrière la scène de nos jours. « Ca craint », résume-t-il.

Le projet Vesco tombe donc à pic. C’est d’ailleurs dans le cadre de ce projet européen que Fabrice Murgia a présenté sa nouvelle pièce « Exil » fin janvier. Vesco – Ville en scène/Cities on stage- unit des citoyens, des artistes et aussi des jeunes pour créer ensemble une image de leur ville, une vision de ce qui se cache derrière les murs de ces maisons, le plan de métro abstrait, des bars remplis, un clochard dans la rue.

Dans « Exil », les personnages doivent faire preuve de courage face à leurs vies. La solitude, le travail qui nous consomme, la perte progressive de notre identité, jusqu’à se reconnaître dans la poupée sans vie qu’un comédien traîne avec lui d’un bout à l’autre de la scène. Même le racisme latent des personnages reflète l’ignorance d’une société qui se croit bien éduquée et civilisée. Une technique visuelle impressionnante créé un ensemble constitué de tableaux qui s’estompent.

"Vivre ensemble"

Vesco réunit six metteurs en scène de six pays différents qui interrogent jusqu’à 2016 la ville comme un microcosme de l’Europe d’aujourd’hui. Le projet est soutenu par l’Union européenne. Lors de la soirée d’inauguration du projet, Androulla Vassiliou, Commissaire chargée de l’Education et de la Culture mentionne les enjeux cruciaux liés au vivre ensemble comme question fondamentale du corpus en création. Elle parle d’un vivre ensemble qui doit exister dans l’imagination et donc au théâtre pour pouvoir se traduire au quotidien. C’est la raison pour laquelle l’échange essentiel entre le public et les artistes ne doit pas être limité à une ville. Toutes les créations voyagent au travers de l’Europe afin que les questions posées soient entendues dans d’autres pays et présentées à d’autres regards.

Les citoyens, acteurs de leur ville

Les artistes, parmi lesquels Joël Pommerat et Frank Castorf, ne sont pas seuls face à cette tâche d’imagination. Chaque théâtre, que ce soit à Sibiu en Roumanie ou à Göteborg en Suède, associe parallèlement aux créations des spectacles, un artiste contemporain et un groupe de citoyens, acteurs de leur ville. Leurs œuvres voyageront avec la production théâtrale par delà l’Europe (dans les six villes des pays participants). À Bruxelles, les photographes Gaël Turine, Loïc Delvaulx et Cédric Gerbehaye montrent dans leurs images en noir et blanc exposées au théâtre national, des visages complexes d’une « Bruxelles multiculturelle ». Par ailleurs, dans chaque ville, un groupe d’adolescents peut suivre le processus de création du spectacle réalisé dans leur ville.

Si vous aussi, vous désirez suivre le projet, tenez-vous informé de la programmation du théâtre national, des prochaines années. Murgia, qui est le premier « artiste nomade » a prévu ses prochaines étapes au Teatrul National Radu Stanca à Sibiu fin mai et le Teatro Stabile di Napoli au début du mois de juin. Il entrera là-bas en contact avec un autre public et peut-être, qui sait, une autre jeunesse qui, aux côtés de son point de vue social, professionnel et créatif particulier, inspirera son cheminement!