Le Portugal ne vote plus

Article publié le 27 janvier 2011
Article publié le 27 janvier 2011
Le président du Portugal (charge avec moins de pouvoir que le Premier ministre), le conservateur Aníbal CavacoSilva, a été réélu au premier tour avec 52,9% des voix et un fait essentiel : 53,37% d'abstention, soit le plus bas taux de participation dans l'histoire de la démocratie portugaise.
Un étudiant lusophone décortique le pessimisme du public et le manque de foi dans son pays, prochain candidat, selon les Cassandres, à un sauvetage financier.

Une dette publique insoutenable, des secteurs hypertrophiés, une fuite des cerveaux, une abstention politique record. Voilà les principaux défis que doit surmonter cette vaste terre des conquérants de l'Atlantique. L'étudiant de l'Institut supérieur technique (IST) de Lisbonne, Tiago Gonçalves, devient pendant quelques minutes le Premier ministre portugais pour expliquer comment redonner du punch à son pays.

Chômage, émigration et duel entre voisins

En octobre 2010, le taux de chômage portugais était d'environ 11%, alors qu'en Espagne il atteignait les 20,7%, mais je n'oserais jamais dire laquelle de ces situations économiques est la plus dramatique. Le Portugal est beaucoup plus à même d'affronter le chômage, étant donné notre propension à l'émigration, qui fait partie de notre histoire et de notre culture. Selon certaines études, plus de 100 000 Portugais ont émigrés ces dernières années, un chiffre très élevé pour un pays de 10 millions d'habitants ! Nous détenons aussi la deuxième place pour ce qui est de l'émigration de travailleurs qualifiés, environ 18% contre seulement 3,3% en Espagne. Ces personnes seraient extrêmement importantes pour le rattrapage économique du pays.

Quel secteur de l'économie souffre le plus de la crise ?

Le 11 janvier, il annonçait que le Portugal allait vers une sortie de crise et qu'il n'avait pas besoin de soutien financierC'est étrange car c'est exactement le même qui est à l'origine de la crise. L'attitude des politiques en ce qui concerne le secteur du bâtiment a été le principal problème et pas seulement à cause de spéculations sur le marché immobilier, comme en Espagne. Après la révolution des Œillets de 1974, le seul moyen trouvé par les partis pour stimuler la croissance économique a été de le faire à travers ce secteur. Nous avons utilisé beaucoup d'argent pour des infrastructures et des services publics, et je ne suis pas sûr qu'il y avait besoin d'autant. Deux exemples : l'Euro 2004 avec 10 nouveaux stades (ce que je trouve même indécent) et énormément d'autoroutes. Aujourd'hui le Portugal est l'un des pays en Europe ayant le plus de kilomètres d'autoroutes, ce qui est stupide pour un si petit pays. Dans les années 1980 et 1990, l'économie portugaise a été stimulée par des investissements qui ne pouvaient être tenus sur le long terme. Je pense vraiment que les politiques ont menti. On pourrait parler de cela pendant des heures, mais le fait est que personne ne sait comment rétablir l'économie portugaise. Il n'y a plus d'argent pour le secteur du bâtiment... Qui représente environ 30% de l'économie portugaise.

Grèce, Espagne, Italie, Portugal: Une bande de PIIGS

Bon, en vérité, c'est plutôt amusant. La première fois que j'ai entendu ce nom j'ai bien rigolé, mais s'ils continuent à l'utiliser, la seule chose à laquelle ils parviendront, c'est à montrer clairement qu'ils croient vraiment être supérieurs. Mais, ce n'est pas le plus important dans l'absolu. La crise est réelle et ses conséquences aussi. Nous n'avons pas le temps de discuter du langage utilisé. Nous devons nous concentrer sur les solutions.

Solutions possibles à la crise et points forts de l'économie portugaise

Bon, nous ne pourront jamais comprendre cette crise sans reconnaître que les États ont besoin d'une profonde réforme. Nous n'avons pas d'argent pour une si grande action. Parfois on dirait que les gens se résignent face aux réductions dans les domaines de la santé et de l'éducation, sans mentionner le gaspillage absurde qui est réalisé dans d'autres secteurs. Pourquoi avons-nous besoin de 10 chaînes de télévision et de 15 radios publiques au XXIème siècle ? Pourquoi personne ne soulève cette question ? Nous devons réduire ces fonctions et réformer l'Etat pour maintenir les droits dans l'éducation, la santé et la justice. Le Portugal possède aussi un grand potentiel dans le domaine du développement des énergies renouvelables et dans l'économie maritime. Nous pourrions exploiter nos liens avec les pays de l'Atlantique et les autres pays lusophones.

Le Portugal a-t-il besoin de l'aide européenne?

Je ne suis pas un expert financier mais c'est sûr que je préfèrerais que nous puissions résoudre nos problèmes économiques nous-mêmes, bien qu'il soit difficile de croire que notre politique en soit capable.

Photo: Une : (cc) graveola/flickr ; José Sócrates: José Goulão/flickr