Le Père Noël était Turc

Article publié le 5 janvier 2006
Article publié le 5 janvier 2006
Noël n’est pas seulement à propos de la naissance du Christ. C’est aussi une foule de festivités et coutumes célébrées par tous les Européens, de Dublin à Zagreb.

Le mois de décembre sonne l’heure d’une cérémonie commune aux 25 : chaque enfant sur le continent attend qu’arrive un mystérieux visiteur de minuit, les familles se rassemblent et les intérieurs sont illuminés de sapins décorés et scintillants. Il peut paraître étrange de prétendre que Noël est européen, après tout, Jésus est né au Moyen-Orient. Mais un coup d’œil attentif aux diverses traditions qui entourent la fête démontre que cette célébration doit aussi beaucoup à notre passé commun, qu’il soit païen ou chrétien.

Métissage de neuf et d’ancien

Le 25 décembre est devenu une fête chrétienne au IVème siècle par un décret officiel de l’empereur romain Constantin. Le choix de la date témoigne d’une forte influence païenne. Selon de nombreux théologiens, la naissance de Jésus remonterait au mois de septembre ou d’octobre et Constantin choisit, pour la commémorer, une date postérieure de presque 4 mois. Pourquoi ? Suite à sa conversion au christianisme, le souverain décida de choisir un moment coïncidant avec la populaire célébration païenne da la renaissance du dieu Soleil. Celle-ci tombait pile au solstice d’hiver qui, en accord avec le calendrier, était fêté le 25 décembre de l’année.

Autre tradition de Noël d’origine païenne, l’acte de placer de nombreux végétaux dans les maisons. Installer un sapin de Noël dans le salon, décorer le hall avec des branches de houx ou s’embrasser en dessous de la boule de gui, évoquent des coutumes antérieure à l’arrivé de Noël ou même de la chrétienté sur le continent. Le sapin était un arbre vénéré dans l’Egypte ancienne, la Grèce antique ou à Rome. Les druides de Grande-Bretagne pensaient eux que les conifères détenaient des pouvoirs spéciaux, leur permettant de garder leurs épines en toutes saisons. C’est à partir du XVIème siècle outre-Rhin que les sapins ont commencé à orner les intérieurs des maisons et à être décorés comme part intégrante du folklore de Noël chrétien.

C’est d’un mythe scandinave que provient en outre la coutume de déposer un furtif baiser en dessous d’une boule de gui. Selon la croyance populaire, alors que Frigga, déesse nordique du mariage et de la famille, portait le deuil de son enfant défunt, ses larmes se changèrent soudain en petites baies de gui qui ramenèrent son fils à la vie. Dans sa joie de l’avoir retrouvé, elle embrassa alors quiconque passait en dessous d’un arbre portant du gui. Quant à la fameuse tradition de la bûche de Noël, qui veut que les enfants décorent une petite buche ornée d’une chandelle, elle remonte au passé des Celtes. A l’époque, une bûche était brulée en offrande à la renaissance du dieu Soleil lors du solstice d’hiver.

De la mitre au bonnet de laine

C’est encore l’Europe qui donna à Noël son plus cher et magique mythe, Saint-Nicolas. Ce vieillard légendaire, jovial et prodigue habitait en Asie Mineure (l’actuelle Turquie) au IVème siècle. Evêque de la ville de Myra, Nicolas était fameux pour sa générosité et avait un jour sauvé trois pauvres sœurs : alors que celles-ci devaient être vendues comme esclaves, Nicolas avait laissé tomber trois sacs d’or par la cheminée en guise de dot, empêchant ainsi l’odieuse transaction. La course des siècles et le goût du peuple pour la magie ont graduellement transformé Nicolas de Myra en Père Noël bondissant de cheminé en cheminé, les bras chargés de cadeaux.

Saint-Nicolas est un véritable européen : sa légende a voyagé et s’est installée dans nombreux pays des 25. En plus d’être le modèle de référence pour la création du désormais omniprésent Père Noël, ce saint d’origine turque est aussi le père de nombreux mythes régionaux. Dans le nord et l’est de la France, Saint-Nicolas vient remettre des cadeaux aux enfants sages le 6 décembre tandis que son acolyte le Père Fouettard se charge des petits turbulents. Au Pays-Bas, le visiteur est «Sinterklass » ou « Sint Nicolaas », qui arrive par bateau de l’Espagne avec « Zwarte Piet », un bouffon espiègle, son assistant en quelque sorte. En Finlande, il a inspiré le « Joulupukki » ou « yule goat », un généreux vieillard qui voyage en traîneau depuis sa maison en Laponie pour distribuer des surprises. Dans l’Europe anglophone, il est devenu le Père Noël ou « St. Nick », même si le patronyme Américain « Santa Claus » (du néerlandais « Sinterklaas ») tend à le détrôner. Il est peut-être la plus fameuse figure de Noël en Europe, mais « Santa » n’est pas seul dans sa lourde tache de distribuer des cadeaux. Durant les nuits hivernales, les cieux d’Europe regorgent de nombreuses figures fantastiques. En Italie, les enfants sont visités par « La Bafana », une sorcière voyageant sur son balai magique. En Allemagne, en Suisse et en Autriche, le « Christkind » ou enfant Christ récompense les enfants avec de multiples présents. Dans le reste de l’Europe, les enfants endormis sont visités par le petit Jésus, la Petite Étoile ou même les trois rois mages, Melchior, Gaspard et Balthazar.

Si l’Europe a insufflé à Noël ses plus anciennes traditions, elle est aussi responsable des aspects les plus commerciaux de l’évènement. Le calendrier de l'Avent garni d’une friandise pour chaque jour du mois de décembre est ainsi apparu en Allemagne dès 1851 et les cartes de Noël et les « crackers » ont été popularisés en Grande-Bretagne durant les années 1800. Mais depuis l’apparition en 1931 du « Santa » rouge et blanc de Coca-Cola, l’Amérique qui a pris le relai et mené le chemin en termes de pionnier créatif des traditions du Christmas moderne. Mais le futur de Noël est-il d'être partout une célébration en rouge et blanc, enrobée de sucre et de marketing ?