Le Parlement européen invite le gouvernement néerlandais à se positionner contre un site discriminatoire

Article publié le 23 mars 2012
Article publié le 23 mars 2012
Par Jonathan Boureau et Margaux Pastor Mardi 13 mars, la session plénière du Parlement européen à Strasbourg a été l’occasion pour les eurodéputés de débattre de la dernière provocation du néerlandais Geert Wilders et de son parti politique, le Parti pour la Liberté (PVV) : une page sur le site internet du PVV où les citoyens néerlandais sont invités à notifier les « désagréments » qu’ils
subiraient à cause de la présence de ressortissants d’Europe centrale et de l’Est.

Depuis 2006 et la création du PVV, Geerts Wilders s’est taillé une petite réputation en Europe grâce à quelques sorties médiatiques rapportées au-delà des terres néerlandaises. Pour MyEurop.info qui a dressé un portait du leader politique, Geert Wilders est un islamophobe convaincu, un populiste et un opportuniste. A la tête de son parti qualifié d’extrême-droite ou de nationaliste, il s’attaque régulièrement à l’islam. Il considère le coran comme « un livre fasciste qui appelle à la violence et qu’il faut interdire » et invite en 2007 les musulmans qui veulent rester aux Pays-Bas à « déchirer la moitié du coran et le jeter ».

Aujourd’hui, ce sont les Européens d’Europe centrale et de l’Est installés aux Pays-Bas qui sont la cible du parti de Geert Wilders. Déjà en décembre 2011, un député du PVV - Ino van den Besselaar - exprimait publiquement son opposition à la présence de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Union Européenne, des pays qui selon lui n’avaient pas totalement rempli les critères d’adhésion et n’ont pas résolu sur leur territoire les problèmes de criminalité organisée et de corruption (http://fr.novopress.info/105340/le-pvv-de-geerts-wilders-souhaite-expulser-la-bulgarie-et-la-roumanie-de-lue/). Poursuivant cette opposition ouverte aux peuples d’Europe centrale et de l’Est, le PVV a, le 8 février dernier, lancé un site internet qui permet aux citoyens néerlandais de déposer une plainte s’ils estiment subir « des désagréments » dû à la présence de ressortissants d’Europe centrale et de l’Est (voir le site).

Les "promesses" du PVV

« Souffrez-vous de nuisances provoquées par des ressortissants d'Europe de l'Est ou centrale ? Avez-vous perdu votre emploi au profit d'un Polonais, d'un Bulgare, d'un Roumain ? Si oui, dites-le-nous. Le Parti pour la liberté vous le permet. Vos plaintes seront rassemblées et présentées au ministre des Affaires sociales et de l'Emploi." (source traduction). Voici comment selon le Point.fr, le visiteur est accueilli sur ce nouveau site : un message sans ambiguïté précisément dirigé vers certaines nationalités.

Rapidement, de nombreuses réactions se sont faites entendre contre ce site. La société néerlandaise s’est emparée du sujet et plusieurs débats et émissions spéciales ont été organisés dans les médias. Dès le 10 février, l’ambassadeur polonais aux Pays-Bas s’est insurgé contre ce site. La communauté polonaise aux Pays-Bas forte de 200.000 membres serait la cible prioritaire de ce site selon Courrier International. Les ambassadeurs tchèque, slovaque, hongrois, roumain, slovène, letton, lituanien et estonien ont emboité le pas du représentant polonais en envoyant tous une lettre au gouvernement néerlandais, pour l’inviter à prendre ses distances avec le PVV. Car c’est aussi là où le bât blesse, le gouvernement de Mark Rutte qui a besoin du PVV pour obtenir une majorité à la chambre, n’a pas condamné l’initiative du PVV, pretextant qu’il ne s’agit pas d’un site gouvernemental, mais d’un site de parti. De nombreuses voix s'élèvent dans aux Pays-Bas pour dénoncer cette cet immobilisme, mais le gouvernement semble considérer que son recul sur la question constituerait un aveu de faiblesse.

Les eurodéputés interpellent le premier ministre néerlandais

Réunis en session plénière à Strasbourg le 13 mars, les députés européens ont voté une résolution invitant Mark Rutte à condamner ce site contraire aux respects des droits des citoyens européens. Au cours du débat passionné qui précéda ce vote, les députés européens à l'image de leur président Martin Schultz s'étaient majoritairement prononcés contre le site. Les seuls à le défendre étant les quelques eurodéputés PVV!

Le Président du Parti Populaire Européen (PPE) Joseph Daul a ainsi exprimé son opposition à un tel site. Contacté par Cafébabel, il a assuré que son groupe et lui-même avait entamé des discussions avec Mark Rutte pour le faire changer de position, mais que néanmoins, il se rangeait derrière les décisions de la Commission « comme lors du cas Viktor Orban ».

Une excuse pour s'affronter entre groupes politiques

Joseph Daul a aussi balayé les accusations de président du groupe ALDE Guy Verhofstadt, assurant que le PPE était engagé contre la montée despopulismes en Europe. Ce dernier l’avait interpellé en plein hémicycle : « certainement plus grave pour l'Europe que le silence du gouvernement hollandais est le bruit que fait votre candidat pour la présidence française. Mettre la moitié des immigrés dehors, stigmatiser la communauté musulmane sur le "halal", menacer les partenaires européens, mettre en péril l'acquis de Schengen, voilà un comportement qui n'est certainement pas digne d'un Président français. Langage presque raciste, en tout cas xénophobe. Je me demande parfois qui est le candidat de l'extrême droite. Lui où Le Pen ? ».

Mais comment ne pas s’inquiéter avec Guy Verhofstadt des discours extrêmes de la montée de l’extrême droite dans plusieurs pays d’Europe. Le Parlement et la Commission ont marqué leur opposition au site du PVV, mais seront-ils également capables d’œuvrer plus largement pour une diminution globale du vote d’extrême droite au sein de l’Union européenne ?