Le Parlement européen fait sa diva

Article publié le 7 juillet 2009
Article publié le 7 juillet 2009
Tout juste élu, avec une participation deux fois moindre que dans n’importe quelle bonne dictature, le Parlement européen veut faire durer le plaisir en refusant de valider Barroso tout de suite à la tête de la Commission. Beaucoup de bruit pour rien ?

Les Verts, les Libéraux, les Socialistes et autres ennemis de Barroso ont crié victoire vendredi dernier lorsque l’annonce a été faite que le vote sur sa nomination ne se fera pas le 15 juillet. Mais plutôt vers septembre ou octobre. A en croire certains, cela est avant tout pour garantir la sérénité du referendum irlandais. Pour d’autres, c’est juste le temps nécessaire pour lancer une contre attaque anti-Barroso (Cohn Bendit est déjà sur la ligne de front, mais doit se sentir un peu seul).

Poser ses fesses dans un bon fauteuil

Si Barroso est soutenu par l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement des 27, le Parlement ne veut pas de lui. Mais pourquoi ? En fait, il ne faut pas non plus exagérer. Ce n’est pas qu’il ne veut pas, c’est juste qu’il fait son petit caprice post électoral. Car quel serait le candidat alternatif ? Aucune autre personnalité est proposée…Le PE croirait-il au messie et son retour prochain ?

On entend juste des chuchotements en provenance du groupe Libéral avec la personne de Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge. Il serait tout de même bon de rappeler que ce prétendant s’est déjà fait dégommer en 2004 alors qu’il était le candidat officiel des Français et des Allemands. Motif ? Trop fédéraliste aux yeux des Britanniques. Il est fort peu probable que nos amis d’outre-manche aient changé de point de vue sur ce concept.

Et le pire dans tout cela, c’est que les socialistes qui ont tant critiqué l’Europe dérégulation durant leur campagne, n’ont même pas le courage de proposer un candidat. Pourquoi cela ? Leur patron, un certain Martin Schultz rêve de poser son postérieur dans le fauteuil de Président du PE. Bel exemple de volonté politique et d’abnégation. C’est vrai qu’après, il est facile d’appeler les citoyens à voter, car voter c’est utile…

Surtout qu’en regardant de plus près, les raisons qui ont poussé les groupes autres que PPE a repousser la nomination du Président de la Commission, elles ne sont pas vraiment les mêmes. Le PSE est dans une pseudo-optique d’opposition (surtout chez les Français, très remontés il semblerait) alors que les Libéraux sont plus dans la négociation, souhaitant que José leur présente un programme pour les années à venir qui leur conviennent. Quant à la gauche très gauche, ils sont juste contents de pouvoir s'opposer. Pas vraiment ce qu’on appelle un front uni…qui le sera beaucoup quand les Libéraux auront eu ce qu’ils veulent.

Les Etats contre-attaquent

Dans tout cela, c’est encore les Etats qui ont tout compris. Ils savent très bien que le Parlement européen rechigne, juste pour qu’on parle de lui, essayant de gagner un peu de légitimité auprès des « gens d’en bas tout loin de Bruxelles ». Du coup, les 27 lui foutent la pression, en faisant passer le statut de Barroso de simple candidat avec le soutien politique du Conseil à un candidat avec option « recommandation », ce qui dans le langage juridique est beaucoup plus fort. L’objectif des gouvernements est de faire en sorte que José soit nommé le plus rapidement.

Une des raisons évoquées est que l’absence de leader à la tête de l’institution la plus supranationale de l’UE serait mauvaise dans une Europe encore fragile, un an à peine après le début de la crise. Tout même, il ne faut pas exagérer. Tout le monde sait très bien que Barroso ne s’est pas vraiment senti concerné par la crise et que son leadership n’excède pas celui d’un oursin barbotant dans la mayonnaise. Ce n’est pas gentil de la part des Etats de mentir et il serait plus honnête de le dire franchement : « on veut notre ami portugais, car il nous fout la paix et nous laisse faire à peu près ce que l’on veut ». 

Il n’est pas dit que la pression exercée par les Etats fonctionne. Bien possible que pris dans un délire soutenu de starlette médiatique, le PE persiste et signe. Mais bon, cette histoire, c’est comme un mauvais sitcom de série Z : nous connaissons déjà la fin…