« Le nucléaire est inévitable, que cela plaise ou non » - M. Nishimura, conseiller au changement climatique

Article publié le 17 juillet 2009
Article publié le 17 juillet 2009
Par Pauline André Strasbourg, le 17 juillet 2009 Mutsuyoshi Nishimura, économiste, est conseiller au changement climatique auprès du Premier ministre japonais. Il assistait, lundi 6 juillet, à la 4ème Université d’été du Conseil de l’Europe pour discuter des défis environnementaux mondiaux.
Interrogé sur l’utilisation de l’énergie nucléaire, il soutient qu’elle est incontournable et sans réel danger. Mais ne s’étend pas davantage sur la question. Une telle position est très controversée, notamment par des organisations comme Greenpeace ou le réseau Sortir du nucléaire pour qui les énergies renouvelables sont la solution alternative.

CaféBabel Strasbourg : Vous êtes favorable à l’énergie nucléaire. Pour quelles raisons ?

Mutsuyoshi Nishimura : Oui, le nucléaire est inévitable, indispensable, que cela nous plaise ou non. Et puis si l’on veut parler à grande échelle, on ne peut pas l’éviter parce que c’est une grande source d’énergie. Mais lorsque l’on parle de l’énergie nucléaire, il ne faut pas généraliser. Cela concerne moins d’une dizaine de pays : la Chine, l’Inde, les Etats Unis, le Japon et l’Europe.

CaféBabel Strasbourg : Il y a deux semaines, une parlementaire Suisse s’interrogeait sur l’intérêt de développer l’énergie nucléaire. Elle soulignait que cette énergie émet certes moins de CO2 que les énergies fossiles, mais produit des déchets radioactifs extrêmement dangereux pour l’environnement et la santé. Qu’en pensez-vous ?

M. N. Les déchets peuvent être maîtrisés et contrôlés, car nous savons où ils se trouvent, nous pouvons les localiser. Ils sont ensuite enfouis sous la terre dans des boîtes de cristal assez épaisses. Je ne pense pas que les déchets soient un problème, car nous avons les moyens technologiques de les contrôler. Je ne suis pas scientifique mais je pense qu’il n’y a aucun risque que ces déchets explosent un jour ou l’autre.

CaféBabel Strasbourg : L’énergie nucléaire n’est pas une énergie durable, les ressources en uranium sont amenées à s’épuiser. Certains scientifiques soutiennent que grâce à une nouvelle génération de réacteur (réacteurs de IVe génération), les ressources en uranium pourraient être stockées jusqu’à 10 000 ans. L’énergie nucléaire pourrait-elle devenir une énergie durable ?

M. N. Je ne suis pas compétent pour vous parler de ce réacteur et encore une fois je ne suis pas scientifique. Mais je fais confiance aux chercheurs, je suis sûr qu’ils vont inventer des techniques viables et propres. En tout cas, il y a d’autres types d’énergies durables ; le solaire surtout, les énergies renouvelables en général et puis il y a la technique du CCS (Carbone Capture Storage) (1) qui consiste à capter et stocker durablement le CO2 (1). Cela permettrait de limiter l’impact néfaste des émissions de gaz à effet de serre. Mais cette technique ne sera pas opérationnelle avant dix ans.

CaféBabel Strasbourg : Qu’attendez-vous du sommet de l’ONU sur le climat qui se tiendra à Copenhague en décembre prochain ? Des pays comme la Chine et l’Inde, qui n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto vont-ils prendre des engagements ?

M. N. Copenhague peut être un succès. Cela ne sera pas sans difficultés, mais je suis presque sûr que la communauté internationale va parvenir à un accord. Un pays comme la Chine ne peut pas être opposé à l’opinion publique mondiale qui favorise la création d’un autre accord plus fort que celui de Kyoto. Quant à l’Inde, elle suivra la Chine.

CaféBabel Strasbourg : Le changement de position des Etats-Unis, depuis l’élection de Barack Obama, peut-il jouer un rôle déterminant ?

M. N. L’élection de Barack Obama marque un tournant décisif. Avec Bush, la Chine pouvait profiter de la position des Etats-Unis, qui a d’ailleurs été l’objet de critiques mondiales (les Etats-Unis n’ont pas ratifié le protocole de Kyoto, NDLR). Mais avec Barack Obama, l’administration américaine a changé de cap. La Chine doit à son tour adopter une position positive faute de quoi elle sera la cible de critiques mondiales et se retrouvera isolée. Et puis le peuple chinois est très sensible à l’opinion publique mondiale. Car ce qui est important c’est la force de l’inquiétude des peuples en général sur ce sujet-là. Et malgré les positions de pays comme l’Inde ou la Chine, nous parviendrons nécessairement un accord. L’élection de Barack Obama est un changement énorme ; le nouveau président a su provoquer une émulation entre les grands leaders.

Notes

(1) Moyen sûr et efficace de capter et de stocker des milliards de tonnes de CO2 dans le sol pendant des milliers d’années, la technologie CCS s’affiche comme la solution de transition vers un système d’énergies entièrement renouvelables. La Plate-forme technologique européenne Zero Emission Fossil Fuel Power Plants (ZEP) regroupe des représentants de l’industrie européenne, des écologistes, des scientifiques et des géologues.