Le nouvel eldorado de l’immigration clandestine

Article publié le 27 février 2006
Article publié le 27 février 2006

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Les 7 600 kilomètres de côtes italiennes représentent désormais une porte d’entrée pour l’immigration clandestine rêvant d’espace Schengen.

Depuis 1997, date d’entrée en vigueur des accords de Schengen, les 7 600 Kms de côtes italiennes sont officiellement devenues un problème européen. Avec la suppression des contrôles aux frontières des quinze Etats membres de l’espace Schengen, un clandestin qui arrive sur les rives de la péninsule n’arrive plus en Italie mais en Europe.

Les flux migratoires se déplacent de l’Espagne vers l’Italie

Si l’espace Schengen est une réalité, la coordination des politiques d’immigration en Europe laisse encore à désirer. En effet, le tour de vis donné par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero au contrôle aux frontières des enclaves espagnoles au Maroc de Ceuta et Melilla aurait provoqué, d'après les autorités italiennes, une augmentation des débarquements d’immigrés sur les côtes de l’Italie du Sud. Avec une conséquence : le flux migratoire se serait déplacé du Maroc vers la Libye. Selon les statistiques fournies par Madrid, « les effectifs de polices ont permis d’augmenter de 35% le nombre d’immigrants repoussés aux frontières en 2005 », provoquant entre autres, la mort de 11 personnes à Melilla. Mais à Rome, la musique est différente. Selon les chiffres officiels, les débarquements clandestins en provenance d’Afrique du Nord ont augmenté de 67,9% et sont passés de 13 594 à 22 824 entre 2004 et 2005. Parmi les clandestins ayant rejoint l’Italie, à la fin de l’année 2005, 32,4%, soit pratiquement un sur trois, arrivaient en provenance du Maroc. Ce chiffre atteignait à peine les 2.4% en 2004.

Rivage libyen et diplomatie européenne

Une situation inquiétante à laquelle l’Italie tente de répondre en demandant l’appui de l’Union européenne. Sans hésiter non plus à coopérer avec le régime libyen du colonel Kadhafi. Si entre 2003 et 2005, le régime de Muammar Kadhafi a accepté de rapatrier 7 737 clandestins séjournant en Italie, Rome a aussi obtenu de la Commission qu’elle finance à hauteur de 1.5 millions d’euros le programme « Across Sahara ». Mis en place entre l’Italie, la Libye et le Niger, ce projet est relatif au contrôle aux frontières et à la lutte contre l’immigration clandestine. En décembre 2005, le Conseil européen a en outre décidé d’organiser une série de sommets UE-Afrique sur le thème de l’immigration dans la zone Méditerranée. Deux initiatives sont ainsi sur le point d’aboutir : une rencontre entre les ministres européens et africains qui devrait se tenir d’ici 2006 au Maroc et une conférence sur l’immigration et le développement devant se dérouler à Bruxelles en mars prochain. Ces mesures sont complétées par le système Iconet, un site Internet destiné à échanger des informations entre les 25 sur les flux de l’immigration clandestine.

Pas seulement la Méditerranée

En attendant, la situation d’urgence que connaît l’Italie demeure. Et la péninsule est de plus en plus souvent accusé par les autres Etats membres de l’UE d’être incapable de gérer le « problème » de l’immigration irrégulière de manière efficace et rigoureuse. En décembre dernier, le ministre de l’Intérieur français, Nicolas Sarkozy, a pointé du doigt le laxisme italien sur les contrôles opérés aux côtes siciliennes. Une accusation, qui selon Christopher Hein –le dirigeant allemand du Conseil Italien pour les Réfugiés- a le goût d’une « malheureuse propagande politique qui ne tient pas compte du fait que la majorité des immigrants irréguliers en Italie viennent de Méditerranée, de France ou d’Autriche et sont principalement des gens n’ayant plus de visa». Ces nouveaux flux migratoires seraient ainsi composés d’une majorité d’étrangers entrés légalement mais n’ayant pas réussi à renouveler leur permis de séjour.

A la veille des élections législatives du 9 avril, le centre-droit italien entend renforcer la politique des accords bilatéraux conclus avec les pays d’origine ou de transit des immigrés et les mesures antiterroristes facilitant l’expulsion des immigrés en situation irrégulière. De son côté, le centre-gauche propose dans son programme une série de mesures, qui selon Hein, « sont destinés à dépasser la conception de ‘travailleur hôte’ et incluent la participation politique des immigrés aux élections administratives, le dépassement des quotas d'immigrants ainsi qu’une loi organique sur le droit d’asile».