Le nouveau souffle d'espoir des Grecs au sujet de l'Europe

Article publié le 15 juillet 2015
Article publié le 15 juillet 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

C'est « Non ». Les Grecs ont clairement refusé le nouveau plan d'austérité, se rangeant ainsi du côté de leur Premier ministre. Ce résultat est surtout inattendu, puisque la Grèce connaît les semaines les plus difficiles qu'elle ait vécues depuis le début de la crise. Après la grande euphorie, le retour à la réalité quotidienne. Laquelle a, finalement, conduit les électeurs à voter "Oxi" ["Non"]

Le journal télévisé a annoncé, dimanche 4 juillet vers dix-neuf heures, un résultat serré. Peu après, les choses étaient bien claires : les Grecs ont refusé, à une large majorité, les conditions proposées par la zone euro pour un nouveau plan d'aide. Les partisans du « Nai » [oui, en français], soutenus par de nombreux politiciens allemands, espéraient obtenir un avantage leur permettant de sortir de l'état d'urgence actuel.  Mais il s'agissait d'un cas de conscience pour de nombreux partisans du « Oxi » , qui se demandaient : « Dois-je me laisser intimider par l'avant-goût d'un plan supplémentaire régissant actuellement la vie des Grecs au moyen du contrôle des capitaux ? Ou bien dois-je me jeter à l'eau ? »

   Un pays au bord du précipice

La Grèce est en faillite depuis bien longtemps avant qu'Alexis Tsipras n'arrive au pouvoir. Des milliards d'euros, payés par les contribuables européens, ont été gaspillés pour faire croire que le pays était solvable. Pendant ce temps, l'état de choses s'est progressivement aggravé, au point que de nombreux Grecs ont fini par s'y habituer, tout comme aux tergiversations. 

Durant ces dix derniers jours, le peuple grec s'est vu contraint de s'éloigner de ce précipice. La vérité au sujet de l'état de la Grèce a éclaté. Et celui-ci est d'une telle gravité que les banques n'ont plus assez d'argent liquide. Il n'y a plus de billets de vingt euros, et dans quelques jours il n'y aura sans doute plus du tout d'argent liquide. L'on commence à stocker des denrées alimentaires. Des congés sont imposés aux employés de banques. Les importations et les exportations ne sont possibles, désormais, que grâce à des comptes ouverts à l'étranger. L'avenir ? Il est incertain. Nul ne sait, en Grèce, ce qui va se passer au cours des jours à venir. 

« Nous tous ! Nous tous, nous en sommes responsables »

D'un autre côté, cependant, la stagnation était la chose la plus grave qui pût se produire. Les partisans du plan d'austérité estimaient peut-être que les événements évoluaient de manière positive, mais les Grecs, eux, ne voyaient manifestement pas leur situation s'améliorer. Cependant, ce n'est pas la politique d'austérité en elle-même qui pose problème, mais bien le fait, tout simplement, qu'il ne soit plus possible de faire des économies. « Je paierais volontiers mes dettes », explique la propriétaire d'un kiosque situé juste devant le bureau du parti Syriza, situé à Thessalonique. « Mais quelles dettes ? Je ne gagne rien ! » Lorsque je lui demande qui est responsable de tout ce désastre, elle me répond : « Nous tous ! Nous tous, nous en sommes responsables ».

Les Grecs sont, dans l'ensemble, plus conscients de la situation de leur pays que ne le pensent la plupart des« pays donateurs » - l'Allemagne en particulier. La plupart des habitants sait parfaitement que ni Mme Merkel, ni M. Schäuble (ministre des Finances allemand, ndlr) ni la Troïka n'en sont (les uniques) responsables. Un manque profond de confiance existe entre le peuple grec et l'État. Durant de nombreuses années, les politiciens se sont remplis les poches aux frais des citoyens. Ce qui nuit, aujourd'hui encore, à la réputation des parlementaires. Les Grecs se rendent bien compte du chaos que traverse leur pays, et que ce chaos est le principal responsable de cette situation.

   Pas de conditions idéales pour Alexis Tsipras

Avec Alexis Tsipras, tout cela devrait désormais changer. Pourtant, selon certaines personnes, les choses ne bougent pas assez. Ce nouveau gouvernement affronte deux problèmes majeurs, à savoir sa propre inexpérience et la situation critique du pays, encore aggravée par les conflits permanents avec les partenaires de la zone euro. Tsipras aurait-il pu mettre en place plus de choses ? Oui. A-t-il commis des erreurs ? Oui, sans aucun doute. Mais ses partenaires de la zone euro lui ont-ils vraiment donné la possibilité d'envisager un nouveau cap ? Non, certainement pas. Tous ces facteurs gâchent l'euphorie manifestée par les citoyens lors de la victoire de Tsipras aux élections qui ont eu lieu au début de cette année. 

J'entre dans une pharmacie située rue Ermou, rue centrale reliant la célèbre église Hagia Sofia de Thessalonique à la place Aristote. Une jeune femme, qui doit approcher de la vingtaine, saisit des données chiffrées sur son ordinateur. Un homme plus âgé est assis à un table. Au cours de notre discussion, j'apprends qu'il s'agit de la fille et de son père. Ce dernier, qui a 60 ans, est un fervent partisan du gouvernement Syriza. Il m'explique que cette situation ne peut plus durer : « Nous devons envisager autre chose ». Sa fille, de son côté, ne croit pas aux promesses de Tsipras. Elle a voté oui. Elle a peur que la Grèce ne sorte de l'Europe, que la situation ne s'aggrave et que ne soit organisé un retour de la drachme. 

« Il faudrait bombarder votre pays »

Et les menaces à ce sujet sont nombreuses. Martin Schulz, avant le référendum, avait bien précisé qu'un « Non » au nouveau plan d'austérité entraînerait la sortie de la Grèce de l'euro (techniquement, seule celle-ci peut en prendre la décision). Selon M. Schäuble, cela est possible. « Frau Merkel muss jetzt den Grexit vorbereiten » [en français: Il faut maintenant que Mme Merkel prépare le Grexit], tel est le titre du numéro de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel paru quelques heures seulement après le résultat des votes. Cependant, les Grecs se sont rangés du côté de leur Premier ministre, sans se laisser fléchir. Celui-ci avait bien aidé les retraités les plus pauvres en leur versant des aides sociales, tout en veillant à ce que le domicile principal des débiteurs ne soit pas hypothéqué par leur banque. Il devrait annuler ces conditions à un troisième « plan d'aide ».

Referendum in Greece from BoxTown Project on Vimeo.

Pour la plupart des Européens, la situation se résume surtout en un seul mot : incompréhensible. Les Grecs ne comprennent pas pourquoi la zone euro s'obstine ainsi à vouloir maintenir ses plans d'épargne. Les Allemands, pour leur part, ne comprennent pas pourquoi un changement de cap, incluant la réduction de la dette à laquelle Angela Merkel et Wolfgang Schäuble sont si catégoriquement opposés, est pour la Grèce la seule solution qui lui permettrait de sortir de la crise. Un jeune athénien âgé de 25 ans, qui étudie la gestion à l'université de Münster, m'explique par écrit qu'il doit encaisser des commentaires du genre « C'est de votre faute », « Vous êtes des parasites » ou encore « Il faudrait bombarder votre pays ».

Cependant,  il est partisan de l'Union européenne, comme la plupart des Grecs. Pour lui, voter oui aurait été « une insulte profonde à l'égard de l'Europe », et une infraction « aux principes de base de l'Union européenne concernant l'humanisme et la prospérité des peuples ». Pour ce jeune homme - comme beaucoup de personnes en Europe - Alexis Tsipras et le « Non » grec représentent un espoir de changement de cap à Bruxelles et dans les États membres. En raison de la dette publique, qui est élevée, la Grèce est la grande victime de la crise. Beaucoup de personnes, cependant, ressentent de la frustration. « Nous, nous sommes les financiers. Vous, les débiteurs. Nous ne sommes pas partenaires. » Voilà ce qu'entend ce jeune grec de la bouche de ses camarades d'études de l'université de Münster.

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Article paru le 7 juillet 2015 sur le site Internet eudyssee.net