Le nouveau Livre Blanc fait des vagues au sein de la communauté de défense

Article publié le 19 juillet 2008
Publié par la communauté
Article publié le 19 juillet 2008
Des ambitions de façade, en faible cohérence avec les impératifs stratégiques et sécuritaires imposés par une reconfiguration de la menace globale ; des initiatives destinées à préserver l’opacité sur les choix industriels et les politiques d’armement français ; un dénigrement des « logiques de milieu » propre aux armées et aux systèmes de défense ; bref, un Livre Blanc « incohérent ». ».
La critique ne vient pas de n’importe qui : un groupe d'officiers généraux et supérieurs des trois armées terre, air, mer, tenu à l'anonymat, s’exprimait cette semaine dans les pages du Figaro sur la défense et la sécurité nationale présenté le 17 juin par le président de la République. Présentation, en quelques mots, du projet de Livre Blanc du Président préparé en concertation avec des analystes politiques, stratégiques, des membres politiques du Parlement, des représentants de la société civile.

Restructuration Le Président ira au bout de ce qu'il appelle la "modernisation" de la défense française et sa « nécessaire restructuration », défiant ainsi, avec la détermination qu’on lui connaît, les membres civiles de l’administration qui défilaient le jour même en Moselle. Le discours est ferme : l'armée n'a pas vocation à traiter de l'aménagement du territoire. Face à l’état de nos finances, il est nécessaire de « redimensionner notre appareil de défense ». Avec un objectif annoncé de 225.000 hommes d'ici 6/7 ans répartis à hauteur de 50.000 pour l'armée de l'air, 44.000 pour la marine et 131.000 pour l'armée de terre, ça va faire du vide. Néanmoins, la capacité d’intervention opérationnelle de la France ne doit s’en trouver affaiblie... pari ambitieux pour ne pas dire illusoire. Par voie de conséquence, il faut continuer à « renforcer nos capacités opérationnelles ». Pour cela, le il sera nécessaire d’améliorer les équipements de même que notre capacité à mettre plus de moyens militaires et civils sur le terrain en cas de besoins. Ceci passera par une augmentation des crédits de 377 milliards d'euros d'ici à 2020 dont 200 milliards pour les équipements. Enfin, l’Etat s’engagera à « maintenir l'effort de défense sans creuser la dette et à réaliser des économies d'échelle » : la politique de diminution du personnel de défense, la suppression de certaines bases et la concentration des EM autour d'un site unique (Balard) sont présentés comme des restructurations nécessaires à générer une régénération des fonds.

Le paradigme sarkozien : Protection/Prévention/Dissuasion La France doit « maintenir un haut niveau de connaissance et d'anticipation pour assurer sa protection ». Priorité sera donc donnée aux investissements dans le domaine du renseignement spatial et au renforcement de la coordination des différents services à travers la nouvelle direction centrale des renseignements. Il faut également « renforcer les systèmes d'information et optimiser la coordination » entre les Etats, les collectivités locales, les entreprises, les armées. Comme annoncé à Cherbourg, la dissuasion nucléaire est "l'assurance vie de la nation" et demeurera un outil au service de la défense nationale même si elle contribuera, de fait, à la dissuasion pour toute l'UE. Et comme tout bon discours politiquement correct qui se vaille, n’oublions pas la petite touche de participation démocratique : afin de mieux associer les citoyens aux décisions relatives à l'envoi des troupes dans des missions extérieures, et par souci de transparence, « le Parlement sera plus étroitement associé à ces décisions ». Ceci se traduira, notamment, par un consultation systématique du Parlement par vote si un déploiement extérieur venait à dépasser quatre mois.

Quelle position pour la France dans le nouvel environnement stratégique Selon le Président, il faut recentrer notre stratégie de défense autour du nouvel axe stratégique allant "de l'Atlantique à l'Océan Indien" et y apporter des "réponses adaptées", notamment grâce à une action coordonnée du triptyque UE-OTAN-FR. L'Europe est le "meilleur rempart contre le terrorisme" et il existe un « continuum entre sécurité intérieure/extérieure, entre défense nationale/défense européenne » nous explique le chef de l’Etat. "L'action collective est un enjeu national et international". La vision triennale du Président articule la sécurité nationale de « l'UE est un "symbole de prospérité" tandis que l'OTAN est un "symbole de sécurité" », et il faut aujourd’hui une "alliance plus européenne, avec la France".

Si la Commission du Livre Blanc a conclu à la réintégration de la France dans l'OTAN, ceci commencera par une relance de la PESD nous dit-on. Mais a-t-on réellement les moyens de nos ambitions ? En tout cas, le président ne perd pas le nord et confirme la création d'un nouveau Conseil de défense et de sécurité national qu’il présidera lui-même, aux côtés d'un Conseil consultatif. Comment cette question transatlantique sera-t-elle abordée ? La continuité entre sécurité intérieure et défense étrangère trouvera-t-elle un écho aussi favorable qu’aux USA après le 11 septembre ?

Continuum européen La PFUE sera la première étape de la relance de la défense européenne pour les prochaines années nous dit le Président qui souhaite inscrire la démarche française de révision des besoins opérationnels des armées française dans le cadre d'un renforcement de la défense européenne. « Il faut rendre la PESD plus capable, plus moderne, plus robuste, plus interopérable" nous dit-il, mais qui fera croire à nos partenaires européens qu’au moment où la France ferme les robinet en interne, elle va être capable de montrer l’exemple au niveau européen et continuer d’investir financièrement, humainement, matériellement dans la défense … ?

Nous verrons ce que la présidence actera. Mais soyons réalistes, si la France s’apprête à montrer le chemin, poussant l’UE a prendre exemple et à édicter son propre livre blanc de la défense afin de mieux anticiper ses besoin, rien de concret ne sera réalisé d’ici décembre, d’autant plus qu’après le froid jeté par le non irlandais, la PESD fait profil bas.

Affaires à suivre …

Anonyme