Le nouveau comité "Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran "

Article publié le 21 septembre 2016
Article publié le 21 septembre 2016

Un enregistrement et la révélation de 8 fosses communes relancent le dossier du massacre de 30'000 Iraniens en 1988. Plusieurs personnalités, dont Ingrid Betancourt, ont souhaité mercredi à Genève un mécanisme d'enquête, a rapporté l'agence de presse suisse ATS.

"Nous ne pouvons pas rester les bras croisés", a souligné devant la presse l'ancienne candidate à la présidentielle colombienne, retenue en otage pendant six ans. Les membres du comité "Justice pour les victimes du massacre de 1988 en Iran" (JVMI), établi récemment à Londres, dénoncent des crimes contre l'humanité, comme des ONG auparavant, mais aussi un génocide.

Ils demandent au Conseil des droits de l'homme d'établir une Commission d'enquête. Le rapporteur spécial sur l'Iran devrait par ailleurs aussi pouvoir mener des investigations sur ce massacre. Mais le comité souhaite encore que la Cour pénale internationale (CPI) puisse se prononcer sur le dossier.

A plus long terme, seule une démocratie qui recherche "la justice et la vérité" pourra rassembler les Iraniens, affirme Mme Betancourt. "Cela demandera un changement de régime".

Un ministre visé

En été 1988, sur ordre de l'ayatollah Khomeini, quelque 30'000 prisonniers politiques membres ou proches de l'Organisation des Moudjahidine du peuple (OMPI, opposition désormais en exil) ont été exécutés en quelques mois. Ils ont été enterrés en secret dans des fosses communes. Récemment, un enregistrement d'août 1988 a été dévoilé par le fils de Hossein Ali-Montazeri, alors héritier du guide suprême de la révolution. L'ancien ayatollah dénonce le "plus grand crime" en Iran perpétré par les membres de la Commission d'amnistie, surnommée plus tard "Commission de la mort", nommés par Khomeini. Il avait ensuite été congédié et assigné à résidence, avant de décéder en 2009. Parmi les membres de cette commission figuraient plusieurs personnes actuellement aux responsabilités, dont le ministre de la Justice Mostafa Pour-Mohammadi. "Ils doivent être tenus pour responsables", a affirmé une avocate anglo-iranienne, Azadeh Zabeti. Plusieurs responsables ont même récemment affirmé qu'ils prendraient les mêmes décisions qui étaient "justifiées", a renchéri l'une de ses collègues spécialiste des droits de l'homme. Elle condamne des procès inéquitables et des exécutions arbitraires et extrajudiciaires.

Rama Yade associée

Khomeini devait avoir peur que la population en vienne à soutenir l'OMPI, affirme un ancien vice-président du Parlement européen. Mais les crimes contre l'humanité "continuent", ajoute-t-il. Et de soulever l'exécution récente de dizaines de sunnites.

A la suite de l'enregistrement dévoilé en août, de nombreuses familles proches des victimes, en Iran comme en exil, ont décidé de dévoiler des informations sur huit fosses communes dans tout le pays. A l'heure actuelle, de tels sites ont été trouvés dans douze provinces du pays; certaines avec des milliers de victimes, d'autres des dizaines. Le Comité va apporter les détails, "les lieux, les faits", insiste Mme Betancourt. "Le moment est venu" de rendre justice aux victimes, a estimé de son côté l'ancien responsable pour l'ONU du camp de réfugiés de l'OMPI à Ashraf en Irak, Tahar Boumedra. Outre Mme Betancourt, ce nouveau JVMI est notamment conseillé de l'ancienne secrétaire d'Etat française aux droits de l'homme Rama Yade, d'anciens membres de l'ONU ou de gouvernements et plusieurs avocats spécialisés sur ces questions.