Le Musée national de Sarajevo va fermer ses portes 

Article publié le 12 juillet 2016
Publié par la communauté
Article publié le 12 juillet 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Ecrit par Saša Draganić. Traduit par Xabier Ojer Nieto “Le 28 décembre 2011, 130 ans après son ouverture, le Musée national fermera ses portes”. La nouvelle circule déjà sur les réseaux sociaux depuis plusieurs heures. Le Musée national de Sarajevo n’est pas un simple bâtiment pris en photo par des touristes ou servant à abriter des visites. 

Ces dernières 130 années, le Musée de Sarajevo est devenu partie intégrante de la spiritualité de la ville, ainsi qu'une de ses principales attractions.

Sans ce musée, Sarajevo n’est plus vraiment Sarajevo, et la Bosnie n’est plus la Bosnie. A ce rythme-là, toutes les routes ne mèneront désormais que vers des centres commerciaux, constructions énormes et dénuées de toute personnalité venues supplanter notre patrimoine culturel. Sarajevo perdra son caractère unique et deviendra comme le reste du monde. Voyager ne vaudra plus la peine. Les grandes expositions thématiques et collectives ne seront plus qu’un lointain souvenir.

Mais le plus triste dans cette histoire, c’est que le Musée National est toujours resté ouvert pendant les deux guerres mondiales. Pourtant, maintenant que les guerres sont finies, il va ëtre fermé. Notre identité, bientôt enterrée avec notre certificat de naissance, va disparaitre. Tandis que des spmmes importantes d’argent sont investies dans des festivals, nos traditions, notre éducation et notre culture sont en train de tomber dans l’oubli.

Pour les initiés, nous dirons que cette institution a préservé notre histoire durant de nombreuses années, indépendamment de la classe sociale à laquelle on pouvait appartenir. Avant de cataloguer quelqu’un dans un des trois groupes sociaux et lui tourner le dos, pensons au passé qui nous unit. D’ailleurs, si nous avions été plus malins, personne n’aurait planifié notre avenir à notre place, ni n’aurait décidé de ce qui est bon ou pas pour nous. Nous aurions été maitres de nos décisions.

Le directeur du Musée, Adnam Busuladzic, s'est exprimé à ce propos lors d'une conférence de presse organisée le 28 décembre dernier. Il a expliqué que les vétérans qui dirigent ces centres n'ont plus la motivation qui les animait jadis. Les jeunes travailleurs, quant â eux, n'ont plus perçu de salaire depuis des mois. Pendant ce temps, les voitures officielles ne cessent de défiler dans la ville pour assister à des réunions importantes. Nous votons pour  des politiciens qui se soucient de l'argent et non de l'éducation. Nous sommes donc destinés à souffrir si nous ne faisons pas d'efforts pour améliorer cette situation.

Récemment, la fermeture d'autres centres culturels tels que le Musée d'histoire, la Bibliothèque nationale ou la cinémathèque ont été abordés lors de plusieurs comparutions.  Le principal gestionnaire du Musée national, le Dr. Munib Maglajlić a insisté sur le fait que les politiciens (une fois qu'un gouvernement sera mis en place) doivent prendre au sérieux la situation et empêcher que la culture ne disparaisse en Bosnie-Herzégovine.  Quand les partis au pouvoir cesseront de se comporter comme des autruches, la population commencera à les soutenir moralement et ce soutien ne fera qu'augmenter. Le nombre de personnes qui se dédient à la culture est actuellement très réduit. Et ce n'est pas faute d'argent. Il n'est simplement pas investi pour bénéficier à la société. 

Mais jeter la pierre sur les hommes de pouvoir n'est pas la meilleure des solutions. Nous devons également penser à nous. Nous qui représentons "des centaines de personnes, des centaines de traits de caractère", comme on dit en Bosnie. Tandis que certains attendent avec impatience les manifestations à venir, d'autres sont complètement indifférents à la fermeture du Musée. Savoir qui a trompé qui, ou qui a le plus d'argent semble usciter plus d'intérët auprès des gens. Nous avons passé des années dans une bulle pendant que le reste du monde continuait à progresser. Un peu comme si nous avionsété enterrés pendant des années.

Il est certain qu'il reste encore du chemin à faire à la Bosnie. Il n'en demeure pas moins que certaines décisions doivent être prises par le peuple, plutôt que par des personnalités qui s'autoproclament importantes, à tort, et qui ne feront qu'en finir avec les traditions qui persistent encore.

Et pendant que nous buvons des cafés quotidiens à n’en plus finir avec nos amis et nos voisins, le monde continue de tourner et beaucoup de choses se passent. Certains sont en train de s’enrichir, tandis que d’autres, se moquent de nous en dissimulant notre passé à nos enfants et à nous-mêmes. Bientôt, personne ne saura que nous existons. Quand je pense à tout ça, je me dis que Franz Ferdinand est plus en dette envers notre ville et envers notre musée que nos propres politiciens.