Le Moyen-Orient selon le mouvement anti-mondialisation

Article publié le 2 octobre 2002
Publié par la communauté
Article publié le 2 octobre 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Rêve de paix pour le Moyen-Orient, de et par la société civile européenne. Contre Sharon et Bush, comment lutter contre lEmpire, «par le bas» : Interview d'Antonio Musella de «Studenti in Movimento»(Etudiants en Mouvement), mouvement anti-mondialisation..

Café Babel a rencontré Antonio Musella, étudiant de 22 ans, porte-parole national de «Studenti in Movimento» ("Etudiants en mouvement"), une organisation anti-mondialisation qui s'intéresse à la question du Proche-Orient. Pro-palestinien et contre le « lobby juif international », ce groupe encourage une «diplomatie par le bas» pour imposer la résolution des conflits.

Mais la guerre continue... Hobbes bat Kant un-zéro.

Café Babel : Studenti in Movimento a participé à la caravane d' " Action For Peace " en Palestine (source:www.noglobal.org) pour affirmer une "diplomatie par le bas". Mais que signifie lexpression « diplomatie par le bas » ?

Antonio Musella :La diplomatie par le bas est la capacité dun groupe de pression international, tel que le mouvement anti-mondialisation, à pouvoir imposer aux gouvernements et aux puissants une résolution des conflits, et à rouvrir des espaces de médiation politique là où la guerre les a interrompus. La diplomatie par le bas passe par limplication des mouvements sociaux, de la société civile internationale, de vastes secteurs de la population, comme le montrait la composition sociale de la caravane Action for Peace, qui a réuni en Palestine à Pâques 2002 près de 500 activistes européens et extra-européens.

La diplomatie par le bas signifie aussi action directe, mobilisation. Cest pour cela quen plus d'un travail de contre-information et de dénonciation sociale réalisé par la caravane, et en particulier particulier par le mouvement des Disobbedienti [NDLR : Désobéissants] italiens, il y avait une interposition physique, pour défendre la population palestinienne. Par centaines, nous avons protégé ses habitations à Ramallah, à Bethléem, et à Deisha Camp.

CB : Malgré la tentative de diplomatie par le bas, la crise palestinienne ne semblerait pouvoir trouver une issue uniquement lorsque que Washington commence à exercer des pressions sur le gouvernement Sharon. Partagez-vous cette analyse ? Et quelles sont les responsabilités des Etats-Unis ?

A.M. : Il n'en est pas exactement ainsi. Le lobby juif international qui tire les ficelles de léconomie mondiale, pousse le gouvernement américain à une défense à outrance des actes de Sharon et compagnie, malgré les missions de Powell et dautres représentants américains en Cisjordanie. Les Etats-Unis sont unis par des liens économiques et militaires très forts avec le gouvernement israélien, et leur seul objectif en ce moment semble être celui de trouver un statu quo en Palestine qui leur permette dobtenir du reste des pays arabes (Arabie Saoudite avant tout) leur consentement pour attaquer à nouveau lIraq. Ce sont des dynamiques déjà vues de ce quaujourdhui on peut définir comme une sorte dEmpire Global, qui dépasse la vieille catégorie de limpérialisme. Les Etats-Unis ont besoin de la stagnation au Proche-Orient pour administrer avec les autres partenaires impériaux toute la zone.Cest une guerre globale permanente.

Les Etats-Unis ont plusieurs responsabilité dans la crise au Proche-Orient : une parmi d'innombrables autres est le véto imposé par le gouvernement américain à lONU sur toutes les propositions qui prévoyaient un état palestinien indépendant.

CB : Croyez-vous que la diplomatie par le bas puisse être un instrument dans les mains de la politique étrangère européenne au Proche-Orient?

A.M. : La diplomatie par le bas est avant tout un instrument dans les mains de la société civile européenne et internationale et dans les mains des mouvements sociaux.

CB : LUnion Européenne semble jouer un rôle de second plan même dans cette crise.Quelle devrait être son attitude selon vous ? Quels sont les intérêts de lU.E. au Proche-Orient?

A.M. : LU.E. souhaite compter politiquement sur léchiquier impérial. Par conséquent, son action a été celle dune APPARENTE médiation entre les parties. A pparente, vu quà part des déclarations de principes, lU.E. na nullement bougé. Dailleurs, nous avons pu constater avec notre peau, celle de citoyens européens, comment le gouvernement militaire israélien se fiche pas mal des déclarations dintentions de lEurope.

Dans la caravane "Action for Peace" étaient présents quelques europarlementaires italiens et français, en plus de députés du parlement italien. Eh bien, leur rôle dans la caravane était celui de dialoguer avec larmée israélienne et avec la police locale. Plus dune fois, aux demandes dexplications faites par les europarlementaires, larmée a répondu avec des sourires moqueurs ou de la violence brutale. Simplement, les israéliens ne reconnaissaient pas leur rôle. Il suffit de penser que le vice-consul italien à Jérusalem, ainsi que son collègue français, ont été battus par larmée israélienne au check-point de Qualandia, aux portes de Ramallah, où pendant quelques jours ils avaient participé au secours de la population civile.

CB : Eau, pétrole, industrie des armements, lobby juif, fondamentalisme islamique, adhésion dIsraël à lU.E., apartheid, deux peuples, deux états : Donnez nous trois propositions pour une solution durable au conflit israélo-palestinien.

A.M. : 1. Retrait immédiat de larmée israélienne et démantèlement des implantations en Cisjordanie et à Gaza ; 2. Proclamation d'un Etat palestinien avec Jérusalem Est comme capitale ; 3. Retour des réfugiés palestiniens des camps aux confins du Liban, en Egypte et en Syrie.

CB : Après le Sommet du G8 à Gênes en juillet 2001 et le 11 Septembre, quelques-uns ont parlé dun fil rouge qui unit la contestation anti-mondialisation et lislamisme anti-américain. Hypothèse fondée ? De quel côté doit être lEurope ?

A.M. : Ceci est un mensonge. Le mouvement anti-mondialisation est, comme je lai dit précédemment un groupe de pression international, qui passe par la société civile et par les mouvements sociaux. Le fondamentalisme islamique est quelque chose de complexe mais pronfondément distant des aspirations et de la composition du mouvement anti-mondialisation international. La majorité des mouvements islamiques comme Al-Qaeda, mais pas uniquement, je pense au MIO (Mouvement Islamique de lOuzbékistan) de Juma Manangani, ou au mouvement Hamas du Cheikh Yassine, ou même à celui du pacifiste Hizb Ut Thair du Cheikh Zaloom en Asie Centrale, combattent ou font de la propagande pour le renversement de gouvernements dictatoriaux, en proposant linstauration de la charia, la loi islamique, et en rêvant comme en Asie Centrale d'un califat arabe qui conduise le peuple arabe au jihad, option qui est à une distance abyssale des perspectives du mouvement anti-mondialisation. Au contraire je dirais même que le mouvement les considère de manière véritablement adverse.

LEurope, dans tout cela, se limite à soutenir les gouvernements dictatoriaux qui sont en ligne avec les Etats-Unis, comme au Tadjikistan, en Ouzbékistan avec le dictateur Karimov, au Kazakhstan, et justement au Moyen-Orient. Le financement des Talibans eux-mêmes par la CIA n'est pas un mystère.

Ce quon omet régulièrement quand on parle du monde est quil existe des mouvements et des partis politiques démocratiques et laïques comme Al-Fatah, le Front Populaire, ou encore les expressions d'un lIslam modéré en Asie Centrale, contre lesquelles s'est abattue une répression sauvage de la part des Soviétiques dabord, des gouvernements dictatoriaux ensuite. Et tout cela na fait que fomenter la naissance de mouvements fondamentalistes qui entrent en clandestinité et mène le jihad.