Le Mouvement 5 Étoiles : l'idylle des jeunes italiens 

Article publié le 6 octobre 2016
Article publié le 6 octobre 2016

Le rassemblement national du Mouvement 5 Étoiles (M5S) qui s'est tenu au Foro Italico de Palerme, a donné l'occasion de se familiariser avec les jeunes qui gratifient le M5S de première force politique. Reportage dans « L'Italie 5 Étoiles ».

Avec ses stands et ses buvettes, l'évènement a des allures de kermesse. Quand certains posent sur les photos les doigts en signe de victoire, d'autres grillent des saucisses que beaucoup s'en vont manger parmi leurs groupes d'amis assis en tailleur. Sous le ciel bleu de Palerme, tout se passe comme si la masse de festivaliers attendait qu'un artiste international se montre sur la grande scène. Pourtant, en ce weekend du 24 septembre, la star n'est pas un groupe de musique mais bel et bien une formation politique : le Mouvement 5 Étoiles (M5S), le parti protestataire italien créé il y a exactement 7 ans par l'ancien humoriste Beppe Grillo.

« Le vrai leader, c'est le peuple »

Baptisé « L'Italie 5 étoiles », l'évènement marque en réalité la convention nationale du M5S. Tracts, porte-clés, stylo et t-shirt étoilés s'étalent sur les 40 000 m2 de superficie du Foro Italico, le grand espace vert sicilien qui borde la mer Tyrrhénienne. Difficile d'affirmer que les militants, les curieux, les activistes et les administrateurs locaux ont tous moins de 35 ans. Ce qui est sûr, c'est qu'énormément de jeunes visages s'expriment sous les tentes du rassemblement. Des Alpes à la Sicile, ils sont des milliers à être venus pour discuter de l'avenir de « leur » parti, celui qu'ils considèrent comme le plus crédible et le plus cohérent par rapport aux partis traditionnels qui ne les réprésentent plus. Celui qui leur permet de prendre enfin la parole et d'accéder à la politique sans barrière ni « réseautage ». Cette jeunesse italienne est aussi celle qui, hier, peuplait la célèbre Festa de l'Unità du Parti démocrate (PD) italien. Aujourd'hui, elle gratifie le M5S de première force politique du pays.

Toutes les enquêtes sociologiques et journalistiques le montrent. Depuis 3 ans, le M5s s'affirme comme le premier parti chez les 18-35 ans. Selon une étude réalisée par le Cise (Centre Italien d'Études électorales, ndlr) en décembre 2015, 35,2% des électeurs de 18 à 29 ans choisissent le M5s contre 32,5% pour le PD. Un pourcentage qui monte à 37,3% chez les 30-40 ans et à 42,3% chez les 45-54 ans. En même temps, l'ascension du parti de Beppe Grillo n'est plus un mystère. Lors des élections municipales de juin, le mouvement a frappé un grand coup avec le triomphes de Virginia Raggi, 37 ans, à Rome et celui Chiara Appendino, 32 ans, à Turin. Deux victoires dans lesquelles le vote des jeunes s'est révélé décisif.

À proximité de l'entrée de l'Italie 5 Étoiles, se tient la « Tente des végétaliens » et celle des « Défenseurs des droits des animaux  ». Dedans, de nombreux militants qui n'ont pas plus de vingt ans. « Je suis Grillino depuis 2010 et je viens de Parme, la ville de Pizzarotti (le premier maire élu sous la bannière du M5S qui vient de quitter le mouvement, ndlr) », lâche Matteo Rastelli, programmateur de 23 ans, en distribuant des flyers. « Depuis 2010, je suis le blog de Beppe. Je n'avais alors que 17 ans et j'ai choisi le mouvement pour sa cohérence et parce qu'il m'a donné la possibilité de participer activement sur le terrain. À 20 ans, j'ai pu collaborer à la rédaction d'un projet de loi. Pour un jeune citoyen, c'est formidable », renchérit-il. L'enthousiasme de Matteo rappellent celui de Mattia Calise qui au même âge, en 2011, présentait sa candidature au poste de maire de Milan en devenant du même coup le premier candidat de l'histoire du parti.

Si l'on creuse un peu dans ses origines militantes, Matteo n'a pourtant pas grand-chose à voir avec un parti qui répète à l'envi qu'il n'est ni de droite, ni de gauche, ni du centre. Le jeune sympathisant du M5S puise son militantisme dans la lutte communiste. Giovani aussi vient de la gauche. Médecin sicilien de 29 ans, il a été séduit par le M5S après des années de militantisme au sein du PD. « Dans le M5S, convergent de nombreuses personnes aux différentes idéologies, explique-t-il en croquant dans son sandwich. Les partis foulent aux pieds les grandes idéologies. La droite de Montanelli et le communisme n'existent plus. Aujourd'hui, les jeunes choisissent le M5S parce qu'ils peuvent participer activement à la politique de terrain. Parce qu'ici, au-delà de toutes les contradictions, le vrai leader, c'est le peuple. ».

« Cette Europe est un fardeau »  

« La confiance dans les partis s'est beaucoup estompée. Les partis évoluent désormais dans les hautes sphères et tu n'entres pas en politique si tu ne connais pas quelqu'un. » Les mots de Giovanni résonnent dans les stands et les pavillons. « Je suis le Mouvement depuis le début, lorsqu'il recueillait des avis défavorables, raconte maitenant Amedeo. J'avais 18 ans et j'ai commencé à m'intéresser à la politique parce que je ne voulais pas que d'autres décident pour moi et le Mouvement me semblait l'unique force pour y parvenir.» Ce jeune géomètre a également les idées claires sur l'euro : « Pour avoir une monnaie unique, il faut d'abord créer une cohésion politique et sociale : si les conditions ne changent pas, l'unique alternative est de sortir de l'euro et de créer la relance. Pour l'heure, l'Europe est un fardeau qui limite la souveraineté politique et économique de l'État ».

Alessandro, réprésentant de 28 ans, qui tourne autour des stands avec sa fiancée Stefania, 24 ans, est du même avis. Ils viennent de Vittoria, proche de Raguse en Sicile, l'un des chefs-lieux de la province dirigée par le M5S. Ils endossent tous les deux un t-shirt blanc avec le logo du Mouvement. « Les Grillini sont cohérents et crédibles, assure Alessandro. Ils se battent par exemple contre le seigneuriage bancaire qui n'est autre que l'esclavage des peuples. Moi, je suis pour une Europe équitable pour tous. »

Maverick et Andrea, deux autres Grillini, ont traversé le pays pour faire partie du rassemblement. Ils viennent de Livigno, dans la province de Sondrio tout au nord du pays. Soit 1 600 km pour soutenir que « l'Italie doit quitter l'Europe. On disait que jamais le Royaume-Uni ne partirait... Pour moi, l'Europe des Pères fondateurs est bonne mais celle que l'on connaît aujourd'hui est dominée par la banques et les spéculateurs », envoie Maverick. Andrea rajoute : « Nous avons déjà laissé mourir la Grèce à cause des critères de Maastricht. Je suis également favorable à l'Europe mais celle-ci ne me convient pas du tout ».

En Italie, d'aucuns ne pensent que le discours du M5S se construit sur une systématique contestation. Depuis le retour en grâce de Beppe Grillo sur la scène politique, l'argumentaire du parti consiste à dire non à tout ce qui remplit l'agenda politique : « Non » à la réfrome constitutielle de l'Italicum (une loi de réforme électorale qui étend les pouvoirs de l'éxecutif, ndlr), « Non » au TTIP, « Non » à l'huile tunisienne... Un discours de la négation qui, pour certains, empêche la construction d'une véritable vision d'avenir et qui peut parfois créer des tensions au sein même du Mouvement. La toute-puissance du « padre padrone » Beppe Grillo, le flou politique des projets municipaux à Rome ou à Turin, la cuisine interne du parti... Autant de sujets que Matteo balaie d'un revers de main. « Nous sommes discrédités par les médias parce que nous sommes perçus comme un danger pour le système », clame-t-il. Avant d'ajouter : « Je préfère me concentrer sur les belles choses du Mouvement, comme toutes les personnes que j'ai rencontrées le long de mon parcours ». Et du monde, il y en a partout.

___

Cet article a été publié par la rédaction de cafébabel Palerme. Toute appellation d'origine contrôlée.