Le monde et l'Europe en 2025

Article publié le 6 mai 2010
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Article publié le 6 mai 2010
par Domenico Rossetti di Valdalbero, Secrétaire Général de l'UEF-Belgique Analyser le passé et se projeter dans l'avenir afin de façonner le présent: Voilà l'objectif ambitieux de la prospective. Quels sont les grands enjeux de demain et comment y faire face dès aujourd'hui? Afin d'y voir plus clair, analysons les grandes tendances, tensions et possibles transitions à l'horizon 2025 .

Parmi les tendances relativement certaines, on peu en énumérer trois: Premièrement, la montée de l'Asie. Tant sur le plan démographique qu'économique et scientifique, le XXIème siècle sera probablement le siècle de l'Asie. Avec deux tiers de la population mondiale, l'Asie sera le premier producteur et le premier exportateur mondial en 2025. On s'attend à ce moment là que la Chine et l'Inde représentent 20% de la recherche et développement (R&D) mondiale.

Deuxième tendance: le dénuement et la mobilité des hommes et des femmes. Surtout dans les pays en développement, les bidonvilles vont se multiplier dans les mégacités. Il n'est pas inutile de rappeler que pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, plus de la moitié des hommes et des femmes vivent dans les villes (UN-Habitat). Ces dernières se sont multipliées de façon exponentielle ces dernières décennies. A titre d'exemple, Istanbul est passée de 1 à 11 millions d'habitants entre 1950 et aujourd'hui. Mais plus de 40% de la population turque vit dans les bidonvilles. Des proportions semblables de pauvreté urbaine se retrouvent à Shanghai ou à Rio .

Troisième tendance, la rareté croissante des ressources naturelles et la vulnérabilité de la planète. D'ici 2025, la demande mondiale d'énergie augmentera de près de 50% alors que trois milliards de personnes manqueront d'eau. La sécurité et parfois la survie de millions de personnes sont en jeu sans compter les risques potentiellement catastrophiques des changements climatiques.

Plusieurs tensions peuvent être relevées pour les prochaines quinze années: entre le mode actuel de production et de consommation et la disponibilité des ressources. Et cela, que ce soit dans le domaine alimentaire, de l'eau, des matières premières ou de l'énergie.

Une autre tension se trouve dans l'interdépendance économique croissante du monde alors que des conceptions opposées s'affrontent sur la gouvernance mondiale. Quid par exemple des droits de l'homme (et de la femme) ou de la démocratie à l'échelle du globe au cours des deux prochaines décennies?

Dernière tension importante: entre cosmopolitisme et difficile intégration des cultures étrangères. On assistera en même temps à une plus grande proximité spatiale (urbanisation accélérée) alors que - fruit des phénomènes migratoires - des cultures et des populations toujours plus différentes se côtoieront.

Quelles grandes transitions découlent de ces tendances et de ces tensions?

Tout d'abord, le passage vers un nouveau modèle de développement socio-écologique. Pour répondre aux besoins d'une population estimée à 8 milliards en 2025, d'importants efforts seront nécessaires qu'il s'agisse de développement technologique, d'incitants économiques et de changements de comportements.

Deuxième transition: vers un monde multipolaire et une gouvernance mondiale. L'émergence du "G20" qui semble avoir pris le pas sur d'autres formes de dialogue entre grands du monde est sans doute la démonstration la plus visible de l'émergence de nouveaux acteurs mondiaux. De "l'hyperpuissance américaine" dont on a parlé après la guerre froide, le monde s'oriente sans doute vers le multipolarisme.

Troisième transition: vers la grande Europe intégrée. D'ici 2025, si l'Europe veut continuer à orienter et guider la mondialisation, elle doit proclamer sa "déclaration d'interdépendance" et être le "champion d'une nouvelle gouvernance mondiale" comme l'a dit récemment le Président de la Commission, José-Manuel Barroso.

La pauvreté, la globalisation, les changements de paradigmes sont autant de défis qui demandent à l'Europe de jouer un rôle de leader mondial. Son équilibre entre liberté et égalité, capitalisme et socialisme, compétitivité et solidarité, unité et diversité, religion et laïcité, urbanisme et ruralité, innovation et tradition, respect de la personne et souci de la collectivité sont autant d'éléments qui forgent l'identité des Européens.

Ces caractéristiques intrinsèquement européennes ont une grande valeur. Si l'Union parvient à mieux les exploiter sur la scène mondiale, elle réussira sans doute mieux que d'autres régions du monde à relever les grands défis démographique, politique, économique, technologique et climatique qui nous attendent.

D'ici 2025, aucun pays de l'Union européenne pris séparément ne sera parmi les vingt pays les plus peuplés du monde. Il faut en prendre acte et agir en conséquence. Si les Etats membres veulent continuer à peser sur la scène internationale, ils n'ont pas le choix: ils doivent "établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens". Cette phrase n'est pas prospective. Elle est tirée du préambule du Traité de Rome de 1957.

Domenico Rossetti di Valdalbero,

Auteur des "Villes phares de l'Union européenne" (Homes International, 2009) et de "The Power of Science" (Peter Lang, 2010)

Cet article a été publié dans le quotidien belge "L'Echo" le 24 février 2010 et sur le site www.uef.be