Le modèle social et économique des Pays-Bas : les éléments clés du débat politique

Article publié le 16 mars 2017
Article publié le 16 mars 2017

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quatre années d'austérité et de coupes budgétaires, la crise des réfugiés en 2015 et une forte ascension du populisme et du patriotisme. Tel est le contexte dans lequel se dérouleront les élections législatives des Pays-Bas. Les politiques économiques et sociales sont au centre de la polémique de ce scrutin.

Les derniers sondages annoncent une législature où cohabiteront des petits partis et des partis de taille intermédiaire. Sur les quatorze pouvant entrer à la Chambre basse du Parlement, sept d'entre eux recueillent entre 10% et 16% des intentions de vote. En tête de ce sondage, le Parti populaire libéral et démocrate (VDD) de l'actuel Premier ministre Mark Rutte.

Cette diversité de propositions de gouvernements démontre bien que les Néerlandais vivent une période de transition où ils doivent faire des choix pour leur avenir, tant sur le plan social que sur le plan économique. "Je crois que ce qui attise la grogne sociale est la question suivante : quel type de pays sommes-nous ?" se demande Mark Rutte dans une interview pour le journal Het Financieele Dagblad.

Le modèle social : patriotisme VS multiculturalisme

Depuis plus de dix ans, la présence de différentes minorités ethniques aux Pays-Bas a déclenché un débat sur la façon de préserver la culture néerlandaise tout en intégrant les cultures des immigrés fraîchement arrivés. Le mal-être grandissant de la société et l'attention redoublée que portent les médias et la population à cette thématique sont la nouveauté de ces élections. Les causes principales sont les attentats djihadistes de Paris et Berlin, l'augmentation du nombre de réfugiés depuis 2015 et la baisse du niveau de vie des familles.

Si les sondages se confirment, il pourrait y avoir, à compter de jeudi, un parlement regroupant des positions en faveur de la fermeture des frontières à tous les musulmans (position du Parti pour la Liberté [PVV en néerlandais], dirigé par le controversé Geert Wilders) et d'autres qui proposent de remplacer le concept d'intégration par celui d'acceptation de toutes les minorités qui vivent ensemble dans ce pays (position du partiDenk, dirigé par Tunahan Kuzu, d'origine turque, opposé à la politique islamophobe de Wilders).

Bien que cela donne l'image d'une société polarisée, le dernier rapport du Bureau de Planification Sociale et Culturelle du Ministère de la Santé, du Bien-être et du Sport, intitulé Perspectives 2016 pour la citoyenneté, indique que la seule opinion qui ressorte majoritairement (56%) des sondages effectués auprès des citoyens néerlandais est le rejet de l'arrivée de nouveaux réfugiés. En dehors de cela, d'après le rapport précité, c'est la confusion qui prime. Mais "étant donné que les (groupes d'opinions) les plus extrêmes sont ceux qui parviennent le plus à faire entendre leur voix, il en découle une polarisation du débat".

Etat de bien-être VS société participative

La crise étant surmontée, au moins sur un plan macroéconomique, il convient à présent de se recentrer sur la recherche du bien-être perdu : "Ma volonté est que que les gens participent au redressement (de l'économie), c'est pourquoi je souhaite conserver ma place au sein du gouvernement", affirme Mark Rutte, lors d'une interview pour la chaîne CNBC au Forum Economique Mondial de 2017 qui s'est tenu à Davos. C'est aussi pourquoi l'un des autres débats fondamentaux de ces élections porte sur le rôle de l'Etat dans l'économie du XXIè siècle.

Selon le discours officiel du gouvernement, la crise financière fut la preuve la plus tangible de la nécessité d'une modernisation. Lors de l'inauguration officielle de l'année parlementaire, en 2013, le roi des Pays-Bas, Willem-Alexander, a affirmé qu'il fallait que le système des services publics s'adapte à l'époque actuelle, caractérisée par le "vieillissement de la population et la mondialisation des marchés".

Tandis que certains y voient la volonté de laisser le Parlement entre les mains invisibles d'Adam Smith [souvent considéré comme l'un des pères du capitalisme moderne, ndlr], d'autres reconnaissent que l'Etat du bien-être connait aujourd'hui un décalage : "Je ne crois pas que la solution se trouve dans le modèle que nous avions il y a soixante ans, mais l'Administration a une responsabilité envers les plus nécessiteux. Les coupes budgétaires de ces dernières années sont allées trop loin", commente Benni Leemhuis, Président du parti des verts, Groenlinks, à la mairie de Groninga, une ville située dans le nord des Pays-Bas.

Pour le monarque, il est essentiel qu'il y ait une évolution vers une "société participative", où le bien-être laisserait la place au principe d'obligation envers soi-même, puis dans un deuxième temps à celui de responsabilité envers son entourage le plus proche (famille, amis), sur le plan financier, mais aussi sanitaire, alimentaire, etc. C'est pour cette raison que le système de financement des services publics élémentaires telle que la santé sont l'axe central de la campagne de nombreux partis, comme par exemple celui des socialistes (SP).

Aujourd'hui, la santé publique des Pays-Bas se finance au travers d'un système d'assurances privées obligatoires dont la franchise la plus basse est de 385 euros par assuré : "Mon père souffre d'arthrose et à cause de cela, il doit se rendre souvent chez le médecin. Cela induit des frais très élevés, et parfois il préfère ne pas y aller", commente Robert de Wit, membre du Comité de Mobilité, d'Economie et d'Energie du parti de l'Appel Démocrate-Chrétien (CDA) de Groninga. "Il ne peut pas travailler à cause de sa maladie, mais heureusement, ma mère et moi travaillons et pouvons ainsi l'aider à rembourser les frais", déclare-t-il.

Il est probable qu'il faille plus d'une législature pour répondre à ces questions. Mais les partis qui intégreront la prochaine coalition du gouvernement (en présumant qu'ils soient plus de trois, pour atteindre le nombre de 76 députés [soit la moitié du Parlement plus un député, ndlr]) seront ceux qui devront aider à décider ce que souhaitent les Néerlandais. Sans oublier par ailleurs la position du pays dans le contexte Post-Brexit, alors que l'Union européenne est en pleine redéfinition, que le panorama international connait une importante métamorphose, et qu'il règne un mécontentement général de la population vis-à-vis d'une classe politique qui donne le sentiment de gouverner dans son dos.