Le Ministre des affaires étrangères iranien en visite à Bruxelles

Article publié le 8 juin 2010
Article publié le 8 juin 2010
Par Desiree Ketabchi Au lendemain de sa rencontre avec les Parlementaires européens début juin, Manouchehr Mottaki, Ministre iranien des affaires étrangères, était l'invité du European Policy Centre pour une conférence. Du nucléaire aux Droits de l’Homme, le Ministre avait une réponse à tout, sans toutefois satisfaire ses interlocuteurs, surtout sur les questions concernant les Droits de l’Homme.
Si sur la forme Mottaki a été performant, sur le fond, le public est resté sur ses positions.

Photo: © Bahrein Ministry of Foreign Afairs/ Flickr

Une maîtrise politique stupéfiante

On se souviendra surtout de cette rencontre pour l'habilitée politique remarquable avec laquelle Manouchehr Mottaki a réussi à répondre aux questions du public sans jamais se laisser déstabiliser. Les questions gênantes ne l'on aucunement intimidé, et il n'a pas manqué de faire connaître ses opinions. Un exercice risqué devant le parterre de cette rencontre.

Par exemple, en réponse à quelques questions 'provocantes' au sujet des dernières élections, il n’a pas hésité à définir l’Iran comme une démocratie. On pouvait percevoir un bref instant de tension quand la question des Droits de l’Homme a été soulevée par les représentants d'Amnesty International et de Human Rights Watch, auxquels le gouvernement iranien aurait empêché de visiter le pays. Mais la capacité du Ministre à garder son sang froid était à toute épreuve.

Pour ou contre Ahmadinejad, l'Iran reste divisé.

Un an presque jour pour jour après les dernières élections présidentielles, le ministre iranien retrace les faits: "les partisans de Moussavi, qui veulent faire croire qu'il aurait gagné les élections présidentielles prennent exclusivement en considération les résultats des votes de la capitale", Téhéran, où les électeurs avaient effectivement voté en majorité pour celui qui est devenu depuis le héros du mouvement vert. "En juin 2009, le reste du pays a voté en majorité pour le gouvernement en place" insiste le politicien. Mais comment croire que l’Iran est la démocratie que Mottaki essayait de peindre quand on est témoins des répressions sévères subies par les manifestants lors des récentes protestations ?

Une tension palpable

La tension montait d'un côté et de l'autre de l'estrade. Mottaki surprenait tout le monde par sa capacité à avoir réponse à tout, même aux questions les moins diplomatiques. Sans toutefois parvenir à décourager le public : il s'installait presque un esprit de compétition. A qui réussirait à le déstabiliser. Le pic a été atteint par un intervenant qui a affirmé avoir voulu porter une cravate verte. Je dirais que c’est lui qui a gagné le combat si on considère l’expression presque choquée que j’ai cru lire sur le visage de l’invité.

On ne peut pas dire non plus que Mottaki ait épargné les Européens de critiques féroces, en particulier lorsqu'il a dénoncé l'attitude des pays européens pendant la guerre du Golfe.

L'Iran, un pays sur la défensive?

En ce qui concerne la question nucléaire, Manouchehr Mottaki a répété la volonté de son pays de collaborer avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) et de respecter les accords internationaux. Il n’a pas manqué l'occasion de provoquer à nouveau le public en lui faisant remarquer avec sarcasmes qu’il n’y a pas de pays qui collabore davantage avec l’AIEA que l’Iran. Mais Mottaki cherchait également à placer son message : l’Iran ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire, et désire encore moins s'attaquer à d’autres pays; la stratégie militaire du pays a toujours été défensive et jamais offensive.

Malgré l'accueil acide que le public d'européens lui avait réservé, le Ministre iranien a exprimé à plusieurs reprises et tout au long du débat, sa volonté de maintenir un dialogue avec l’Union Européenne, et il a insisté sur la nécessité de la diplomatie et de la collaboration entre les pays.

Une rencontre animée en somme, qui sortait agréablement de l’ordinaire des visites diplomatiques.