Le mauvais élève de la classe de Kyoto

Article publié le 24 avril 2008
Publié par la communauté
Article publié le 24 avril 2008
Beaucoup de métaphores éducatives et scolaires cette semaine dans les journaux grecs pour évoquer le refus signifié par l’ONU d’accepter que la Grèce puisse intégrer les structures afférentes au protocole de Kyoto: “Ils nous ont virés de Kyoto !
” selon Ta Nea du 22 avril ; “Une gifle retentissante” dans Eleftherotypia, le lendemain

“ministère grec de l’environnement, aménagement du territoire et travaux publics : au piquet !” dans Kathimerini… Que s’est-il donc passé pour que l’élève Hellade mérite une telle punition? grue_Thessalonique Le coup est parti d’un comité de l’ONU chargé de l'application de la convention-cadre du protocole de Kyoto, et qui a enquêté sur la qualité des instruments de mesure et de répartition des émissions de gaz des industries des pays concernés. Or, réuni à Bonn il y a quelques jours, il a refusé le plan national de répartition de la pollution atmosphérique déposé par la Grèce, argant du fait qu’il était “insuffisant”. “Incapacité de la Grèce à mesurer et effectuer le suivi des émissions de gaz à effet de serre”: le journal Kathimerini rapporte froidement l'accusation. Conséquemment, le pays est exclu des mécanismes impliqués par le protocole de Kyoto sur l’environnement. La Grèce doit donc revoir sa copie, et est sommée de le faire avant trois mois…

Cette exclusion est lourde de signification. D’abord parce qu’elle s’est accompagnée d’un commentaire, rapporté dans plusieurs journaux, émanant du directeur de l’agence grecque de WWF: “La Grèce est malheureusement le seul pays au monde reconnu pour ne pas inventorier ses émissions de gaz.” Le pays s’en trouve décrédibilisé au niveau mondial, et le président du parti de gauche Synaspismos, Alekos Alavanos, insiste douloureusement sur la plaie: “La Grèce est le premier pays – c’est-à-dire qu’aucun autre pays ne pourra lui voler la vedette, tous ceux qui suivront seront deuxième ou troisième – qui est accusé par la communauté internationale de manquer de structures suffisantes pour appliquer le protocole de Kyoto”, souligne-t-il dans les colonnes d’Eleftherotypia. Il fait ici référence à la conséquence immédiate de cette décision onusienne: l’Union européenne a en effet ouvert une procédure judiciaire pour “violation de la législation communautaire sur le commerce des déchets” nous apprend le même journal le 23 avril. Car, pour Kyoto, l’Europe est un tout dont les membres doivent respecter les accords en vue de la réalisation de buts communs. Les “mécanismes” dont vient de se voir exclue la Grèce sont envisagés de façon communautaire en Europe, avec en particulier une répartition des efforts à consentir en matière de réduction de gaz à effet de serre. Or, la négligence grecque “noirçit l’image de l’Union européenne qui veut apparaître comme pionnière dans ce domaine sur la scène internationale” et empêche le bon fonctionnement des permis d’émission (des droits à émettre des gaz et qui peuvent s’acheter ou se vendre entre pays industrialisés, en l’occurrence européens, en fonction des objectifs communs de réduction des gaz).

L’affaire va même plus loin et remet en question toute la manière dont l’état grec et ses institutions appréhendent les problèmes d’environnement. Les experts européens ont été surpris de constater qu’il n’existe pas de “ministère de l’environnement” à part entière en Grèce; il s’agit en effet d’un “ministère de l’environnement, aménagement du territoire et travaux publics”. Toute la gauche grecque s’indigne à présent elle aussi de ce fait: les Verts et le PASOK ont demandé qu’un ministère idoine soit créé, à l’instar des 18 pays européens qui sont pourvus d’une telle institution (voir Eleftehros Typos). Dans Eleftherotypia, Kostas Moschona s’insurge de lire dans un même intitulé ‘environnement’ et ‘travaux publics’, termes selon lui antithétiques. Il rappelle aussi que, outre cette singularité institutionnelle grecque, l’actuel ministre grec en charge de ces dossiers, ainsi que son prédécesseur, n’a jamais assisté à un conseil des ministres de l’environnement à Bruxelles “pour avoir une idée de ce qui se fait et se prépare en Europe”.

Le ministre, justement, est en ligne de mire. Alexis Papachela, dans une chronique polémique publiée dans ''Kathimerini'', rappelle que Yorgos Souflias, au profil discret et travailleur, a été souvent mis en avant par son Premier ministre comme un bon élève appelé à la rescousse lors des moments difficiles qu'a pu traverser le gouvernement. Aujourd’hui, le journaliste estime que les critiques qu’il reçoit sont amplement méritées car l’affaire concerne “la protection de l’intérêt commun” et qu’elle fait passer la Grèce pour “un pays du Tiers-Monde (…) qui non seulement n’a pas de ministre, mais n’a pas de politique environnementale.” “Comme beaucoup de ses collègues, Yorgos Souflias en est resté aux années 60 et continue d’envisager les dossiers d’environnement comme un mal nécessaire (…) et non comme la plus grande menace contemporaine”.

À qui la faute ? est la dernière question que l’on se pose dans les journaux. Si la gauche, et entre autres le PASOK, profite de l’occasion pour accuser le gouvernement d’incompétence, le ministère inculpé, lui, rejette la faute sur les gouvernements socialistes précédents et sur l’Observatoire national chargé de la rédaction des rapports sur les émissions de gaz, comme on peut le lire dans Ta Nea du 22 avril. En attendant, tout le monde exige une révision rapide du dossier. Y aura-t-il un rattrapage possible pour la Grèce? Tout le monde le souhaite, bien sûr.