Le marché turc, prêt pour l'Europe

Article publié le 29 septembre 2005
Article publié le 29 septembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La situation économique turque n’est plus un frein à l‘adhésion. En dépit de la pauvreté de la région orientale d’Anatolie, le pays est en meilleure forme économique que d’autres candidats à l’UE.

Un coup d’oeil à l’économie turque peut désorienter l’observateur : cette puissance moyenne, située à la frontière de l’Europe et l’Asie se voit scindée en 2 parties distinctes comme aucun autre pays du continent. Côté occidental, des métropoles vibrantes comparables à Madrid, Lisbonne, Athènes ou Dublin. De l’autre, les terres situées aux confins orientaux de la Turquie rappellent la Syrie ou le Liban.

Les statistiques sont plutôt positifs. Après le cauchemar économique de 2001, les héritiers d’Atatürk ont remis le marché en route sur la bonne voie. Un taux de croissance flirtant avec les 10 % ferait rêver de nombreux ministres des Finances d’Europe occidentale. En Turquie, cette performance est devenue réalité depuis 2002. Or, un tel score repose sur des bases fragiles car il est provoqué par la dévaluation régulière de la monnaie nationale, la Lira, une initiative, qui, selon les estimations de certains économistes, ne peut durer. Dans un pays au sein duquel quasiment 40% des habitants sont toujours directement ou non dépendants de l’agriculture, la croissance économique connait certes des limites.

Mieux que la Roumanie

Cependant, la Turquie ne doit pas craindre la comparaison avec certains des nouveaux Etats membres ou prétendants à l’accession. En Roumanie, censée devenir membre des 25 en 2007, quasiment la moitié des habitants vivent à la campagne et le revenu moyen plafonne à 2,920 $ par personne et par an. Contre 3,750$ en moyenne en Turquie pour l’année 2004. Une différence qui n’a pas conduit à une remise en question de l’intégration de l’ancien empire de Ceaucescu.

De même, en Roumanie ou en Bulgarie, l’économie de marché est loin d’être décrite comme parfaitement fonctionnelle. Selon les critères de Copenhague, dont le respect conditionne toute intégration au sein des 25, une économie de marché compétitive est « la » condition sine qua non de l’entrée dans le club européen.

Sur ce point, le statut de la Turquie ne fait aucun doute : « La Turquie est déjà une économie de marché » ne cesse de clamer le gouvernement allemand dans un verdict clair. Les dirigeants des milieux d’affaires européens, y compris les plus conservateurs, adoptent des positions assez libérales quant à l’adhésion d’Ankara. « Les marchés européens profiteraient clairement de cette arrivée de la Turquie dans la mesure où le pays est une économie en pleine croissance avec un fort potentiel stratégique », explique Arend Oetker, vice-Président de l’Union Fédérale de l’industrie allemande.

La Turquie est déjà économiquement intégrée en Europe et ses liens avec l’Allemagne sont d’ailleurs plus forts que ceux de Berlin avec la Baltique ou Chypre. Les industriels Turcs voyageant en business-class ont été pendant des années les clients d’Airbus en Europe. Les entreprises françaises sont fortement représentées dans le secteur des télécommunications et la compagnie allemande « Siemens » est en train de co-initier un projet énergétique majeur.

Les craintes du contribuable européen irrationnelles

Les craintes que la Turquie rurale absorbe les millions d’euros provenant des fonds structurels de Bruxelles restent largement infondées. Car la PAC doit absolument être réformée si l’Union souhaite être en mesure de continuer à aider ses Etats membres en la matière. Le système de subventions agricoles a, depuis le dernier élargissement, montré ses limites et la structure de régulation des aides ne s’applique même plus aux nouveaux Etats membres. La chasse aux fonds européens sera bientôt achevée et ceux-ci relégués hors de portée. Il est clair que Bruxelles ne veut pas redistribuer sempiternellement autant d’argent qu’avant.

En outre, l’Anatolie est loin de mettre la main sur les millions d’euros injectés par les contribuables européens puisque la Turquie est largement en mesure de résoudre la situation elle même. La croissance fulgurante des dernières années aidera à nuancer les disparités régionales criantes et donnera un coup de pouce suppémentaire aux négociations d’adhésion. Des investissements étrangers sont attendus afin d’accroître le PNB turc de 3 à 4% et ce, dès l’ouverture des négociations. Les discussions qui prendront très certainement au moins une décennie seront de même susceptibles d’améliorer le lien avec les régions du sud de l’Europe

Il n’est pas question de masquer les difficultés économiques de la Turquie. Mais, comparées à la situation en Roumanie ou en Bulgarie, elles pourraient difficilement représenter un obstacle à l’adhésion à l’UE. La Turquie non seulement appartient économiquement à l’Europe, mais surtout, depuis longtemps.

Article publié le 4 octobre 2004 dans le dossier Turquie, négocier ou pas ?