Le loup libéral dans la bergerie sociale

Article publié le 21 mars 2005
Publié par la communauté
Article publié le 21 mars 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Dans le cadre de la redéfinition de la stratégie de Lisbonne, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, sonne l’hallali du modèle social européen.

Les objectifs étaient respectables, quand en 2000 les chefs d’Etat et de gouvernements européens se retrouvèrent au Portugal et façonnèrent la bien nommée « stratégie de Lisbonne ». Afin de développer des synergies entre les politiques sociale, économique, d’enseignement ou environnementale, les leaders européens projetaient alors de faire de la Communauté le plus vaste espace de connaissances du monde d’ici 2010.

A l’heure d’aujourd’hui, ils n’y sont pas encore parvenu. Et maintenant, Barroso va librement s’attaquer à la stratégie de Lisbonne et indubitablement laisser ainsi sa première marque de président de la Commission.

Quand bien même persiste la formulation des idées et buts de la stratégie de Lisbonne faite par Prodi, son prédécesseur, Barroso veut mener une politique de fer : la mise en œuvre de l’Agenda de Lisbonne fera table rase de ses aspects environnementaux et sociaux. Bien entendu des protestations s’élèvent au Parlement européen et à présidence du Conseil au Luxembourg. Mais surtout, les socio-démocrates et les Verts refusent de comprendre pourquoi la concentration des aspects économiques et éducationnels de la politique européenne, tels qu’envisagés par Barroso, faciliterait la mise en œuvre des recommandations de Lisbonne. Et ils n’ont pas tout à fait tort. Alors le nouveau président fait renaître à la vie cette vieille partition opposant les préoccupations économiques aux préoccupations environnementales.

« On a besoin d’un nombre limité de mesures… »

Barroso s’appuie sur les maigres succès enregistrés jusqu’à présent par la stratégie de Lisbonne. Les chefs d’Etat et de gouvernement avaient fixé plusieurs objectifs à la fin de la décennie précédente : plus de croissance, plus de travail, un meilleur système d’éducation, plus unifié au niveau européen et un environnement plus propice aux innovations. Jusqu’à présent, ils n’y sont pas parvenu, sans doute à cause d’un agenda trop ambitieux. Voilà le diagnostique posé aujourd’hui par José Manuel Barroso : « Nous devons identifier un nombre limité de mesures, qui auront une signification centrale pour les politiques de l’emploi et la croissance. » Et ces mesures principales vaudront pour toutes les politiques économiques et de formation.

Cette décision suscite de violentes controverses. L’Europe, bien consciente de la valeur de son modèle social, devrait le défendre et aider le Premier ministre du Luxembourg et actuel président du Conseil européen, Jean-Claude Juncker, afin de contrer le chemin de Barroso. Parmi ses priorités, le Luxembourgeois souligne aussi l’approche globale de la stratégie de Lisbonne. « La compétitivité européenne doit maintenir un niveau de développement constant, de solidarité sociale et de politique environnementale responsable ; trois aspects très importants dont le Président Barroso ne semble pas avoir cure », soulignait clairement le chef de file des Verts, Daniel Cohn-Bendit.

Les détracteurs de Barrso sont soutenus par les textes de la Commission elle-même.

« Nous devons en finir avec cette idée que la protection de l’environnement est un luxe », souligne le Commissaire à l’environnement, le conservateur Stavros Dimas. « La politique environnementale est un des piliers de la stratégie de Lisbonne. L’Europe devrait investir davantage dans les politiques innovantes de protection de l’environnement et accroître ainsi sa compétitivité. Les technologies de l’environnement pourraient produire des apports décisifs. »

Fin mars, délibération du conseil des chefs

« Les Etats membres devraient en faire davantage, pour encourager l’emploi, réduire la pauvreté et garantir des salaires convenables aujourd’hui et dans l’avenir », poursuit Vladimir Spidla, le Commissaire pour l’emploi, les politiques sociales et l’égalité des chances. Comme les manques devront être comblés, la Commission est encore perplexe à ce sujet. Les 21 et 22 mars, les chefs d’Etat et de gouvernement remettent ce thème à l’ordre du jour du sommet. Ils feraient bien de jeter un œil aux papiers de la Direction Générale concernée. Il faudra aussi se demander quelle politique économique est envisageable dans le futur. Et encore faudrait-il en trouver une qu’approuverait Barroso.