Le long Moyen Age de l’Europe

Article publié le 4 juin 2007
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Article publié le 4 juin 2007
L’image de la femme dans les sociétés musulmanes date du Moyen Age, s’écrient des critiques européens. Mais qu’il s’agit du droit de vote, de la libéralisation de la mode, de l’ouverture des universités ou du marché de travail – l’Europe même ne vient que d’émerger du Moyen Age. Une polémique.

Mariages forcés, meurtres d’honneurs, contraint de porter le foulard – l’image des femmes et de la famille des musulmans serait médiévale et incompatible avec la modernité, disent des nombreux critiques en Europe. Les filles et femmes musulmans ne seraient pas libre de se vêtir selon leur goût, de choisir leur partenaire et de vivre selon leurs propres idéaux. Dans les structures familiales encore fortement marquées par le paternalisme elles devraient se soumettre à la volonté des hommes. Le contraint de porter le foulard, l’interdiction de participer aux cours de sports comme toute la mise sous tutelle des femmes seraient le signe d’une modèle social pré-moderne.

Or il est vrai, que la liberté de choix de l’individu ainsi que l’égalité des droits des sexes sont caractéristique de la modernité. Mais si on jète un regard dans le passé pas si lointain on voit que jusqu’à assez récemment c’était tout mais naturel en Europe. Dans la République Fédérale d’Allemagne encore jusqu’aux années cinquante les femmes devaient montrer l’accord écrit de leur mari pour commencer un travail indépendant ou pour ouvrir un compte bancaire. Seulement avec la loi sur l’égalité de 1957 le modèle traditionnel, dans lequel l’homme doit gagner l’argent et la femme s’occuper du ménage, était mis en question.

De même, il ne fait que peu de temps que les femmes aient reçu le droit de vote. En Allemagne et en Autriche il était introduit en 1918, en France 1944 et en Suisse 1971. Au Canton Appenzell les femmes ont dû même attendre 1990 pour pouvoir participer aux élections. Par contre, même en Iran les femmes participent aux élections depuis 1978. Et en Turquie elles ont le droit de vote depuis 1930. Dans d’autres domaines il y a des avancés en Europe : Au cabinet français il y a aujourd’hui autant de femmes que d’hommes et l’Allemagne est pour la première fois gouvernée par une chancelière. Mais en Turquie ce fut en 1993 qu’avec Tansu Ciller une femme se trouvait au poste de Premier ministre.

A l’école la séparation des sexes était tout à fait naturelle

Or, on peut objecter qu’au moins en Europe la participation aux voyages de classes et aux cours de natations ne fut jamais interdite aux filles. Mais dans des nombreux pays européens jusqu’après la guerre peu de filles faisaient des études, elles étant destinées à s’occuper des enfants. Non seulement en Allemagne, où le fascisme avait propagé un modèle familial très traditionnel, mais aussi dans des pays catholiques comme la France, l’Italie et l’Espagne les femmes étaient jusqu’aux années soixante largement sous-représenté aux universités. En Allemagne encore 1992 seulement 39 pour-cent des étudiants étaient de sexe féminin. Il ne serait mentionné qu’en passant qu’aujourd’hui en Iran et en Arabie Saoudite, deux pays supposés vivre en plein Moyen Age, il y a plus de femmes aux universités que d’hommes.

De même, le modèle co-éducatif a pris longtemps pour s’imposer en Europe. Jusqu’aux années cinquante encore la majorité des écoles allemandes ne connaissaient pas la mixité. Dans des pays catholiques – à cause de la forte influence de l’église sur le système éducatif – la séparation des sexes a perduré bien plus longtemps. Même en France laïque et dans la Grande Bretagne libérale il n’y a des classes mixtes que depuis les années soixante. Des institutions chrétiennes ont souvent gardé la séparation jusqu’à aujourd’hui et dans les internats la stricte ségrégation des sexes n’a jamais été mise en question. En plus il y a depuis un certain temps un débat de retourner à la séparation des sexes aux cours de mathématique et de sport pour soustraire les filles à la dominance des garçons.

La libéralisation des mœurs est le résultat de ‘68

Au moins personne n’oblige les femmes de porter un foulard en Europe, certains vont objecter. Mais s’il est vrai que la voile n’existe plus en Europa depuis le Moyen Age, la liberté vestimentaire et sexuelle n’est pas caractéristique de la culture européenne mais une conquête de la révolution de 68. Jusqu’en 1968 les conventions de modes étaient très strictes. Que des femmes portent des pantalons était tout à fait inimaginable – et de jupes courtes seulement tolérées pour des jeunes filles. La présentation du sexe dans la publicité, les médias et les films étaient également largement tabou. De s’embrasser en publique était considéré comme amoral et le sexe avant le mariage – si pas inhabituel – était strictement sanctionné par la société. Bref, l’Europe jusqu’aux années soixante était assez pudique.

Ceci se monter également dans les lois sur l’homosexualité. Jusqu’en 1957 des ‘contacts sexuels contre nature’ étaient sanctionnés par la loi en Allemagne – comme dans d’autres pays européens. Jusqu’à l’abolition de cette loi discriminatoire des dizaines de milliers d’hommes étaient condamnés à des peines de prisons. En Europe de l’Est encore aujourd’hui les gays souffre de la discrimination. Ainsi, en Pologne et Lituanie, des manifestations sous le drapeau d’arc-en-ciel sont régulièrement interdites par les autorités. Alors, si la discrimination des gays et des femmes, comme un modèle familial traditionnel et patriarcal sont caractéristique du Moyen Age il faut remarquer que l’Europe jusqu’à la deuxième moitié du 20ème siècle y était bloquée – et qu’en parti ne commence à en émerger qu’aujourd’hui.