Le jour où David Bowie ressuscita

Article publié le 12 janvier 2016
Article publié le 12 janvier 2016

David Bowie est retourné d’où il est venu, peut-être sur Mars, ou ne sait où. Peu importe la chanson ou l’image que vous avez en tête, si le chat a 9 vies, David Robert Jones en a eues bien plus. Vous lirez de nombreux commentaires et articles, mais Bowie est inclassable. Il vit dans ce qu’il a individuellement représenté pour chacun d’entre nous. Réflexion d’un jeune fan.  

Comme les savants maestros du théâtre, il nous a donné beaucoup de temps pour faire notre deuil. De la même manière avec laquelle David Bowie et la Bowie-mania ont si rapidement traversé les différentes générations, le caméléon britannique plongeait dans toutes les époques pour ensuite refaire surface et changer continuellement : on pourrait parler de mythe intemporel. Célébré de son vivant comme nos saints du passé – hélas presque tous mort – comme si lui aussi était physiquement mort depuis longtemps, mais très vivant dans sa musique.

Blackstar est paru le 8 janvier, le jour de son anniversaire, trois ans après The Next Day qui marquait son retour après une longue période de silence, durant laquelle certains auraient même juré l’avoir vu sur Mars. Tout juste à temps pour nous laisser une œuvre posthume qui boucle la boucle à 69 ans. Un nombre trop ésotérique et évocateur pour ne pas à l’avenir se prêter à une des nombreuses exégèses à propos de l’un des personnages unique et irremplaçable.

Comment est la vie sur Mars, Ziggy ? (1971).

Mais le choix n’était pas le fruit du hasard. Le vieux Duc Blanc, marqué par les années dans le clip testament de« Lazarus », mais lucide jusqu’à la fin, avait aussi prévu cette sortie de scène spectaculaire. Comme un acteur de théâtre, il bougeait avec grâce sur scène en effectuant des moonwalk avant Michael Jackson (il avait appris l’art du mime en s'inspirant de Lindsay Kemp, ndlr). Celui à qui le maquillage et les costume androgynes, orientaux, spatiaux qu’il portait naturellement parce qu’ils étaient faits sur mesure pour lui et pour son égo sans limites, fragmentaire et insaisissable.

Qui est David Bowie ?

Certains chanceux ont pu voir les reliques, les souvenirs, les rêves et les visons de Bowie lors de l’exposition monumentale, David Bowie IS.  Partie de Londres, elle a fait le tour du monde en faisant notamment escale à Paris, où j’ai eu la chance de me rendre. Le titre-même est une affirmation des plus difficiles et complexes. Une exposition sur les 50 ans de carrière qui débute et se conclut avec la même question, en laissant à chaque spectateur de toutes générations confondues sa propre réponse personnelle.

 

Qui est David Bowie ? Il ne représentait pas que la musique, il n'était pas qu’une icône pop rock. Il incarnait la rébellion : l’affirmation de ses peurs, et de ses singularités. La découverte de sa sexualité : un art à part entière. Une icône schizophrène de l’homme le plus tourmenté, celui du vingtième siècle.

Pourquoi David Bowie nous a habitués à tout avec autant de naturel, sans jamais tomber dans l’excès ? C'est parce que le monde qu’il découvrait, nous le découvrions avec lui. Il nous a surtout habitués à la mort. Il a « tué » à plusieurs reprises – parfois de façon spectaculaire – une partie de son égo et tous ces personnages qui, comme des hommes normaux, naissent, vivent et meurent : Ziggy Stardust et ses Spiders from Mars  (dont son grand ami et collègue Mick Ronson), Halloween Jack, The White Thin Duke...

Pourquoi tous ces changements de visages et de style au gré du temps si ce n’est une tentative d’échapper au destin inéluctable qui attend chacun d’entre nous, la réponse à la plus grande inquiétude de l’homme ?

 Hunky Dory (1971).

Bowie est parti à Berlin, pour y effectuer son doctorat musical déjà très riche au seuil de la trentaine. Et il était précurseur puisqu'il l'a fait avant que les hipsters et les artistes élisent Berlin Capitale culturelle et ville des jeunes. Cela a donné naissance à la trilogie berlinoise.

Déjà parce que David Bowie plaît également beaucoup à la « génération Y », celle des millennials, probablement une des plus inquiètes et individualistes de l’histoire humaine. Celle des transformations rapides, celle où l’on peut être héros, mais d’un jour, comme chantait Bowie en 1977 dans « Heroes »

 Heroes (1977), deuxième album de fameuse trilogie berlinoise.

La génération des inquiets, qui cherche quelque chose qu’elle ne trouve pas et qui a donc besoin de changer et ne se contente pas. Ou encore celle qui ne pose pas d’obstacles entre les frontières sexuelles connues ou imposées par la société, et a besoin d’aller plus loin, avec son propre corps et sa propre imagination comme seul compagnon de voyage.

Bowie semblait venir d’une autre planète c’est pour cela que beaucoup ont essayé de l’imiter. Personne n’y est jamais parvenu, parce qu'il imitait lui-même les morceaux de sa propre mosaïque.  Nous ne serons à présent pas surpris si  - comme Lazare – David Bowie ressuscitait.

Da Ziggy Stardust: le film de l'album live enregistré en 1973 et paru 10 ans plus tard.

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Palermo. Toute appellaiton d'origine contrôlée