Le jeune européen en 2012 : il est parti, il a tout compris

Article publié le 30 janvier 2012
Article publié le 30 janvier 2012
Alors que les politiques se penchent sur la façon de ne pas sombrer dans le désespoir et sur comment présenter le programme de la nouvelle présidence qui est censée nous amené à la stabilisation du marché économique européen (la présidence danoise de l’UE a commencé ce 1er janvier), les jeunes européens, actifs et ambitieux, parlent de leurs expériences de l’ « année de crise » qu’a été 2011.
Quelles sont nos peurs et nos attentes pour l’année 2012 ?

« Les étudiants actuels devraient déjà épargner par eux mêmes, car d’ici 30 ans, c’est l’ensemble du système de retraite européen qui s’effondrera. »

Daniel, étudiant polonais, en économie, à l’Université Catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve) donne son avis sur les mécanismes mis en œuvre jusqu’à présent pour lutter contre la crise : « L'Establishment ne s’en est pas sorti, car il tente de résoudre le problème en faisant fonctionner la planche à billets, ce qui a pour effet de favoriser l’inflation. De fait, les prix connaîtront probablement une forte hausse l’année prochaine (inflation), il n’y aura très certainement pas de création d’emplois (une plus grande masse monétaire ne signifie pas plus d’emplois), si l’on réfléchi sur le long terme, les étudiants actuels devraient déjà épargner par eux mêmes, car d’ici 30 ans, c’est l’ensemble du système de retraite européen qui s’effondrera. »

Direction l’Asie

« Une de mes connaissance a gagné 100 euros en l’espace de 15 minutes en coupant une dinde à l’occasion de Thanksgiving. » 

Devoir se serrer la ceinture dés le début de sa carrière n’est à priori pas la meilleure façon de s’armer pour le futur... Filipe, portugais et lisbonnin, qui a terminé ses études lors de l’année universitaire précédente, séjourne aujourd’hui en Chine, où il apprend le chinois dans l’un des nombreux cours proposés aux étrangers par l’université de Pékin. Sans hésitation, il affirme que les perspectives des jeunes européens en Chine, ne paraissent aucunement plus mauvaises qu’en Europe. C’est même l’inverse. « A la fin de l’année dernière je suis revenu au Portugal pour une courte période et je me suis vite rendu compte qu’en partant, j’avais pris la bonne décision. La majeure partie de mes amis qui sont restés au pays n’ont pas eu leur contrat de travail renouvelé. A l’inverse, les Européens séjournant en Chine n’ont aucun problème pour subvenir à leurs besoins – ils peuvent toujours gagner leur vie, de façon plus ou moins créative. Par exemple, une de mes connaissances a gagné 100 euros en l’espace de 15 minutes en coupant une dinde à l’occasion de Thanksgiving. Et cela uniquement, parce qu’il est étranger. Pour les moins créatifs, il reste toujours la possibilité d’enseigner l’anglais. L’heure est facturée 25 euros. »

Pour un bon départ ... nous vous proposons un emploi non rémunéré

Lire aussi sur cafebabel.com : « Stages : travailler oui, mais pour gagner sa vie »

Pour Alejandro, espagnol et madrilène, travaillant aujourd’hui à Bruxelles, la plus grande injustice, qui touche les jeunes diplômés en Europe c’est le chômage, mais aussi les offres de travail non rémunérées qui poussent comme des champignons et qui sont aussi appelés stages « poubelle » . Ces stages concernent surtout les jeunes diplômés, pour qui il est désormais courant de travailler hors de leurs qualifications.

Les craintes d’Alejandro ne sont pas infondées, mais toujours est-il que les plus sceptiques des Européens sont les jeunes italiens. D’après le dernier rapport Eurostat, sur l’ensemble des 27 pays membres de l’Union européenne, il y a aujourd’hui 8 000 250 000 personnes, qui souhaiteraient obtenir un travail, mais n’arrivent pas à en trouver. Dans la seule Italie, on compte jusqu’à 2,7 millions d’entre eux (ce qui représente 11,1% de la population active du pays). Dans le clan des « désespérés » on compte également les Bulgares (plus de 8%) ou encore les Lettons (8%). Inversement, les populations qui n’ont pas à s’inquiéter de la situation sont les Belges (seulement 0,7% d’entre eux déclarent avoir des difficultés à obtenir un emploi), mais aussi les Français (1,1%) et les Allemands (1,3%).

Comment trouvons-nous du travail aujourd’hui ? Le journal italien La Repubblicale met en lumière : en temps de crise, les personnes vers qui nous nous tournons le plus souvent pour réclamer de l’aide sont nos amis ou notre famille. En Europe, ce constat s’applique à 68,9% des sans emplois. En Italie ce chiffre atteint le niveau record de 77% ! Nous ne faisons confiance aux offres d’emploi internet pour nous en sortir que dans 31,4% des cas.

Pour le futur proche : un billet aller simple

Piero, étudiant italien en sciences naturelles, conseille avec amertume de quitter le pays. Il raisonne : obtenir rapidement de l’expérience à l’étranger devrait être l’objectif commun à tous les jeunes diplômés. « De ce que j’ai pu constater, je peux assurer que, en restant au pays, rares sont mes amis qui ont décroché un travail correspondant à leurs attentes, immédiatement après avoir terminé leurs études. Les jeunes italiens doivent régulièrement acceptés des stages qui ne correspondent pas à ce qu’ils recherchent – aussi bien sur le plan du travail demandé que du salaire qui leur est proposé. Quelqu’un de chanceux peut compter sur un salaire maximal de 600-800 euros pour un stage, ou 1200 euros dans le cas d’une très bonne offre de premier emploi. Avec l’arrivée du nouveau Premier ministre, Mario Monti, nous avons entrevue une lueur d’espoir, mais pour qu’il y ait des changements concrets, il faudra encore patienter un peu. Aussi mieux vaut-il quitter le pays maintenant et revenir après un certain temps, avec un bagage d’expériences. »

L’indignation (pas seulement parmi les jeunes, mais également chez leurs parents, qui espéraient, que leurs enfants seraient un soutien durant leurs vieux jours), le chômage chez les jeunes, qui à l’automne dernier atteignaient les 21% dans UE, la pratique de plus en plus courante de stages non rémunérés dés la première année d’étude, voir même dans certains cas plus tôt… c’est cela la réalité à laquelle doivent faire face les jeunes Européens. De façon honorable, la présidence danoise annonce une Europe « responsable, dynamique, verte et sûre », mais qu’en est-il de l’avenir de cette génération, qui lutte actuellement pour se faire une place sur le marché du travail ? Quels changements 2012 apportera-t-il aux perspectives des jeunes de l’Europe ? Seul le temps nous le dira.

Photos : Une (cc) Iasard/flickr; Texte (cc) Gianfranco Goria/flickr