Le Groenland : un avenir loin de l’Europe ?

Article publié le 21 décembre 2008
Article publié le 21 décembre 2008
© AFPLe 25 novembre dernier, la population groenlandaise a accepté par référendum à plus de 75 % un projet d’autonomie renforcée. Un choix qui pose question pour ce territoire à la culture si particulière, politiquement européen (dépendance danoise) mais géographiquement américain. Si on vous dit « Groenland » vous allez sûrement imaginer un désert de glace habité par quelques peuplades Inuits.
Et bien le cliché a du vrai.

Le Groenland, c’est une île gigantesque – trois fois plus vaste que l’Ukraine – et une densité de 0,03 hab/km². Un désert donc… qui plus est à l’écart, là-haut près du pôle Nord. Loin de l’Europe surtout.

Car le Groenland, conquête scandinave du Moyen Âge, est une possession du Danemark depuis le XVIIIe siècle. Une possession qui acquiert un statut autonome en 1979, et se retire même du Marché commun européen en 1985 afin de protéger son économie de pêche. Néanmoins l’économie régionale reste largement subventionnée par l’Union européenne. Ainsi, outre la pêche, vingt-cinq millions d’euros sont alloués chaque année au système éducatif.

Sollicité par Le Puy de Babel, le spécialiste du Groenland et de ses enjeux Damien Degeorges affirme que si « l’autonomie renforcée ouvre la voie à une possible indépendance, (…) d’importants obstacles restent à surmonter ». On pense notamment à la maîtrise de cet immense espace rigoureux et sous-peuplé en proie aux effets du réchauffement climatique. À cette considération, Damien Degeorges répond « qu’un territoire stratégique grand comme quatre fois la France, (...) peuplé d'environ 57 000 habitants, au cœur de l'Arctique, ne pourra qu'attirer les convoitises ».

Et parmi celles-ci, il y a les inévitables ressources naturelles dont font partie les hydrocarbures. Le sous-sol de l’inlandsis arctique a un potentiel conséquent, jusqu’ici inexploité : « aucun forage n’a pour le moment été réalisé » nous informe Damien Degeorges. Mais des licences ont été délivrées à des compagnies pétrolières. Comme base économique, les dirigeants de l’île comptent beaucoup sur la manne qui pourrait découler de cette richesse énergétique.

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Quand on sait que la population se situe très majoritairement sur la côte Ouest, face au nouveau monde, l’ombre des États-Unis n’est pas une hallucination. D’autant que le gendarme du monde y est déjà présent indirectement – base militaire.

Le Groenland devra donc assurément se décider : préférer le proche partenaire américain, ou rester la « fenêtre arctique » de l’Europe.