Le Ghana, voyage à bord d'un tro-tro

Article publié le 5 mars 2010
Article publié le 5 mars 2010

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

J’ai atterri en août à l’aéroport international de Kotoka à Accra, la capitale du Ghana. Après avoir passé les douanes sans problème et récupéré rapidement sa valise, la première vision qui attend le voyageur, ce sont des centaines de personnes souriantes, les bras tendus qui semblent le recevoir. A ce moment-là, j’ai su que mon expérience allait être inoubliable.

Avant tout, passage obligé par la case vaccin : polio, rage, typhoïde, hépatite A et fièvre jaune ! Sans oublier de prendre tous les jours les comprimés contre la malaria, l’une des maladies les plus menaçantes d’Afrique. Situé dans la zone occidentale, le Ghana a été le premier pays sur le continent à obtenir son indépendance durant le processus de décolonisation du milieu du XXème siècle. Aujourd’hui, même s’il s’agit d’un pays très riche en ressources naturelles, c’est l’un des plus pauvres d’Afrique.

Les mercredis sont jours de marché dans le quartier musulman d'Accra ©Sofía VerzbolovskisNima est le quartier musulman de la capitale et le mercredi, c’est le jour du marché: une mine où l’on peut profiter de millions de produits. Dans un désordre synchronisé, les femmes portent leurs enfants sur le dos grâce à des étoles typiques tout en vendant des gâteaux, de l’eau contenue dans de petits sachets en plastique, du pain ou des fruits exotiques. Dans chaque recoin du quartier, des vieux et des jeunes qui survivent tant bien que mal et au milieu du marché, une petite station de tro-tros (des bus sur le point de tomber en ruine)

La loi ici, c’est le marchandage. On le comprend vite au Arts Center, un marché immense où l’on vend des masques, des colliers ou des t-shirts à des prix très bas pour un occidental. Les ateliers musicaux y abondent et on peut y voir comment sont fabriqués les djembés et même, de temps en temps, assister à des jam sessions improvisées.

 Conseil pour ne pas rencontrer de mari

  je peux seulement dire que j’ai eu plusieurs demandes en mariage !

Avant d’arriver, on m’a prévenu que tout le monde veut parler aux étrangers, les « obroni », « personne blanche » dans le dialecte Twi - l’un des plus importants entre les 40 qui se parlent au Ghana - surtout les hommes si l’arrivant est une femme. Pour ma part, je peux seulement dire que j’ai eu plusieurs demandes en mariage ! Et au milieu de toute cette joie, les moustiques qui font la compétition pour savoir lequel va te piquer le plus. La saleté se ressent partout, peut-être à cause de la chaleur, de la poussière ou de la tuyauterie qui s’évacue dans la rue. Accra est fascinante, mais folle. Heureusement, pour s’échapper quelques heures de son exubérance et de sa chaleur, il est possible d’aller nager dans la piscine d’un hôtel, comme le Golden Tulip, l’un des meilleurs de la ville, pour huit cédis (moins de 4 euros).

une pate de maïs et de cassava, soupe de tomates avec du tilapia ©Sofía VerzvolovskisA Osu, un quartier plutôt cosmopolite, ceux qui ont des problèmes avec la nourriture africaine pourront déguster une bonne pizza accompagnée d‘un verre de vin au restaurant Mamma Mia. A Buka par contre, dégustation de plats typiques : du Red-Red (du riz blanc avec des haricots et une sauce à base de tomates), au poulet, du banku (une ration de mais et de cassava et une soupe à la tomate avec du poisson) ou du fufu. On zappe la digestion, direction Bywell, l’un des meilleurs endroits pour danser, avec du jazz en direct ou du « hiplife » ( qui mélange jazz, hip hop et afrobeat)

 Le voyage sur la côte n’est pas des plus aisés : des tro-tros semblables à des boites à sardines où il est parfois impossible d’ouvrir les fenêtres, ce depuis Accra jusqu’à Cape Coast. Mais ça en vaut la peine. Pour voir l’Afrique des femmes qui portent leur charge sur la tête, celle de la vente de poisson et de viande pour cuisiner sur la route, le paysage spectaculaire des champs de mais interminables, les arbres immenses et les chemins en terre qui alternent avec le bitume.

Le château du Cape Coast a été l’un des centres du trafic d’esclaves pendant l’époque coloniale et c’est l’un des onze forts du Ghana qui ont été classés Patrimoine de l’humanité par l’Unesco en 1979. C’est impressionnant d’entrer dans les cellules où ils étaient enfermés en attendant les bateaux qui les transféreraient, sans lumière, entassés et sans nourriture, les affaiblissant pour qu’ils ne puissent pas s’échapper. Peut-être le site le plus touristique du pays. De là, on peut visiter le parc national de Kakum : sept ponts de cordes et de bois sur des précipices sans fond… Peu recommandé pour ceux qui ont le vertige. Kakum offre une vision incomparable de la nature stimulante de l’Afrique. A 40 mètres de haut, on a l’impression de se promener dans les nuages.

La musique est à chaque coin de rue au Ghana ©Sofía VerzbolovskisAprès deux jours, je suis de nouveau monté dans un tro-tro, cette fois-ci en direction de BusuaBeach. Comparé à l’effervescence de Cape Coast, ici l’on trouve une tranquillité unique. Pour arriver, le tro-tro nous a laissé dans un village appelé Takoradi, où après une heure à marchander, on nous a prévenu qu’il fallait prendre un taxi. Dix chauffeurs se sont approchés comme des aimants. Nous sommes finalement arrivés au Busua Inn, de loin le meilleur hôtel durant mon séjour dans le pays, même si le prix (60 cédis, 32 euros) est un peu cher pour les standards du Ghana. Mais pas pour dîner sur la terrasse de l’hôtel, boire des verres de vin rouge et manger une langouste exquise. Quelle nuit de luxe sur cette plage presque déserte ! Les amoureux du reggae peuvent en écouter sur les plages de Labadi et de Kokrobite, plus précisément à l’hôtel Milly’s Back Yard de Kokrobite, tous les samedis. Des chansons de Bob Marley et d’autres grands comme Toots and the maytals, Jimmy Cliff et Buju Banton résonnent sur la plage jusqu’à deux heures du matin. Après la fête, les gens se réunissent autour d’un feu pour jouer du djembé jusqu’à l’aube, pendant que les enfants dansent au rythme des tambours.

Au Ghana, chaque groupe ethnique parle son propre dialecte, mais ils ont trouvé le moyen de vivre et de travailler ensemble. C’est un pays démocratique avec une économie en pleine croissance et une bonne dose d’énergie et d’optimisme. C’est cette énergie, la richesse culturelle, les sourires incessants, la joie et l’amabilité des gens qui ont fait de mon voyage au Ghana une expérience inoubliable.

Photos: ©Sofía Verzbolovskis