Le G8 sur les ruines de l'Aquila

Article publié le 7 juillet 2009
Article publié le 7 juillet 2009
L’impact du sommet sur une population épuisée est considérable. Trois mois après le séisme qui a secoué la capitale des Abruzzes, celle-ci compte encore des dizaines de milliers de réfugiés.

Il fait nuit sur l’avenue Corrado IV, aux portes de la vieille ville. Peu de voitures circulent encore devant les postes de contrôle de la police, des carabiniers et de la Guardia di Finanza. C’est le pire moment de la journée. Le jour, on voit les ruines. On se rend compte qu’on devra renoncer à une grande partie des choses auxquelles on était habitué depuis longtemps, mais au moins, on voit les passants, les voitures, la circulation. La nuit, c’est autre chose. La moitié de la ville est encore réfugiée sur la côte tandis que l’autre est hébergée sous les tentes de la Protection civile.

Berlusconi face à la réalité des chiffres

© Leandro Demori/ leandrodemori.comLes chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de trente mille personnes sont encore hébergées dans les hôtels des provinces de Pescara, Chieti, Teramo (région des Abruzzes) et d'Ascoli Piceno (région des Marches). Vingt-trois mille réfugiés dorment encore sous des tentes, et à peu près autant ont fait leurs valises pour trouver une solution autonome ailleurs. Mais à la fin du mois de juin, moins de deux mille personnes avaient réintégré leurs logements. En cause, les secousses sismiques à répétition qui ont atteint jusqu’à 4 degrés sur l’échelle de Richter. Le président du Conseil Silvio Berlusconi promet que, d’ici septembre, les tentes seront fermées et que les milliers de réfugiés seront relogés dans les nouveaux immeubles antisismiques en construction à la périphérie de la ville. Mais les chantiers ont pris du retard et ces immeubles pourront difficilement permettre de reloger plus de quinze mille personnes, sachant qu’après la livraison des premiers logements en septembre, les autres devront attendre plusieurs mois.

L’ère du badge

Dans ce contexte, le  sommet du G8 qui se tient à l’Aquila est l’un des plus marquants de ces dernières années. Trois jours durant lesquels, comme l’a dit Berlusconi, on parlera de réglementation de la finance, de sécurité alimentaire et du changement climatique. Des dizaines de délégations nationales (27 pays seront présents le dernier jour)©Leandro Demori/leandrodemori.com seront accueillies entre l'Aquila, la côte adriatique – avec les fameux bateaux affrétés pour recevoir une partie du staff du G8 prévu initialement en Sardaigne puis déplacé dans le port plus spartiate d’Ortona – et Rome.. La partie se joue entre huit pays, Russie, Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, et Canada, dans lesquels vit environ 13% de la population mondiale, pour une richesse produite bien supérieure à 50% du PIB mondial. Cet événement aura un fort impact émotionnel sur une population déjà épuisée par trois mois de secousses, restrictions, exodes et exposition aux médias. Les contrôles en ce moment sont omniprésents. Les postes de contrôle, les patrouilles des différents corps de la police et de l’anti-terrorisme se sont imposées dans la vie quotidienne de la capitale des Abruzzes : dans les rues sous leur contrôle, on ne peut même pas circuler à pied, à moins d’avoir un badge.

Durant les journées du sommet (du 8 au 10 juillet) les seuls piétons autorisés à circuler seront ceux qui bénéficient à différents titres du badge spécial délivré par l’organisation de la mission G8, de même que les résidents préalablement enregistrés. Habitants et visiteurs pourront continuer à entrer et sortir du village de tentes. Mais la zone de la Guardia di Finanza, où a lieu le  sommet sera sous contrôle. Chose curieuse, la circulation des troupeaux d’animaux dans la zone ouest a même été interdite. Pourtant, la délégation des Etats-Unis, en visite officielle, avait été agréablement surprise à la vue des troupeaux de moutons.