Le futur du journalisme numérique

Article publié le 6 février 2015
Article publié le 6 février 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Présentation visuelle des données, plates-formes mobiles, réseaux sociaux et fidélisation du lectorat ne sont que quelques thèmes sur lesquels le journalisme devra bientôt prendre position. Ils ont été abordés durant l'une des conférences les plus importantes du Royaume-Uni en matière de journalisme numérique : News RewiredCafébabel y a suivi l’enseignement des gourous de la profession.

C’est Aron Pilhofer, directeur de la rubrique numérique du Guardian, qui a ouvert la conférence. Le journaliste américain a relevé une série de tendances à suivre dans la profession. Parmi celles-ci, il a souligné l’importance de l’aspect visuel du contenu en arguant qu’en 2014 la moitié des articles les plus consultés du New York Times, son précédent employeur, étaient des infographies.

Pilhofer a également insisté sur le fait que le journalisme doit être une conversation avec le public. Selon lui, les médias doivent avant tout comprendre et maîtriser le comportement des lecteurs ainsi que les raisons pour lesquelles certains contenus rencontrent plus de succès que d’autres.

Interrogé ensuite sur la disparition possible des journaux papier, le journaliste a répondu que, si le numérique a effectivement grignoté une part du gâteau de la presse imprimée, « l’édition papier du Guardian n’est pas près de disparaître ». Il a également affirmé que « le Guardian est un quotidien magnifique, et une plate-forme qui, Dieu merci, sera publiée pendant encore longtemps ».

« On croit souvent le numérique et le papier s’opposent, mais on est tous dans le même bateau », a ajouté Pilhofer. D’après lui, les rédactions devraient collaborer pour atteindre un objectif commun : la création d’un contenu de qualité adapté à tous les formats. En outre, il estime que si le journalisme ignore l’importance des plates-formes mobiles, il court à sa perte.

Pat Long, responsable de l’innovation au Times, a quant à lui abordé un autre sujet délicat : l’entente qui doit régner, au sein d’une rédaction, entre journalistes et développeurs. Le fait que le nombre de vues permette de mesurer le succès d’un journal numérique engendre parfois des malentendus entre les as de la technologie, les programmateurs, par exemple, et les directeurs de rédaction ou les rédacteurs en chef.

Long a illustré son point de vue sur le ton de la plaisanterie : « Il arrive qu’on nous demande si on peut faire en sorte de rendre un contenu viral. Bien sûr : il suffit d’appuyer sur le bouton Buzz ». Pour éviter les dialogues de sourds, Long a précisé qu’il était indispensable que les littéraires et les geeks travaillent main dans la main. Il a également souligné que, lorsqu’une rédaction innove pour créer de meilleurs contenus, elle ne doit pas craindre l’échec.

Différents ateliers ont été proposés aux participants durant la journée autour de certaines thématiques qui préoccupent souvent les journalistes. Il a notamment été question de la connaissance du lectorat. Le profil des plus jeunes, par exemple, est encore méconnu. À ce sujet, Raja Shariff, responsable stratégique chez Al Jazeera, a indiqué que la chaîne a l’intention de développer et de fidéliser une communauté virtuelle de jeunes, d'où qu'ils viennent.

La part belle a également été faite à d’autres formats, comme l’audio et le podcasting, qui compte de plus en plus d’adeptes. Les chaînes NPR et BBC ont présenté quelques unes de leurs stratégies, qui ont en commun le but de « créer des expériences radiophoniques plus intéressantes ». La vidéo et l’enquête, deux formats de plus en plus demandés dans le milieu journalistique, ont également eu leur place dans les discussions. Les enquêtes proposées par Bellingcat, souvent basées sur des données disponibles sur le web, ont particulièrement captivé les participants.

Par ailleurs, dans ce genre de conférence, Twitter fait toujours parler de lui. Les organisateurs de News Rewired ont dédié une session aux outils et aux moyens d’en tirer le meilleur parti. Joanna Geary, rédactrice en chef en charge des informations pour Twitter au Royaume-Uni, a présenté à cette occasion Curator, une des applications développées par l’entreprise pour mieux comprendre ce qui se passe sur les réseaux sociaux, en lien étroit avec le journalisme. Elle a expliqué que l’application «  fournit aux médias les outils pour quantifier le volume des conversations, comprendre les sujets de discussion et saisir leur  contexte ».

Les discussions se sont refermées sur les interventions d’un panel d’experts consacrées aux méthodes journalistiques innovantes. Le recours à des drones pour couvrir des événements est une des nouvelles voies empruntées par les professionnels. Ben Kreimer, journaliste spécialisé en technologie du Drone Journalist Lab, a d’ailleurs présenté un des projets sur lesquels son équipe travaille actuellement, et a plaidé en faveur de l’utilisation des drones car, selon lui, « les expériences visuelles qu’ils offrent ne peuvent être créées autrement ».

L’usage des drones est un des grands thèmes sur lesquels le journalisme devra prendre position dans un futur proche, sans oublier d’autres objectifs et défis mis en lumière par News Rewired. Le présent a été au cœur de la conférence ; voyons maintenant quel chemin va choisir le journalisme dans son voyage vers le numérique.

Retrouvez tous les détails des interventions sur Twitter, #newsrw, ou lisez leur résumé sur le site de News Rewired.