Le futur de l’énergie nucléaire en Europe

Article publié le 5 mars 2012
Article publié le 5 mars 2012
Par Elisabeth Lance Depuis l’accident nucléaire de Fukushima, le débat sur l’énergie nucléaire et les politiques énergétiques est relancé en Europe. Différentes voix se sont fait entendre pour remettre en cause l’énergie nucléaire et exiger des "stress tests" des centrales nucléaires européennes, gage de la sureté du continent. Un an après, un état des lieux de ces discussions.

État des lieux en Europe

Bien que défini dans le SET Plan ( Strategic Energy technology Plan1), l’énergie nucléaire n’est pas présente dans tous les pays européens de la même façon. On distingue tout d'abord les pays très impliqués dans l’énergie nucléaire : la France, dont les trois quart de l’énergie provient de l’atome (59 réacteurs sur son territoire), le Royaume Uni, (19 réacteurs) ne suspend pas ses différents projets de constructions de nouveaux réacteurs ; les pays qui remettent en cause l’atome : l’Allemagne (17 réacteurs) qui prévoit d’ici 2022 de fermer ses centrales ou l’Espagne (8 réacteurs) qui entreprend une révision de la sécurité de ses 6 centrales ; les pays n’utilisant pas l’énergie nucléaire : l’Autriche, Chypre, le Danemark, la Grèce, l’Irlande, la Lettonie, le Luxembourg, Malte, le Portugal.

Du fait de situations très différentes, le nucléaire reste un sujet très sensible dont les répercussions sont transnationales. Si tous les États membres décidaient de sortir du nucléaire, quid de la gestion d’un potentiel choc économique ?

Quelles alternatives pour le nucléaire ?

Avant d’envisager une sortie du nucléaire, il est nécessaire de réfléchir aux solutions de remplacement à court comme à long terme. Et ce qui apparait évident n’est pas toujours viable ou réalisable, à l’exemple de l’Italie où le rejet du nucléaire en 1987 n’a pas permis le développement autant que souhaité des énergies vertes, entrainant une grande dépendance au pétrole.

Les énergies renouvelables représentent d’ailleurs une part assez faible au sein de l’Union européenne (8,4% en 2008), qui est dominée par le gaz, le pétrole et le charbon. Or, ces énergies fossiles vont se raréfier de plus en plus et il devient urgent de réfléchir à une transition intelligente. L' Allemagne compte sur le développement des énergies renouvelables (en particulier l’éolien), la mise en marche des centrales électriques classiques et le développement de la cogénération pour pallier au nucléaire. Le pays se réserve néanmoins la possibilité d’utiliser les centrales nucléaires en cas de pics de consommation jusqu’en 2013. A l’horizon 2030, les énergies renouvelables actuelles ne seront pas suffisantes ; il faudra trouver des solutions complémentaires, qui peuvent passer par le nucléaire de fusion (projet ITER), le risque étant le maintien de l’utilisation ou du retour aux énergies carbonées.

Quelle politique européenne de l’énergie ?

L’Union européenne doit faire face à de grands défis énergétiques et c’est pour cela qu’elle a adopté en 2007 le paquet « Energie-climat » qui doit lui permettre d’atteindre d’ici à 2020 le triple objectif fixé en 2007 (20% d’émission de gaz à effet de serre en moins, 20% d’énergies renouvelables en plus, réaliser 20% d’économies d’énergies). Avec la mise en œuvre de ce paquet, l’Union européenne espère, d’ici à 2050, tirer plus de la moitié de l’énergie qu’elle consomme de sources, ne produisant pas d’émission de CO2 (énergie éolienne, biomasse, énergie hydraulique, énergie solaire, biocarburants obtenus à partir de matières organiques). L’énergie nucléaire est la grande absente de ce paquet, une façon masquée de sortir petit à petit de cette énergie ? L’Europe devra répondre à deux grandes inconnues : le développement des technologies de stockage de l’électricité sera –t-il suffisamment efficace sans être trop coûteux ? La mise en place d’un véritable réseau de distribution sera-t-il possible ?

La création d’un marché intérieur de l’électricité est d’ailleurs une priorité de la Commission européenne et celui-ci doit être conçu avant même d’élaborer toute réflexion sur une transition énergétique à long terme. La question du futur de l’énergie nucléaire oblige à s’interroger sur l’investissement d’un système durable et à long terme, réfléchir aux scénarios de transition qui se feront dans chaque pays. La véritable question et le véritable enjeu est plutôt de savoir si l’Europe de l’énergie est un « chacun pour soi » ou une volonté de vivre et consommer durablement ensemble.

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