Le franc-maçon, un ami qui vous veut du bien ?

Article publié le 14 mars 2009
Publié par la communauté
Article publié le 14 mars 2009
Mieux que le sexe et le foot, la franc-maçonnerie est la poule aux œufs d’or d’une presse qui régulièrement tire (laborieusement) sa une sur le sujet. Un État dans l’État, le livre de Sophie Coignard, racole « Le contre-pouvoir maçonnique » et fait actuellement couler beaucoup d’encre. Un coup médiatique à mesurer à l’aune d’une conférence organisée il y a quelques semaines à Clermont-Ferrand par la Grande loge maçonnique de France. 

Ils ont gangréné tous les niveaux du pouvoir, sont présents dans toutes les franges de la société et se retrouvent secrètement lors de réunion à la mode Ku Kux Klan où ils se partagent le monde. Après la Révolution française, après l’affaire Dreyfus, il n’y a pas de doute : la récession de l’économie mondiale est forcément un coup du complot judéo-maçonnique.

Confrérie secrète et masochiste cherche entreprise anonyme de dénigrement

Parce que la franc-maçonnerie parfois s’exprime, mais jamais ne fait – au sens politique – de « communication », ceux qui en parlent le plus sont ceux qui l’aiment le moins. Au cours de l’histoire, deux critiques se sont articulées de façon inégale : l’une d’obédience religieuse qui ne supportait pas cette sous-religion incertaine, l’autre anti-ploutocratique qui voyait dans ces loges – niveau de base de l’organisation – les lieux d’une domination sur la politique et l’économie. Constat modérément amusant : les mêmes accusations coïncidèrent il y a tout juste un siècle à l’encontre du peuple juif avec les conséquences que l’on sait au milieu du siècle.

Ce qui dérange ? Le secret. Cet insupportable secret qui ne permet pas au « profane » de savoir ce qui se passe au cœur du temple, ni (et surtout) qui sont initiés. Pourtant les ouvrages et sites internet consacrés aux rites et à la franc-maçonnerie sont légion. Du reste, le droit inaliénable à chaque citoyen de garder secrète son appartenance à quelque confession religieuse ou mouvement politique s’applique également à l’institution de la franc-maçonnerie. « Le seul véritable secret, confie un frère, est celui de l’initiation, non comme cérémonie codifiée et protocolaire, mais comme expérience personnelle. » Et, comme dans tout rite, tous les livres du monde ne permettraient pas d’en ressentir la teneur.  

Enfin, on tient rigueur à la franc-maçonnerie d’être élitiste puisque l’impétrant doit préalablement à son initiation se confronter à plusieurs entretiens. Mais l’entrée en maçonnerie est-elle finalement plus sélective que ne l’est dans d’autres registres la conversion au judaïsme ou l’adhésion ou Jockey club ? Cette forme d’élitisme assumé, s’appuyant sur des qualités humaines plus qu’intellectuelles ou sociales, est d’ailleurs l’argument phare pour contrer une autre accusation : celle de sectarisme ; « Il est facile d’entrer dans une secte mais difficile d’en sortir. En franc-maçonnerie, c’est précisément l’inverse ».

La politique : un pré carré franc-maçon ?

Certains francs-maçons occuperaient des places de pouvoir, nous apprend Sophie Coignard. Quelle prodigieuse révélation ! Le Puy de Babel va plus loin encore : certains politiques seraient Juifs, d’autres des femmes et l’on raconte même qu’il y aurait des socialistes au gouvernement. On voit bien la limite intellectuelle de cette confidence et on pourrait de la même façon souligner qu’on trouve des francs-maçons dans le monde de la santé, du droit, mais aussi des étudiants ou de la plomberie.

Que des loges affairistes existent, avec des phénomènes de réseaux, de piston voire de népotisme, cela ne fait aucun doute, mais toute institution ayant ses failles, assimiler l’ensemble de la galaxie maçonnique à un lobby politique serait une généralisation abusive et une négation de la raison d’être de la franc-maçonnerie.

Philanthrope malgré tout

Ce battage médiatique en oublierait presque le but explicite et commun aux différentes loges maçonniques : « l'amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l'humanité. Elle a pour principes la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience. » (Constitution du Grand Orient de France) À côté du travail que le « frère » fait sur lui-même, la réflexion sur la société dans ses divers aspects constitue une partie des réflexions que les frères se livrent entre eux. En dépit de ces objectifs ambitieux – utopiques diront certains – la contribution maçonnique se retrouve historiquement, à commencer par les lois sur l’enseignement libre et la laïcité du début du siècle, directement inspirées de la franc-maçonnerie qui met aujourd’hui un point d’honneur à leur pérennisation.

D’aucuns enfin ne manqueront pas de rappeler qu’il n’est pas nécessaire pour être philanthrope d’appartenir à une confrérie et de se plier à son rituel. Mais comme dans toute institution le rituel est moins une mascarade un peu folklorique visant à se donner des frissons qu’une façon de perpétuer la tradition. Il n’en va pas autrement des rituels des monothéismes. Et que ceux en manque de bonnes œuvres se rassurent : il existe mille et une autres façons de s’engager pour réfléchir et travailler à l’instar d’un franc-maçon. Car, surprise absolue – et sans carence d’humour – entre l’auto-flagellation collective et le sacrifice rituel du poulet, le franc-maçon pense et travaille, deux activités auxquelles les grimauds pondeurs de brulots antimaçonniques devraient parfois s’essayer.