Le fossé économique se creuse

Article publié le 28 novembre 2005
Article publié le 28 novembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Baisse des échanges commerciaux et persistance des politiques protectionnistes laissent penser que les pays du pourtour méditerranéen n’ont pas vraiment bénéficié de leur partenariat avec l’UE.

En 1995, le processus de Barcelone entendait bien créer une zone de libre échange entre les deux rives de la méditerranée d’ici 2010. Pour quels résultats ?

Marche arrière ?

Selon les mots de Christian Leffler, directeur délégué par la Commission européenne dans la région, le processus peut être se comparer à une « bonne voiture familiale », susceptible à l’occasion de « caler, voire même tomber en panne mais qui continuera quoiqu’il en soit à avancer ». Pour une fois que l’Union même abandonne son jargon brillant et technocratique, cette formule criante de pragmatisme en dit long.

L’évaluation des journalistes, lobbyistes et universitaires est également sceptique. Qui pourrait les en blâmer, vu le fossé des revenus entre pays de l’UE et nations du pourtour méditerranéen que 10 ans de partenariat n’ont pas réussi à combler ? Les principales critiques du Partenariat Euromed (PEM) portent sur le fait que la libéralisation économique encadrée a peu aidé les pays du sud dont les PIB atteignent à peine 18% de ceux des Etats des 25.

L’organisation des Amis de la Terre au Moyen-Orient (FoEME) met elle l’accent sur l’importance de l’agriculture, qui n’est pas régie dans ces pays par les mêmes accords commerciaux que ceux présidant à l’échange de biens manufacturés. Le FoEME et l’ONG Oxfam International dénoncent en outre les politiques du PEM à l’égard du commerce agricole décidées ad hoc, arguant que ce refus d’autoriser les pays du sud à entrer en concurrence avec les fermiers européens est un point faible majeur des accord de Barcelone.

Diviser la pauvreté

La plupart des produits agricoles en provenance de la zone méditerranéenne, lorsqu’ils sont moins chers que les produits de l’UE, sont sujets aux restrictions de la PAC. Les barrières tarifaires des fruits et légumes varient selon les produits et les saisons, avec un prix plus élevé imposé durant les périodes où les importations communautaires sont susceptibles d’entrer en compétition avec les produits locaux. L’huile d’olive est un exemple de cette situation où les pays du sud pourraient certes rivaliser avec les produits en provenance de l’Union européenne, nonobstant les subventions à hauteur de 2,3 milliards d’euros perçues par les producteurs d’huile d’olive des 25. Une configuration qui n'est pas prête de changer au moins tant que les marchandage sur les tarifs douaniers et la PAC entre la Commission européenne et les Etats membres restent aussi vifs.

Mais le Partenariat n’a pas simplement échoué dans le volet agricole de ses objectifs économiques. En matière de commerce et d’investissement étrangers directs (IDE), le processus de Barcelone n’a eu que peu de conséquences. Entre 1995 et 2003, la part globale de l’UE dans les importations et exportations en direction de ses partenaires méditerranéens a chuté. Le montant total d’investissements directs étrangers pour les 10 pays de la zone Euromed équivaudrait en 2003 à leur niveau de 1990. Plus choquant encore lorsque l’on constate que ce montant est à peine plus élevé que ce que la Pologne seule a reçu la même année.

Favoriser les pays de l’Est

Ces statistiques conduisent à une autre critique du processus de Barcelone, émise cette fois par les dirigeants des pays du sud eux-mêmes. Ceux-ci ont l’impression que l’Union européenne a laissé les pays du PEM sur le bas-côté afin de consacrer tous leurs efforts à l’élargissement vers l’est. Une remarque qui se justifie à beaucoup d’égards : l’UE a ainsi consacré une grande majorité de son aide technique et financière à aider ces futurs Etats membres. En 2003, Bruxelles attribuait environ 545 € par citoyen à chaque pays entrant alors qu’elle ne donnait que 14 € à ceux de la zone Euromed. Pour ajouter à ce déséquilibre, les nouveaux arrivés ont largement compromis les échanges commerciaux avec certains des pays méditerranéens. Exemple : les exportations agricoles égyptiennes vers l’Union se sont déjà réduites comme peau de chagrin.

Alors, où réside l’avenir du PEM? Jamais à cours de projets, l’UE envisage maintenant la nouvelle politique européenne de voisinage (PEV) comme un moyen de faire revivre le processus de Barcelone. En 2004, l’UE a offert à ses voisins l’opportunité de signer les accords de la PEV en augmentant la coopération bilatérale entre pays concernés et UE. Tous les Etats d’Euromed, excepté la Turquie désormais Etat candidat, ont signé les plans d’action de la PEV. La Commission espère ainsi que ces politiques bilatérales fonctionneront de concert avec le partenariat multilatéral de Barcelone pour construire une forte relation régionale. Comme si cela ne suffisait pas à assurer l’avenir du processus de Barcelone, la Commission a lancé un plan sur cinq ans décrivant les moyens d’atteindre les buts de l’EMP.