Le fils de Saul: un lien avec l'Humanité

Article publié le 2 mars 2016
Article publié le 2 mars 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

En novembre dernier est sorti en France Le Fils de Saul, premier film du réalisateur hongrois László Nemes. Vainqueur cette année de l’Oscar du Meilleur film étranger, il avait aussi reçu précédemment le Grand Prix du jury à Cannes. Le besoin de ne pas oublier l’horreur de l’Holocauste amena le réalisateur à raconter 36 heures de la vie de Saul Ausländer, prisonnier et membre des Sonderkommandos.

Le réalisateur László Nemes a choisi une histoire douloureuse et difficile à mettre en scène. Le regard à travers lequel est construit le film n’est pas celui d’un simple prisonnier d’Auschwitz. Le protagoniste, interprété par Géza Röhrig (poète et écrivain hongrois qui vit à New York), est membre des Sonderkommandos, qui déportaient des soldats pour accompagner les autres prisonniers vers les chambres à gaz, dans les camps de concentration, puis retirer les corps et les déposer dans les fours crématoires. Tous les quatre mois, des Sonderkommandos sont éliminés et remplacés, témoignages de la cruauté du mécanisme d’extermination.

La découverte d'un fils

Nemes est conscient que restituer l’idée et les sentiments de toute une collectivité est extrêmement complexe ; il choisit alors de s’intéresser à l’expérience d’une personne, sur ses devoirs envers les SS, contraint d’être un complice. L’homme, autant victime que bourreau, laisse émerger une souffrance  pas toujours perceptible, et que les films sur la Shoah mettent rarement en évidence.

Le Sonderkommando Saul Ausländer a l’intention d’accomplir les tâches ordonnées par les SS : exécuter ce qu’on leur demande de faire sans la moindre émotion. Jusqu’à ce qu’en retirant machinalement les corps des douches, Saul découvre le corps d’un garçon dans lequel il reconnaît – ou croit reconnaître – son fils. Subitement, le besoin aveugle de survivre laisse place à un besoin humain dont sont violemment privés les déportés : le désir de Saul de donner une sépulture digne à cet enfant, préserver son corps des flammes, symbole d’une pureté étrangère à ce qui l’entoure.

Il trailer di Saul.

Nos pas dans ceux de Saul

La mise en scène contribue à un effet immersif et total de l’image dans laquelle chaque faux pas ou oubli peut rendre la narration moins efficace. Nemes choisit de faire émerger le personnage de Saul de l’arrière-plan, puis se concentre sur son visage et sa démarche. A travers l’alternance des premiers plans semi-subjectifs, la caméra suit le protagoniste sans perdre de vue la croix rouge dessinée sur la veste, et accompagne l’hésitation de ses pas. Le regard du spectateur se fixe sur Saul et participe à ses tremblements, mais aussi sur ceux présents pour sauvegarder le corps de l’enfant : tenter de ne pas se perdre dans le chaos infernal devient l’objectif fondamental.

Le fils de Saul n’est pas un film facile. Non pas en raison des nombreux détails macabres ou du langage narratif inhabituel, mais de l’espace laissé à l’interprétation : il ne raconte pas l’histoire des « rescapés », mais de ceux qui se sont perdus dans la masse. La lutte de Saul est celle d’un animal en cage. Après avoir perdu ses liens humains, il retrouve les origines d’un jeune corps qui lui rappelle son fils. Ou d’un garçon dont il pourrait être le père. Il ne souhaite pas simplement rendre justice : Saul ne veut pas oublier la raison, humaine, pour laquelle il fait tout ça.

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Pubblicato dalla redazione locale di cafébabel Torino.