« Le droit au bonheur » :  devise de la Berlinale 2016

Article publié le 18 février 2016
Article publié le 18 février 2016

Lors de la conférence de presse qui annonçait le programme de la 66ème édition de la Berlinale, son directeur, Dieter Kosslick avait souligné l’importance de la devise du festival cette année : « Das Recht auf Glück », ou le « droit au bonheur et à la chance. » L’occasion pour nous de revenir sur les films en compétition qui illustrent cette devise et cette thématique.

Dans Hedi de Mohamed Ben Attia, premier film arabe en compétition depuis 20 ans, un jeune homme apprend à échapper au carcan familial et au poids des conventions, pour parvenir à vivre libre, en accord avec celui qu’il est véritablement.

On pourra regretter un certain manque d’originalité dans la réalisation de ce premier long-métrage, pourtant accompagné depuis l’écriture par les frères Dardennes, qui en ont assuré la production exécutive. Mais le talent des acteurs, et certaines scènes poignantes permettent au film de trouver sa voix, et de nous faire découvrir la pétillante Rym Ben Messaoud, incarnation de la liberté.

De son côté, André Téchiné choisit dans Quand on a 17 ans de traiter du droit à être heureux lorsque l’on découvre son homosexualité, à travers le personnage de Damien, incarné par l’excellent Kacey Mottet Klein;, European Shooting Star 2016. Fils d’un militaire et d’une docteur de province (la rayonnante Sandrine Kiberlain), Damien vit relativement isolé dans le milieu rural d’un petit village des Pyrénées, lorsqu’il ressent ses premiers émois amoureux et sexuels face à son ennemi de classe, Tom (Corentin Fila). Ce dernier, perturbé par la maladie de sa mère adoptive, a du mal à trouver sa place ailleurs que dans la nature sauvage et les majestueuses montagnes contre lesquelles se découpe sa silhouette longiligne d’homme en devenir.

Sans jamais tomber dans le pathos, dans une réalisation et une écriture très réalistes, Téchiné explore de manière simple et touchante cette quête du bonheur et de l’affirmation de soi, dans un souci de légèreté, de lumière, et de vérité.

La jeune Mia Hanse-Løve continue de nous surprendre par la finesse de son propos et de son analyse cinématographique, en nous livrant son film le plus autobiographique, qui dépeint le portrait, rare au cinéma, d’une femme intellectuelle, Nathalie, professeur de philosophie interprétée par Isabelle Huppert, toujours aussi admirable. C’est L’Avenir, celui qui fait peur, qui pourrait « semble[r] compromis », comme le lui laisse entendre certains. Face à une série d’épreuves, cette femme en milieu de vie doit apprendre à ré-apprivoiser la nouvelle liberté qu’elle se voit offerte, et à trouver son équilibre, seule, ainsi qu’une nouvelle forme de bonheur.

Un scénario juste et profond, dans lequel il n’est pas fait étalage des émotions mais où l’on retient le drame, pour mieux explorer la fragilité, l’équilibre, et révéler la beauté de la vie, même lorsqu'elle se montre cruelle.

L’excellente Trine Dyrholm offre également un personnage de femme dont la fragilité finit par dévoiler la force dans Kollektivet – The Commune du danois Thomas Vinterberg, et l'on se demande qui d'elle ou d'Huppert remportera l'Ours d'Argent de la Meilleure Actrice. Revenant lui aussi vers ses origines et son enfance, Vinterberg choisit de dépeindre la collectivité où il a grandi dans le Copenhague des années 70, et d’explorer un triangle amoureux entre Anna, une présentatrice de télévision déjà mûre, son mari Erik, architecte ambitieux et relativement conservateur (Ulrich Thomsen, le Christian de Festen) et une jeunesse blonde dévouée à son nouvel amour (Helene Reingard Neuman).

Mûe par sa fille qui ne supporte plus de la voir si malheureuse, Anna devra faire face à la difficulté de voir son rêve s’effondrer, et de payer les conséquences de ses propres désirs, pour retrouver le goût de l'existence.

Enfin, 24 Wochen de Anne Zohra Berrached, seul film allemand en compétition, aborde la thématique du bonheur de manière particulièrement poignante, en confrontant un couple à la décision d’avorter ou non à un stade avancé de grossesse. Malgré que le film divise la critique, Julia Jentsch est terriblement émouvante dans l’interprétation de cette mère devant décider de vie ou de mort pour son enfant, et l’on ne comptait plus le nombre de spectateurs en larmes au sortir de la projection.

Des personnages d’une grande force et d’une belle complexité, dans des films profonds, touchants, porteurs de sens et de vérité, qui s’attachent à questionner cette thématique universelle qu’est l’aspiration de l’homme au bonheur et à la liberté.