Le Domaine Perdu

Article publié le 15 novembre 2007
Publié par la communauté
Article publié le 15 novembre 2007
France, Espagne, Italie, Roumanie / 2004 : Raúl Ruiz Direction et Scénario : Ion Marionescu Photographie : François Cluzet / Grégoire Colin / Christian Colin / Julie Delarme / Robert Florentin Ilie / Laurence Cordier / Julien Honoré / Marianne Denicourt / Edith Scob Interprètes LE CINEMA PENCHÉ DE RUIZ Serait-t-il le livre perdu - l’apparent élément tisseur du film - le propre spectateur de cette
œuvre de Ruiz? Aucune idée. Le “cinéma borgne”, comme qualifié par la critique anglaise il y a trente ans, de ce directeur chilien (le plus connu parmi les inconnus) échappe toute interprétation, et jamais, évidemment, ne rejoint la ligne droite. Ruiz adore les courbes, les ressorts, les tournures, “l’autre regard”. Son cinéma est difficile, et peut-être pour ça, fascinant. C’est un défi pour le spectateur car il doit se débarrasser des conventions avant de commencer regarder ses films, une ode à la liberté créative, à l’humeur et à l’ironie.

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Doménec Font, critique catalan de cinéma et professeur de l’Université Pompeu Fabra de Barcelona, a mentionné pendant son séminaire dédié a Raul Ruiz, organisé dans le cadre des événements du Festival de Cinéma de Séville, la possibilité de parler du “cinema ruiziano”, de sa “condition rizomatique”, de boucle et de perte, qui transitent comme de branche en branche de un arbre qu’il est difficile à identifier. C’est pour ça que parfois on arrive ainsi à le trouver incongru et absurde, comme Ionesco ou comme Beckett. L’ambigu, les rêves, l’inconscient, mais aussi le métadiscours cinématographique (métalangage chez Beckett) tracent les lignes générales des grands sujets de son ample filmographie. Kafka, Stevenson et Borges demeurent des sources qui donnent à boire à Raúl Ruiz. Selon D. Font, il est le grand cinéaste borgean, donc, le “grande menteur”. Le “illusioniste” qui dé-maquille et dé-couvre les vérités sociales pour trouver une autre clé, un autre dispositif. Tout cela à travers une rhétorique baroque, un jeu de miroirs où on ne reconnaît pas avec certitude la relation exacte entre les personnages, leur condition vivante ou morte, leur espace et leur temps. Une étrange nébuleuse pour esprits chaotiques avec un spécial ordre latent. Comme probablement le sien.

Concha Hierro del Hoyo

Traduit par

Patricia González Bermúdez