Le documentaire le protagoniste à Bruxelles

Article publié le 13 mai 2014
Article publié le 13 mai 2014

Le Fes­ti­val Mil­le­nium de­meure l’un des rares évé­ne­ments en Bel­gique consa­cré to­ta­le­ment à l’art du do­cu­men­taire sous toutes ses formes et ses dé­cli­nai­sons.

Café Babel a suivi pour vous deux do­cu­men­taires de la sec­tion « Pa­no­rama : connaître L’Autre ». Ici, on a ren­con­tré deux per­son­nages. Dans le pre­mier cas, on s’est aven­turé dans le voyage de Jorge, ré­mou­leur por­tu­gais qui a beau­coup mar­ché au cours de sa vie. Dans le deuxième cas, on s’est plon­gé dans le quo­ti­dien de Karsu, jeune chan­teuse hol­lan­daise d’ori­gine turque qui a donné un concert après la pro­jec­tion.  

Les che­mins de Jorge

Le met­teur en scène Mi­guel Mo­raes Ca­bral, fran­çais d’ori­gine por­tu­gaise, est d'abord  in­gé­nieur du  son au ci­néma. Par consé­quent, il n’est pas sur­pre­nant que l’idée du film ait été ins­pi­rée par le son. Le met­teur en scène, frappé par le bruit de l’ai­gui­sage d’un cou­teau, a dé­cidé d’al­ler cher­cher un ré­mou­leur : c’est comme ça qu’il a croisé la vie route de Jorge et de ses clients.

Jorge est tou­jours en train de bou­ger. Bien ins­tallé sur sa moto, il par­court pas mal de ki­lo­mètres afin de ré­pa­rer des ob­jets mais aussi pour ré­veiller les âmes des morts. Au­tour de lui, on ren­contre les ha­bi­tants de Braga, ville du nord du Por­tu­gal, qui se battent entre la tra­di­tion et la crise éco­no­mique.  

Le met­teur en scène a dé­cidé d’uti­li­ser le for­mat 4:3 à la place du plus large 16:9. Le for­mat rec­tan­gu­laire lui per­met en fait de se rap­pro­cher de la réa­lité et de se pas­ser du su­per­flu. Un choix plu­tôt tech­nique qui se tra­duit par une sen­sa­tion qui ac­com­pagne le spec­ta­teur tout au long du film : les per­son­nages semblent en­fer­més dans une boîte, com­plè­te­ment dé­ta­chés du reste du monde qui a l’air de les re­fu­ser to­ta­le­ment. La mo­der­nité avec ses énormes construc­tions, ponts et au­to­routes, prend la place de la tra­di­tion, des églises, des prières. Le voyage de Jorge de­vient ainsi un par­cours mé­ta­phy­sique. On a l’im­pres­sion qu’à la place d’avan­cer dans l’es­pace, il va plu­tôt à re­cu­lons dans le temps, en tra­ver­sant une époque qui est en train de dis­pa­raitre comme les per­son­nages de ce film-do­cu­men­taire.

KARSU

Quand la met­teuse en scène hol­lan­daise Mer­cedes Sta­len­hoef ren­contre Karsu, cette der­nière n’a que 17 ans : elle aide son père dans le res­tau­rant fa­mi­lial, et se met par­fois au piano et elle chante pour di­ver­tir les clients. Ele­vée selon les va­leurs turques et hol­lan­daises, Karsu – qui en turc si­gni­fie « eau pro­ve­nant de la neige » - es­saie de fa­çon­ner sa propre iden­tité. In­té­res­sée par la mu­sique plu­tôt que par l’école, on va la voir évo­luer vers l’âge adulte pen­dant cinq an­nées.

Le do­cu­men­taire se concentre aussi sur l’his­toire de ses pa­rents, sem­blable à celle de tous les im­mi­grés turcs en Hol­lande. Sa mère, ar­ri­vée en Hol­lande à l'âge de 8 ans avec sa fa­mille, se sou­vient que sa maman ne s’est ja­mais vrai­ment in­té­grée dans le nou­veau pays et qu’elle est morte pré­ma­tu­ré­ment juste après le dé­mé­na­ge­ment. Son père ar­rive aux Pays-Bas en tant que ré­fu­gié po­li­tique : membre actif de l’ex­trême gauche, il a été em­pri­sonné par l’op­po­si­tion mi­li­taire. Le grand-père de Karsu, qui à ce mo­ment-là était le maire de leur ville, l’avait donc en­voyé en Eu­rope.

Karsu peut être consi­dé­rée comme la re­pré­sen­ta­tion par­faite de notre Eu­rope : une fille d'ori­gine non-eu­ro­péenne qui ra­chète le passé de sa fa­mille et de son peuple. De toute façon, une chose est cer­taine: a star is born!

- Bande-an­nonce du do­cu­men­taire "Karsu" di Mer­ce­des Sta­le­n­hoef -