Le commerce équitable, l'autre développement

Article publié le 22 décembre 2004
Publié par la communauté
Article publié le 22 décembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le commerce international est malade. Néanmoins, les citoyens travaillent au succès de chaînes commerciales basées sur des relations de commerce équitable.

De nos jours, de nombreux consommateurs en désaccord avec le système économique actuel préfèrent des produits qui garantissent un bénéfice minimum pour ceux qui les fabriquent. L’essor du commerce équitable se justifie par cette prise de conscience sociale, confirmant qu’il existe des alternatives viables dans le cadre actuel. La prolifération d’associations d’importateurs telle que l’organisation des canaux de vente dans les pays riches sont une excellente preuve de la force d’une société organisée pour conduire le changement.

L’aide au développement est mise en doute

Le temps a démontré l’inefficacité de l’aide au développement. De nouvelles formes d’organisation du commerce et des transactions financières internationales se sont révélées nécessaires pour générer - enfin - une meilleure équité dans la distribution mondiale de la richesse.

Les cadres actuels de négociation, tels que l’Organisation Mondiale du Commerce avec pour enjeu la libéralisation totale des marchés, montrent combien les pays riches ont d’un côté de fortes réticences à ouvrir leurs marchés et de l’autre exigent de pouvoir pénétrer ceux des pays moins développés. Les conséquences ? Un faible développement rural local et des risques alimentaires élevés, dans des pays qui souffraient déjà auparavant d’extrême pauvreté. Pour exemple le cas récent de l’affaire sur les subventions à la production européenne de sucre. Des tarifs douaniers prohibitifs sont éxigés pour l’importation de ce produit en provenance de pays-tiers, faisant monter le prix du sucre provenant de pays en voies de développement. Selon une estimation de Oxfam, une politique de commerce équitable qui réduirait les tarifs douaniers et les subventions pourrait générer près de 30 000 postes de travail dans des pays comme la Zambie et le Mozambique.

L’essor des coopératives locales est une solution possible

Bien qu’ayant déclaré son intérêt pour le commerce équitable, allant même jusqu’à instaurer une “Journée européenne de Commerce Equitable”, l’Union Européenne n’offre une réduction de tarif que par intervalles limités et sur un contingent d’importations déterminé. Si une stratégie de réforme s’avère nécessairement complexe, il est néanmoins indispensable de travailler dans le but de décrocher des objectifs concrets afin de pallier l’énorme déséquilibre qui régente actuellement les relations commerciales internationales.

Après la création de l’UNCTAD - la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement – des initiatives défendant le développement des pays pauvres à travers le commerce émanent directement des citoyens. “Trade not Aid” fut l’emblème de ces mouvements. Suivant une série de principes comme la garantie d’un juste prix et la perception d’une rétribution honnête, incitant la création d’un tissu producteur de coopératives dans les pays du sud ; cette campagne a « fait des petits » en matière de commerce équitable. En Europe, une des organisations pionnières est la fondation hollandaise SOS Wereldhandel en 1967. Elle commercialise les produits de pays en voie de développement, sous couvert de relations d’équité avec les producteurs. Le producteur reçoit un paiement lui assurant l’accès aux premiers besoins. De plus, une aide technique facilite la création d’initiatives soutenables à long terme. Avec une base de production propre, les pays pourront canaliser leurs investissements locaux vers de nouvelles infrastructures, réduisant ainsi leur dépendance aux organismes de financement illégitimement appelés multilatéraux.

La chaîne commerciale équitable s’organise en trois phases: des producteurs du sud regroupés en coopératives vendent à des importateurs qui, en même temps, distribuent les biens à des détaillants. Les importateurs ont pour principes l’importance des personnes plus que les potentiels bénéfices, la volonté d’établir des relations à long terme ou encore le développement d’une assistance technique. De l’autre côté, les petites initiatives de coopératives locales, doivent garantir une gestion transparente des entreprises, salaires et droits minimums, ainsi que la parité. Un avantage supplémentaire du commerce équitable est qu’il facilite les contacts directs de ces producteurs locaux avec les importateurs européens. Les détaillants vendent au consommateur final, et peuvent soit s’approvisionner à travers des importateurs, soit directement avec les initiatives de coopératives de production.

Des organisations comme la Free Trade Label Organization se sont créées, conférant des certificats aux producteurs et importateurs qui garantissent des relations équitables dans le commerce des produits. Elles certifient qu’à aucun endroit de la chaîne du commerce équitable ne soient corrompues les pratiques. Elles vérifient que le producteur final reçoit un salaire suffisant et que le produit final est bien de qualité.

On commence à voir les résultats

Grâce au succès d’initiatives de ce genre, il existe aujourd’hui plus de 70 000 boutiques solidaires qui commercialisent des agroproduits ou de l’artisanat en provenance de pays en voies de développement, jouissant d’une bonne acceptation sur le marché et d’un intérêt croissant de la part du consommateur. L’Europe est la plus grande destination de produits de commerce équitable, captant 80% des biens, avec même certains cas exemplaires comme l’Allemagne, qui représente le marché de 80% du café équitable mondial. Selon un reportage de l’ONG canadienne Equiterre, environ 300 groupes de producteurs sont représentés au sud, ce qui représente les revenus de plus de 800 000 familles, soit plus de 5 millions de personnes dans 45 pays et un volume de 400 millions d’euros.

Devant le peu d’engagement des gouvernements, la propre société civile fut celle qui a organisé des alternatives viables. C’est maintenant au tour des gouvernements nationaux et européens de considérer la volonté du peuple et d’être participants d’une réorganisation de l’économie mondiale.