Le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire

Article publié le 31 mars 2008
Article publié le 31 mars 2008
Le Babé-lien du lundi Le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire est né d'une initiative collective de nombreux enseignants et chercheurs en histoire, après le vote de la loi du 23 février 2005 qui, dans son article 4 - abrogé depuis lors - disposait que : « Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du
Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. La coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée ».

Dans son manifeste, l'association a deux domaines de réflexion et d’action prioritaires

"1. L’enseignement de l’histoire.Le débat actuel sur l’histoire coloniale illustre un malaise beaucoup plus général concernant l’enseignement de notre discipline, et l’énorme décalage qui existe entre les avancées de la recherche et le contenu des programmes. Il faudrait commencer par établir un état des lieux, pour réduire le fossé entre recherche et enseignement, réfléchir à une élaboration plus démocratique et transparente des programmes, pour que les différents courants de la recherche historique soient traités de façon équitable.

2. Les usages de l’histoire dans l’espace public. Il va de soi que notre rôle n’est pas de régenter la mémoire, Nous ne nous considérons pas comme des experts qui détiendraient la Vérité sur le passé. Notre but est simplement de faire en sorte que les connaissances et les questionnements que nous produisons soient mis à la disposition de tous. Pour cela il faut ouvrir une vaste réflexion sur les usages publics de l’histoire, et proposer des solutions qui permettront de résister plus efficacement aux tentatives d’instrumentalisation du passé."

Alors que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, après avoir enjoint les professeurs de lycée d'ouvrir l'année scolaire par la lecture de la lettre de Guy Môquet, vient de proposer, le 13 février dernier, que le ministre de l’Education nationale fasse en sorte "que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah", on mesure à quel point la tâche du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire est difficile et doit être soutenue par les citoyens, formés par l'école républicaine et animés par l'idée que les débats publics doivent être éclairés par la science historique, sans que celle-ci ne soit pas instrumentalisée politiquement pour arbitrer des enjeux de mémoire.

(Crédit Photo: flickr/lixberg)