Le combat pour la femme, moteur de la carrière de Michèle Sabban

Article publié le 21 juin 2010
Article publié le 21 juin 2010
Par Angélique Berhault Longtemps considérée comme centre politique et religieux de Tunisie, Le Kef est la ville où Michèle Sabban s'est imprégnée de la réalité qu'elle connaît aujourd'hui : la politique, la lutte des droits, la défense des idées. Ce sont ses parents qui, plongés dans ces activités, l'ont influencée et poussée à mobiliser ses énergies pour défendre ses convictions.
Sa jeunesse fut jalonnée de nombreux évènements qui ont contribué à son succès dans la politique française. Mais c’est surtout l’un d’entre eux qui reste gravé dans sa mémoire comme le moteur de son ascension. Il s'agit du jour où, alors qu'elle avait à peine 10 printemps, sa maman lui conseilla d'avoir deux priorités dans sa vie: «Bats-toi pour ton indépendance financière et passe ton permis de conduire.» C'est ainsi que sa mère lui offrit un précieux cadeau: le rêve de la liberté, et les clés en main pour l’atteindre.

Bien des années après avoir quitté la splendide forteresse tunisienne du Kef, Michèle Sabban étudie les Beaux-Arts à Paris. La peinture ne la quittera d'ailleurs jamais, même si la politique prend rapidement le dessus. En effet, alors qu'elle est présidente d'une association culturelle, l'admiratrice de Simone de Beauvoir, d'Elisabeth Badinter et de Sylviane Agacinski se sent scandalisée par le manque de reconnaissance des femmes dans le monde politique. Elle pense et repense, questionne les problématiques qui la touchent, fulmine lorsqu'elle est témoin d'inégalités, et ce, seule ou entourée. C'est Paulette Nevoux, à l'époque députée PS du Val-de-Marne, qui lui insuffle l'idée: «Arrête de ruminer tes idéaux et lance-toi dans la politique !» Une idée qui va porter ses fruits puisque quelque temps plus tard, Michèle Sabban rencontre François Mitterrand qui lui conseille de ne jamais arrêter de se battre pour ses opinions. Elle rejoint le PS en 1981, époque où le futur Président français était encore Premier Secrétaire du PS. Celui-ci avait mis en place un système de quotas pour que 25 à 30% des femmes fassent partie du parti socialiste à tous les échelons.

En 1995, Michèle Sabban devient Secrétaire Nationale du Parti Socialiste. Elle se voit alors confier une mission passionnante : sillonner les routes de France afin de mettre en place des circonscriptions réservées à des candidatures féminines. La tâche est rude pour cette féministe convaincue: on lui dira notamment « Il n'y a pas de femmes ici! » à quoi l'audacieuse répondra: «Ah! Et comment faites-vous pour vous reproduire alors?» De 1995 à 1997, bien des hommes l’auront regardée avec étonnement, accueillant avec méfiance cette femme qui forçait la porte d’un monde masculin. Mais le combat en valait la peine: sur 165 candidates, 33% d'entre elles remportent la circonscription, avec au passage, quelques fiefs historiques enlevés à la droite. Il s'agit d'une véritable avancée qui sera légalisée en 2000, avec la loi sur la parité en politique.

Mais soulignons-le bien, Michèle Sabban mène ce combat pour les femmes et pour les hommes: «Ce n'est pas un combat contre les hommes. Ceux-ci sont aussi protégés, la parité, c'est 50-50. Et puis les hommes sont au centre du débat. Je me souviens de réunions où on ne se retrouvaient qu'entre femmes. Et à un moment je me suis dit: il faut que les hommes soient là aussi, qu'ils nous entendent et qu'ils débattent avec nous de ces questions.» C'est pourquoi Michèle Sabban estime qu'elle se bat comme une femme, qu'il n'y a nul besoin de devenir masculine pour protéger les droits de ses concitoyennes: «Je me bats avec le seul moyen qui a de la force: l'action.» Ainsi, quand Axel Poniatowski (UMP) l'accuse d'avoir été condamnée pour "emplois fictifs" alors qu'elle a été relaxée de ces faits en 2003 , la Vice-Présidente de l'Internationale Socialiste des Femmes ne se fait pas de souci: «Je l'ai traîné devant les tribunaux pour diffamation, j'ai gagné et il n'a d'ailleurs toujours pas payé sa sanction.»

Il faut bien le dire, Michèle Sabban mène son combat avec fermeté et convictions. D'ailleurs, lorsqu'on lui demande comment dépasser le seuil d'effet d'annonce des campagnes présidentielles où les femmes payent bien souvent le prix lors des remaniements ministériels, Michèle Sabban estime que «C'est avant tout une volonté politique. Il est vrai que le gouvernement Sarkozy n'a pas respecté ce qu'il avait annoncé. Et c'est bien la raison pour laquelle il ne suffit pas de placer une femme à un poste juste parce que c'est une femme. On regarde toujours de plus près ce que fait une femme. Je pense notamment à Edith Cresson qui n'aurait sûrement pas été caricaturée si durement pendant des années si elle avait été un homme. Selon moi, certaines ministres actuelles comme Christine Lagarde ou Michèle Alliot-Marie, sont de grandes femmes politiques (bien que je ne partage pas toujours leurs idées). Mais lorsque l'on place Nadine Morano comme Secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, auprès du ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique, quel est le but...?»