Le cocktail Grexit : l'amer à boire

Article publié le 21 juillet 2015
Article publié le 21 juillet 2015

50 centimes d'euros. C'est le prix d'une bouteille de 20 ml de Grexit. Le Grexit ? Un cocktail à base de vodka et du jus de citron.  Uwe Dahlhoff, entrepreneur de Westphalie, a enregistré la marque auprès de l'Office allemand des brevets. Dans la presse européenne, ce terme est devenu, entre-temps, synonyme de « possible sortie de la Grèce de la zone euro ». 

L'époque où les Grecs et les Allemands entretenaient des relations cordiales et faisaient la fête ensemble, par exemple après la victoire légendaire de la Grèce lors du championnat d'Europe de football en 2004, semble malheureusement révolue. Toutefois, l'homme d'affaires Uwe Dahlhoff est certain que les critiques au sujet du produit qu'il a conçu seront positives dans les deux pays et que les gens en seront amusés, malgré leurs relations tendues. Le journaliste grec Aggelos Andreou, pour ne citer que lui, approuve cette idée, qu'il trouve « drôle et créative ». Selon lui, certains Grecs en seront offensés, mais « il s'agit là de personnes qui manquent d'humour ». L'entrepreneur pense que son produit servira également de « déclic pour les Allemands ». Ces derniers pourront ainsi réfléchir un peu plus à la situation difficile que traverse la Grèce. 

Le cocktail vodka-citron, d'un pourcentage volumique de 16%, n'est pas la première boisson spiritueuse potentiellement choquante que Uwe Dahlhoff met sur le marché: auparavant, l'on avait pu trouver, dans les supermarchés, des produits comme l'Helmuts Birne (La poire de Helmut, en français ndt), une eau-de-vie à la poire faisant référence à l'ancien chancelier Helmut Kohl, ou encore la Erichs Rache (La vengeance d'Erich, ndt), liqueur d'herbes dont la marque vise Erich Honecker et certains Allemands de l'Est nostalgiques de l'ex-RDA.

Étant donné que l'ouzo, boisson nationale de Grèce, ne peut actuellement être fabriquée que dans ce pays, Uwe Dahlhoff en a choisi l'équivalent russe, à savoir la vodka. Le fait que cela ne soit pas de l'eau-de-vie à l'anis lui pose-t-il problème ? Uwe Dahlhoff répond ainsi à cette question : « Bien sûr, l'idéal aurait été de mettre de l'ouzo en bouteille. Mais au fond, il s'agit bien là d'une boisson nationale grecque, qui doit aussi le rester ».  

Poutine et l'ouzo

Uwe Dahlhoff a choisi l'équivalent russe de l'ouzo. Mais, après cela, une question s'imposait à lui : n'a-t-il pas manqué une occasion de promouvoir un produit faisant référence à Vladimir Poutine ?  Uwe Dahlhoff souligne qu'il n'est pas si simple de mettre sur le marché un tel produit. « Il faudrait vraiment qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire. »

Lundi dernier, les pays de la zone euro ont décidé de soutenir la Grèce d'une autre façon. Ainsi, la marque Grexit pourra peut-être perdurer. Même si l'idée d'un Grexit - en tant que sortie de la zone euro - semble être abandonnée, l'inventeur du cocktail a déjà d'autres projets : en cas de véritable sortie du pays de la zone euro, il veut lancer sur le marché une boisson énergisante de la même marque, dont le slogan serait une métaphore : « Il est tout à fait possible d'avoir la force de se réhabiliter après un éventuel Grexit. Car je demeure personnellement convaincu que les Grecs sont vraiment malmenés. Ils n'y sont pour rien dans ce qui se passe actuellement. »

Cet homme d'affaires explique également qu'il n'avait pas du tout prévu de lancer vraiment sa marque avant que le magazine Wirtschaftswoche ne fît, à son insu, des investigations sur le produit. Auparavant, il avait fait protéger sa marque: « Alors, bien sûr, il me n'était plus possible de faire autrement. Ils auraient de toute façon communiqué des informations. J'étais donc également "obligé" de fabriquer des produits.» 

Une chose semble certaine : l'esprit d'entreprise de Uwe Dahlhoff et sa créativité sont bien loin d'être épuisés.  Actuellement, il n'a, dit-il, aucun projet, car « cela dépend toujours, bien sûr, de ce qui se passe actuellement dans le monde - dans le domaine de la politique ».

En Allemagne, la vente en ligne bat déjà son plein. Toutefois, une question reste sans réponse : combien de Grecs exactement achèteront le cocktail d'Uwe ? Prost et Yamas (À votre santé, respectivement en allemand et en grec, ndt)!