Le clonage thérapeutique – Deus ex machina ?

Article publié le 22 novembre 2004
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Article publié le 22 novembre 2004

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La dignité de la personne humaine qu'est potentiellement l'embryon exclut la pratique du clonage thérapeutique. Surtout quand il existe des alternatives.

En août 2004, la première licence pour l’utilisation de la technique du clonage thérapeutique a été accordée aux chercheurs de l’Université de Newcastle. Pourtant, l’utilisation des embryons comme le médicament reste une idée fortement controversée. La Convention d’Oviedo, adoptée dans le cadre du Conseil de l’Europe et en vigueur depuis 1999 interdit, dans son article 18 alinéa 2, la constitution d'embryons humains aux fins de recherche. Le Parlement européen estime quant à lui, dans une résolution sur le clonage des êtres humains du 7 septembre 2000, « qu’il existe d’autres moyens que le clonage d’embryons pour guérir les maladies graves », « qu’il n’existe aucune différence entre le clonage à des fins thérapeutique et celui ayant pour objet la reproduction ».

Les arguments contre le clonage reposent avant tout sur le principe de la dignité humaine. On considère que celle-ci est inaliénable, inhérente à tous les hommes et plutôt affirmée qu’attribuée par les instruments internationaux. On peut la décrire comme une catégorie comprenant les droits spécifiques de chaque être humain. Elle semble avoir une valeur plutôt individuelle que collective dans le sens que c’est toujours un individu qui est titulaire des droits basés sur la dignité.

Tout ou rien

La protection de la dignité est une obligation pour toutes les sociétés. Cette protection doit prendre en compte non seulement l’inadmissibilité de violations concrètes, mais aussi les conséquences, parfois même plus éloignées dans le temps, de certains actes. Or, la dignité est indivisible, c’est-à-dire elle n’existe pas dans une forme partielle : on la respecte ou on la viole, tertium non datur.

Si c’est un individu qui est titulaire de ces droits pourquoi respecte-t-on les décédés ? Laissons de côté les raisons religieuses : il nous reste à admettre que c’est une expression du respect envers chaque être humain, la manifestation de la volonté de protéger la dignité des vivants. Mais cette dignité est une valeur extrêmement fragile : tout précédent est important et toutes les circonstances doivent être attentivement analysées. De ce point de vue l’expression pure de la tolérance potentielle pour une « limitation » du champ de la protection de la dignité peut compromettre la dignité même.

Quel lien avec le clonage thérapeutique ? Tout d’abord, si certains prétendent que le contenu des droits dérivés de la dignité humaine est susceptible d’être modifié avec le temps, c’est une idée aussi générale que dangereuse : ils ne peuvent nier que chaque ovocyte qui commence à se diviser suite au transfert nucléaire peut potentiellement se développer en un être humain. C’est précisément cette possibilité, ce potentiel humain (1) qui mérite d’être protégé. De ce point de vue il n’est pas nécessaire de prouver qu’une telle cellule est un être humain - ni depuis quand, il suffit de dire qu’elle peut le devenir. Mais on peut aussi bien dire qu’en cas de doute, il faut présumer de la nature humaine de l’ovocyte en question, ce qui exige de le traiter comme un être humain tant qu’une preuve contraire n’est pas démontrée.

Des frontières à ne pas franchir

Cependant, il est aussi vrai que même le droit à la vie n’est pas absolu : l’exercice des droits d’autrui peut justifier la violation de ce droit. Toutefois, cette justification doit être précédée par une pondération d’intérêts (des droits) dans la perspective du principe de proportionnalité. En ce sens, les cellules soumises au clonage ne constituent pas une source de danger pour la vie ou la santé des personnes qui pourraient profiter de cette thérapie. Ensuite, pourquoi n’est-il pas permis de transplanter une cœur d’une personne qui n’est pas déclarée morte pour sauver la vie d’une autre personne ? Justement parce que ce n’est pas justifié et parce qu’un tel traitement d’un être humain comme moyen et non comme fin violerait sa dignité. C’est également le cas du clonage thérapeutique.

D’autres arguments sont à prendre en compte : les perspectives d’utilisation des cellules souches adultes n’ont pas encore été épuisées ; il y a aussi des risques d’apparition de tumeurs lors du clonage thérapeutique ; et comment contrôler la prohibition du clonage reproductif si la seule différence entre ces deux types de clonage est que dans le cas du clonage reproductif l’embryon est implanté dans l’utérus mais que les cellules sont les mêmes que dans le cas du clonage thérapeutique ? Tout cela prouve qu’une interdiction générale du clonage thérapeutique est absolument nécessaire. Car il est des frontières qui doivent ne pas être franchies.

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(1) Sur ce point cf. notamment F. Fukuyama, Koniec czowieka, Znak, Kraków 2004 [Our Posthuman Future. Consequences of the Biotechnology Revolution].