Le cirque Plume ou parler à l'Homme

Article publié le 5 décembre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 5 décembre 2008
Si l'Europe est la scène d'un miracle politique et culturel exceptionnel dans l'histoire de l'humanité, elle n'en est pas moins l'enfant d'hommes qui trouvent dans l'expression de leur art le moyen de transcender les clivages civilisationnels en s'adressant à l'essence des sentiments humains.
Le rire, le sursaut de surprise, la curiosité sont aujourd'hui les outils du Cirque Plume qui jongle avec la couleur, le son et la matière pour distiller chez les jeunes, comme chez les plus âgés quelque chose que l'on aurait envie de qualifier de pur...

02plumecylou Dans une entrevue consacrée au Puy de Babel, Pierre Kudlack, l'administrateur de tournée du cirque Plume, explique: "plus on est particulier dans notre expression plus on est universel". L'artiste fait part de sa conception du rapport au public et de la manière qu'il a d'aborder son métier. "Le propre d'un artiste est de s'exprimer, on ne donne pas au public ce que l'on imagine qu'il attend", le but pour un artiste est alors de se connaître soi pour se révéler sur scène et donner à voir sur le monde. "Nous ne voulons pas faire passer de message particulier, il n'y a pas d'engagement, chaque spectateur prend ce qu'il voit", précise Pierre Kudlack dont "la seule démarche est d'offrir un spectacle vivant". Et c'est le moins que l'on puisse dire ! Lors de la représentation de Plic Ploc programmé par la Comédie de Clermont-Ferrand, jeudi 4 décembre à la Maison de la Culture, l'équipe du Puy de Babel a assisté à un réel hymne à l'échange entre les artistes et le public. "Il n'y a pas de différence entre les publics suivant les pays. La seule chose qui change c'est sa composition. Le meilleur public est un public mélangé avec toutes sortes de gens, qu'ils soient tout petits, vieux ou encore comme beaucoup, qu'ils aient entre quinze et trente-cinq ans", souligne Pierre Kudlack.

cirqueplume3.jpg Si la modestie ne le fait pas accepter le qualificatif de langage universel, c'est pourtant bien cette langue que la troupe du cirque Plume parle aux habitants d'Helsinki, de New-York, de Lisbonne ou encore de Sao Paulo, qu'ils marchent à quatre pattes, à deux ou à trois. L'accueil et les réactions du public peuvent toutefois connaître certaines variations "en Hollande par exemple, les enfants ne sortent pas le soir et il y a donc une différence de composition du public qui change un peu son attitude". C'est là le seul type de changement remarqué par Pierre Kudlack dont chaque membre de l'équipe troque à toutes les représentations, l'expression particulière d'un artiste contre les ressentis de toute une foule. Le cirque Plume est souvent catalogué comme un des symboles de ce courant que l'on appelle "Nouveau Cirque" ou encore "Cirque contemporain". Selon Pierre Kudlack "chaque période a ses nouveautés, on est toujours le nouveau d'une période". L'administrateur veut alors s'éloigner d'une quelconque qualification qui pourrait être nuisible à la liberté d'expression des membres du cirque Plume."Nous voulons seulement offrir un spectacle vivant, après chacun y voit ce qu'il y voit ", insiste t'il. Depuis trente ans que Pierre Kudlack fait du cirque son métier, il remarque toutefois quelques évolutions et souligne plusieurs difficultés.

01 "Aujourd'hui il y a peu de compagnies comme la notre et c'est de plus en plus dur pour les artistes d'en trouver une. C'est pour ça qu'on a vu le développement important des duos et des solos". Cela dit, à en croire son administrateur de tournée, le cirque Plume est une affaire qui tourne. "Nous n'avons plus aujourd'hui à aller vers les programmateurs pour vendre notre spectacle, maintenant au contraire, c'est eux qui viennent nous demander", explique le professionnel qui travaille dans un milieu bien souvent régi par le pouvoir des programmateurs auprès de qui il faut vendre. "Si nous avons beaucoup de spectateurs c'est grâce au réseau des diffuseurs. Nous sommes connus partout dans le monde, c'est génial pour nous", confie-t-il, heureux et on le comprend, de pouvoir exercer son art avec cette contrainte en moins.

Plume4JacquesPeeters.jpg Il faut dire que la vie dans un cirque itinérant est déjà elle-même pleine de contraintes, "notre activité professionnelle conditionne notre vie". Les artistes ont toutefois un pied à terre pour la préparation de leurs spectacles et leurs répétitions, ils n'ont pas la vie d'éternels nomades qu'ont pu avoir certains professionnels du cirque. Il n'empêche que quand le cirque Plume se déplace c'est tout un village qui sillonne les routes. Près de vingt personnes assurent le spectacle, mais elles sont accompagnées de cuisiniers et autres techniciens qui sont autant de rouages de la machine à rêves. Le temps des chapiteaux n'est pas révolu et l'éventail des générations qui participent à cet opus témoigne d'une relève continue. Finalement au delà des âges et des langages, au delà des polémiques, le cirque Plume a su parler à tous sans vouloir montrer de direction, mais en étant vivant, tout simplement.

Les chiens aboient, la caravane passe, il paraît que les sages s'ignorent...

Article : B. Boyer ; Photos : C. Langiaux et J. Peeters.