Le cinéma grec face à la mondialisation

Article publié le 3 octobre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 3 octobre 2008
Alors que Ségolène Royal vient de faire une conférence sur "l'avenir de la gauche et la mondialisation" à Athènes, je n'ai conservé que le deuxième terme et ai voulu savoir ce qu’il en était de la production cinématographique nationale grecque, complètement absente des écrans européens.
Quelques articles m’ont permis de faire le point même si je n’ai pas trouvé de véritable explication au déficit d'exportation, et ce alors qu’il m’a été donné de voir parfois de très belles ou très drôles créations cinématographiques en Grèce.

politiki kouzinaEn fait, la presse soutient que le cinéma grec affronte assez vaillamment les effets pervers de la mondialisation de la culture. Un article de ''Ta Nea'' dresse un tableau assez positif de la rentabilité du cinéma grec face aux superproductions étrangères. Il rappelle que cinq films grecs sortis cette année ont enregistré 3 millions d’entrée, et ont réussi à tenir tête à des films étrangers riches en effets spéciaux mais qui lassent des spectacteurs désireux d’entendre leur langue dans les salles obscures. Les films en Grèce ne sont en effet jamais doublés. La pertinence de l’analyse de l’article est cependant limitée par la référence à un gros succès cinématographique de l’an passé, ''El Gréco'', présenté ici comme un film grec alors qu’il s’agissait d’une production internationale où des acteurs grecs, espagnols et britanniques déclamaient des dialogues plats comme une pita dans un basic english tout à fait crédible dans le contexte de l’Espagne du 16e siècle ! Cela dit, l’article soutient que les grosses affiches hollywoodiennes ont été supplantées cette année par les films grecs. Il cite surtout des comédies romantiques ("Gamilio Party"), mais à cette liste, on pourrait ajouter le succès il y a quelques années de "Politiki kouzina", qui revient de façon émouvante sur la situation des Grecs d'Istanbul.

Par ailleurs, l’union entre le cinéma grec et le cinéma étranger se fait de façon harmonieuse et intelligente à travers des festivals de cinéma qui brillent à présent d’une certaine notoriété. Le plus connu est sans doute celui qui se tient tous les ans en novembre à Thessalonique, et qui cette année rendra hommage au cinéma du Moyen-Orient (voir ''Makedonia''): ouverture sur un film du cinéaste Youssef Chahine, récemment disparu, et projection de dix films venus de Jordanie, du Yémen, d’Irak, de Syrie… festival thessalonique affiche Tandis qu’à Patras (voir ''Ethnos'') vient de s’ouvrir le 10ème festival international de la création indépendante, qui célèbre cette année le cinéaste grec Thodoros Aggelopoulos pour sa contribution au patrimoine du cinéma mondial. La programmation de cette 10e édition se veut à la fois exotique (des films de Trinidad, Kuristan, Bengladesh, Ukraine…) mais a limité les productions étrangères pour laisser une grande place à des créations grecques. Signe des temps aussi, ce festival veut souligner son adapation aux évolutions technologiques et ne présentera que des films sur support numérique.

Malgré ces bons signes, certains problèmes liées à la production des oeuvres apparaissent, qui trouveront peut-être bientôt leur solution. Le 10 septembre, une commission présidée par le réalisateur Costa Gravas déposait au Parlement un projet de loi visant à soutenir la production des films grecs (voir dans ''Ta Nea''). Aux 19 millions d’euros consentis par le ministère de Culture, la commission demande la mise en place d’une taxe de 1,5% sur les bénéfices des chaînes de télé grecques pour la constitution d’un fonds d’aide à la production. Ils préconisent aussi une retenue sur le prix des billets qui reviendrait aux producteurs afin de les inciter à faire de nouveaux investissements, ainsi que le soutien financier par l’Etat des jeunes réalisateurs qui en sont à leur premier ou deuxième film.

Nymphes En ce qui concerne l'exportation, quelques initiatives dues aux ambassades grecques en Europe font voir quelques toiles grecques sur les écrans européens. En France, le site de l'ambassade de Grèce annonce ces projections (rares, tout de même), tandis que le journal ''Kathimerini'' annonce fièrement qu'un festival du film grec contemporain va se tenir pour la seconde fois dans la capitale de la Hollande avec au programme, entre autres, le drame historique "Les mariées" de Pantélis Voulgaris, diffusé en France à sa sortie.

Enfin, pour clore le panorama sur le monde audio-visuel grec, il faut malheureusement ajouter que les innombrables séries télévisées, très populaires, sont de plus en plus souvent des adaptations (en grec, avec des acteurs et un décor grecs) de séries latino-américaines. On le savait déjà, mais il apparaît dans un article de ''Ta Nea'' qu’il s’agit d’une tendance lourde. En cause: la crise d’inspiration des scénaristes grecs, incapables de se renouveler, et l’efficacité des scénarios de séries étrangères: “Un scénario venu des télés latino-américaines a déjà été testé sur un très large public, dont la culture n’est pas très lointaine de celle du public grec. Par ailleurs, les scénarios adoptés sont basés sur des stéréotypes qui touchent l’ensemble des sociétés partiarcales; ces stéréotypes ont façonné l’imaginaire populaire et ont un très fort impact sur le public, surtout en période de crise économique, quand les conditions d’ascension sociale des pauvres et des classes populaires sont réduites". Du coup, les transpositions contemporaines de Cendrillon ou de la Belle et la Bête ont le vent en poupe.

Espérons qu’au moins l’originalité d’un certain cinéma grec sera préservée et que les nouvelles mesures s’avèreront être une promotion efficace qui soutiendra la relative bonne santé du septième art hellénique. Pour info, voici un site qui dresse un rapide historique de ce cinéma.