Le chiffre qui parle : être indépendant, un art ou un sacrifice ?

Article publié le 3 septembre 2016
Article publié le 3 septembre 2016

De nombreux poissons se meuvent dans les eaux du marché du travail européen. Tandis que certains nagent en bandes, sous les ordres d’un chef, d’autres suivent leur voie en solitaire et prennent leurs propres décisions. Et la liberté de nager à contre-courant a toujours amené son lot de difficulté. Créant près de 9 millions de problèmes.

Le monde du travail change sans cesse sous nos yeux. Des horaires de 9h à 18h, un contrat stable, des congés payées… ce sont peut-être des choses du passé. Le nombre de professionnels qui, que ce soit par conviction ou par nécessité, sont devenus leur propre patron augmente constamment dans les pays de l’Union européenne. Eh oui, nous parlons bien des indépendants ou freelance, aussi connus sous le nom de ipros dans le jargon anglais (d’après l’anglais « independant professional »), qui, contrairement aux créateurs d’entreprise, ne créent pas d’emplois pour d’autres travailleurs. Ce sont eux, ces journalistes, ces consultants, ces documentalistes, ces dessinateurs, ces informaticiens et tant d’autres, qui décident de l’organisation de leur temps, de leur lieu de travail et du prix de leur talent. Super, non ? En théorie, oui, mais la réalité est légèrement plus chaotique. Parmi les inconvénients de cette forme de travail toujours plus fréquente : l’équilibre précaire entre vie personnelle et vie professionnelle, le manque grave de soutien bureaucratique et institutionnel ou, tout simplement, l’obligation de travailler en tant qu’indépendant pour trouver du travail, ce dont beaucoup d’entreprises profitent avec perfidie.

Patricia Leighton, l’auteure du rapport (en anglais) Future Working: The rise of Europe's independent professionals (« L’avenir du travail : l’augmentation du nombre de professionnels indépendants en Europe », ndlr), est « frappée » par l’accroissement du nombre d’indépendants dans l’Union européenne. En l’espace de neuf ans, de 2004 à 2013, ce groupe est passé de « 6,2 millions à presque 9 millions », devenant la catégorie qui a subi la plus forte croissance sur le marché du travail européen — une tendance encore plus forte aux Pays-Bas et en France qu’ailleurs. Bien que ce mode d’emploi ne soit pas encore la forme dominante, une claire tendance peut être observée. C’est pourquoi, comme l’explique Patricia Leighton, « à cette époque de changements rapides et de forte concurrence, il est nécessaire que les législateurs européens et le monde des affaires prennent en compte le mode de travail des indépendants et la façon dont l’économie peut en tirer partie ».

Les indépendants détiennent-ils les clés de l’avenir ? Nous ne le savons pas encore, mais il ne serait pas inutile que les universités et les centres de formation, entre autres, se penchent sur la question du travail indépendant, cet art qui nous libère, mais nous appauvrit du même coup.