Le chemin de vie d'un réfugié syrien en Allemagne

Article publié le 14 octobre 2015
Article publié le 14 octobre 2015

Musicien et activiste, Omar a fui la Syrie il y a quatre ans et vit depuis quelques semaines à Berlin. Visite chez quelqu'un qui doit reconstruire complètement sa vie.

Dehors, il fait gris et il pleut. Dedans, Omar prépare du thé. La pièce est grande et chaleureuse, avec un canapé dans le coin. Au centre, se trouve une longue table. On peut imaginer qu'à cette table, on boit beaucoup de thé, on fume beaucoup de cigarettes et on bavarde beaucoup de tout. « La seule chose qui me dérange vraiment en Allemagne, c'est le climat », dit Omar en ricanant. Évidemment, il y a d'autres choses : le fait que les moulins des Allemands moulent si lentement, par exemple. Omar a eu quelques expériences à ce sujet. Cela fait maintenant quatre ans que ce jeune homme de 25 ans a quitté sa ville natale Alep, en Syrie, quelques mois après le début du Printemps arabe. Les contestations pacifiques du régime répressif syrien ont vite évolué en guerre civile. Avant la guerre, Omar avait déjà fait de la musique et écrit des morceaux de rap. Leurs contenus étaient cependant plutôt légers - ça a changé avec le début de la guerre civile. Les chansons d'Omar sont devenues plus politiques, il critiquait souvent et ouvertement le régime, allait à des manifestations. « Parler de politique était quasi impossible, raconte Omar. Il y avait toujours le risque que la police secrète arrive, t'arrête et t'embarque. Pour aller où ? Personne ne le sait. » Omar s'est vite retrouvé dans le viseur de la police secrète, et un jour, il a su : « Ils viendraient pour m'arrêter ».

Une nouvelle vie au Liban

Omar n'a pas eu d'autre choix que de faire ses valises et a pris le premier avion pour l'Égypte. À peine quelques heures après, la police secrète débarquait devant la porte de chez ses parents : « Nous ne le connaissons pas, ce n'est pas notre fils », leur ont-ils dit pour se protéger ainsi que le reste de leur famille. Omar raconte tout ça de manière détaillée, avec calme. C'est un orateur pensif, qui prend le temps de trouver les bons mots. En Égypte, Omar a travaillé pour son oncle, il est resté dix mois là-bas. Il a ensuite continué sa route vers le Liban, où sa famille avait fui entre-temps. Parce que la famille vivait près d'une école de police, elle a été utilisée comme bouclier humain par le régime : tant que des civils vivaient là-bas, l'armée libre syrienne d'opposition n'attaquait pas l'école. Un calcul cynique.

Quand Omar parle du Liban, son visage s'éclaire. Il y a vécu avec 1,2 millions d'autres réfugiés syriens et a créé, avec un groupe de bénévoles motivés, une école pour enfants syriens. Tout cela a d'abord été financé par les Frères musulmans. Omar enseignait l'anglais. Puis, les problèmes sont arrivés quand les Frères musulmans ont menacé d'introduire des règles très strictes - la séparation des sexes par exemple. L'ONG For The Unseen est devenue mécène, et Omar a pu enfin enseigner ce qui lui plaît le plus : l'art et la musique. Il a par ailleurs travaillé pour une autre organistation, Relief & Conciliation for Syria, et a produit des vidéos sur cette école, visionnés de nombreuses fois à travers le monde.

Bref, Omar était relativement heureux au Liban. Il a alors reçu, par l'intermédiaire de l'Organisation Internationale pour les Migrations (IOM), la proposition de partir pour l'Allemagne. Et Omar a pris la décision : je le fais. Pourquoi ? « Pour moi, le Liban, c'était super, mais je n'étais pas seul. Je devais m'occuper de ma famille. En Syrie, mon père était entrepreneur, mais au Liban, il était sans travail. C'était dur pour moi de voir ça. »  L'Allemagne offrait de nouvelles opportunités, de nouveaux espoirs.

Apprendre l'allemand : six heures par jour, cinq jours par semaine

Début 2015, les neuf membres de la famille d'Omar sont arrivés Berlin, après être passés par Hanovre. La folie administrative a commencé. Omar touille son thé, cherche ses mots. Il ne veut pas paraître ingrat, il est impressionné par la courtoisie des Allemands. Malgré tout : « En Allemagne, tout est très bien organisé. Mais tout est incroyablement long ». Omar et sa famille ont passé huit mois dans un camp de Marienfelde (quartier de Berlin, ndlr) : pas de meubles à eux, pas d'Internet et toujours des centaines de personnes autour d'eux. Omar dit que cette expérience a été déprimante pour lui : « Avant, j'étais toujours celui qui aidait d'autres gens - soudain, j'étais celui à qui on offrait de l'aide ».

Omar s'est fait difficilement à son statut de réfugié. Et a encore du mal à s'y faire. C'est pour ça qu'une chose était claire pour lui : il voulait quitter ce camp et retrouver sa vie au plus vite. Pas la vie qu'il menait en Syrie ou au Liban. Il est conscient du fait que c'est impossible. Mais il voulait retrouver une vie. Être actif, faire de la musique, créer quelque chose. Par-dessus tout : étudier. En Syrie, Omar avait étudié la traduction mais n'avait pas obtenu de diplôme. Il veut reprendre ses études en Allemagne et, pour ce faire, apprendre l'allemand - six heures par jour, cinq jours par semaine. Omar est impatient, il veut progresser rapidement.

Entre étrangers

Depuis quelques semaines, il habite dans une colocation avec trois Allemands. « Ça a été difficile de trouver un appart », raconte Omar. Puis il rit : « Mais ce n'est généralement pas si simple à Berlin ». Avant-hier, son cousin de Syrie est arrivé et vit pour le moment dans la chambre d'Omar. Contrairement à Omar, il n'a pas pris un avion pour quitter le pays légalement - sa fuite dangereuse l'a mené à travers la Turquie, la Grèce, la Hongrie. Pour lui, le long processus administratif qu'Omar a déjà entamé commence maintenant. Omar n'a pas effectué de demande d'asile, il a un permis de séjour. Il veut dans tous les cas rester en Allemagne, le temps d'avoir obtenu un diplôme universitaire. Et ensuite ? Omar hausse les épaules : « Retourner au Liban ou en Turquie ». Il ne sent pas encore chez lui à Berlin, mais pour le moment, la ville est un bon endroit pour lui. « Ce n'est pas mon chez-moi. Mais ce qui est bien à Berlin, c'est que tout le monde est en quelque sorte un étranger. »

_

Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Berlin. Toute appellation d'origine contrôlée.