Le charbon: priorité absolue de la lutte contre le changement climatique

Article publié le 10 juillet 2015
Article publié le 10 juillet 2015

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Hubert Védrine dénonçait le 19 juin dernier sur France Culture l’hypocrisie des écologistes en France et en Allemagne. Le charbon est la pire énergie à laquelle on devrait s’attaquer dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique, c’est-à-dire la réduction des émissions de carbone. Pourtant, toute l’attention politique et médiatique semble tournée vers la volonté de sortie de l’énergie nucléaire. Or, et l’Allemagne en est le meilleur exemple, on ne peut pas lutter sur tous les fronts en même temps.

L’ancien ministre socialiste critique ceux qui restent idéologiques sur ces questions, alors qu’il faudrait être rationnel et pragmatique. Les rapports du GIEC, tous plus alarmants les uns après les autres, insistent sur l’impérative nécessité de réduire la part de production des énergies fossiles. Les pires sources d’énergie pour l’environnement sont le charbon et le lignite, viennent ensuite le pétrole et le gaz. Le nucléaire est certainement une solution moins enviable que les énergies renouvelables pour la production d’électricité, mais il est clair qu’il n’est pas réaliste de vouloir s’attaquer dès à présent à la fois aux énergies fossiles et à l’atome civil.

Ainsi, lorsque l’Allemagne a pris la décision de sortir rapidement du nucléaire à la suite de l’accident de Fukushima en 2011, elle a fermé du jour au lendemain la moitié de ses réacteurs, faisant baisser la part du nucléaire de 22 à 16%. Le seul moyen de compensation à disposition des fournisseurs d’énergie allemands pour combler le déficit a été de faire tourner à plein régime les 130 centrales thermiques de l’Allemagne, qui sont bien sûr alimentées au charbon. Résultat: environ 40% de l’électricité allemande est aujourd’hui produite grâce aux énergies fossiles. Les énergies renouvelables ne sont pas en mesure de prendre le relais à court voire à moyen terme.

Ce qui illustre de manière significative et triste le paradoxe, d’après Hubert Védrine, c’est que l’Allemagne fait pression pour que le nucléaire ne soit pas considéré comme une énergie non-productrice de CO2 par l’Union européenne, tout en ayant obtenu que l’extraction de charbon soit dispensée des taxes portées sur les énergies émettrices de CO2, afin de pouvoir financer son programme de développement des énergies renouvelables.

Il est important, enfin, de souligner que cette volonté des écologistes d’Europe de l’Ouest à s’attaquer en priorité au nucléaire est loin d’être la stratégie adoptée par tous les écologistes-environnementalistes dans d’autres régions du monde. De nombreuses figures militantes de l’écologie aux Etats-Unis se prononcent par exemple très clairement pour le développement de l’énergie nucléaire dans leur pays, afin de réduire la part importante des énergies fossiles. Cette stratégie de substitution des centrales thermiques par des centrales nucléaires est d’ailleurs également adoptée actuellement par de nombreux pays en développement, en tête desquels la Chine, pour tenter d’atteindre leurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.